Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Libye. Les extrêmistes de Daech font la loi à Syrte (Mondafrique)

par Nicolas Beau 29 Mars 2015, 04:58 Syrte EI Libye Kadhafi Chaos

Fief de feu Kadhafi, Syrte est passée sous le joug de Daech, sans que les milices islamistes de Misrata et de Tripoli, interlocuteurs des occidentaux, ne s'en inquiètent.

Destruction de Syrte par l'aviation franco-britannique
Destruction de Syrte par l'aviation franco-britannique

Les appels au secours de la population civile de Syrte, privée de tout, se multiplient. Le gaz est coupé dans toute la ville et les magasins d'alimentation ne sont plus approvisionnés. Les universités et les écoles sont fermées et les hopitaux privés de médicament et de matériel. Plus grave encore, les djihadistes de Daech ont pris possession de la ville, multiplient les contrôles à tous les croisements, et terrorisent la population. C'est à Syrte déja que les terroristes de l'Etat Islamique avaient décapité, en février, une vingtaine de coptes originaires d'Egypte. Le marécha Sissi, chef d'Etat égyptien, avait alors réagi vigoureusement et fait bombarder les bases de Daech en Libye, avec l'appui tacite de l'ensemble de la communauté internationale.

Ces derniers jours en revanche et alors que Daech a accentué son emprise sur les populations de Syrte, l'omerta est générale. C'est que Syrte souffre d'une réputation sulfureuse. Ville natale de feu Mouammar Kadhafi, la ville opposa une farouche résistance aux troupes franco-anglaises en 2011 et le paya cher: 20000 morts et des pillonnages meurtriers des occidentaux. Lesquels étaient dans la guerre contre Kadhafi les alliés des milices islamistes de Misrata et des hommes d'Abdelhajim Belladj, gouverneur militaire de Tripoli, financés et armés par le Qatar. Or ces milices regroupées au sein de la coalition "Aube de la Libye" ("Fajr Libya") jouent un jeu pervers avec les extrèmistes de Daech, qu'ils envoient au charbon quand nécessaire

Des interlocuteurs valables, vraiment?

Pourtant les Américains, les Français veulent croire que leurs amis d'hier, les miliciens de Tripoli et de Misrata, constituent des interlocuteurs valables. Adeptes du double jeu, les frères Musulmans participent en effet, coté jardin, aux négociations lancées par l'ONU et par les occidentaux, on les voit à Alger, à Rabat...et à Doha. Mais coté cour, les mêmes arment les extrémistes. Ils ont compris tout l'intérèt d'utiliser dans les zones sensibles et qui leur sont hostiles (comme Syrte) les allumés de tous poils.

Depuis 2011, Abdelhakim Belhadj et ses amis ont protégé les combattants d'"Ansar Charia" (dont beaucoup de tunisiens) et d'autres groupes violents, armés par le Qatar et la Turquie et qui envoient leurs militants combattre en Syrie et en Irak. Beaucoup de ces soldats perdus, passés sous le commandement de Daech, sont revenus combattre en Libye. Mais ils jouent toujours le role de supplétifs, de chair à canon pour les chefs de Misrata et de Tripoli.

Pour définir le camp de Misrata et du gouvernement (illégal) de Tripoli, les médias occidentaux évoquent les "milices islamistes" de la "coalition" "Aube de la Libye". Autant de termes vagues, qui dissimullent mal les variantes les plus radicales de l'islamisme qui prospèrent dans le sillage d'Abdeelhakim Belhadj et de ses amis.

Publié par Nicolas Beau

Ancien du “Monde”, de “Libération” et du “Canard Enchainé”, Nicolas Beau a été directeur de la rédaction de Bakchich. Il est professeur associé à l’Institut Maghreb (paris 8) et l’auteur de plusieurs livres : “Papa Hollande au Mali”, “Le vilain petit Qatar “, “la régente de Carthage” (La découverte, Catherine Graciet) et “Notre ami Ben Ali” (La Découverte avec Jean Pierre Tuquoi).

commentaires

Haut de page