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Total dénoncé par les militants anti gaz de schiste en Algérie (Mondafrique)

par Ghania Mouffok 4 Mars 2015, 20:05 Algérie Total Gaz de schiste

La colère ne cesse de grandir dans le sud algérien où les manifestants anti gaz de schiste font face à la répression féroce des forces de sécurité.

Après l'intervention brutale, les 28 et 29 février, de la gendarmerie et des compagnies nationales de sureté qui a fait, selon les manifestants, 45 blessés dont trois graves, retour avec Hacina Zegzeg, une des voix puissante de la contestation contre la facturation hydraulique à In Salah, sur un mouvement spectaculaire et inédit de résistance populaire qui, depuis plus de 60 jours, avait jusqu'alors mobilisé des centaines d'hommes, de femmes sans l'ombre d'une violence...

Répression musclée

« Aujourd'hui, ça va, le calme et la cohésion sont revenus, les contestataires ont compris que la violence ne servirait à rien. Je dis la cohésion car l'homogéinété dans un tel mouvement est vitale. Les plus jeunes de nos contestataires étaient très frustrés et très en colère car notre appel pour un moratoire n'a pas eu de réponse. », explique Hacina Zegzeg, femme d'âge mur qui se décrit comme une « militante anti-gaz de shiste, mariée depuis 30 ans à un homme de In Salah, en stand by actuellement de mon métier dans l'évenementiel », devenue l'une des voix puissantes de la contestation à In Salah. Une ville où les femmes participent activement à toutes les mobilisations, omniprésentes, parce que, explique H.Z : « Les femmes dans le sud sont les gardiennes de l'eau, ce sont elles qui s'occupent des jardins, les hommes sont responsables des palmiers. » Et c'est l'avenir de cette eau si précieuse et de laquelle dépend l'avenir des oasis qui a mis dans la rue toute la ville de In Salah, aux confins du désert, à 1200 kilomètres d'Alger, terre choisie par Sonatrach pour expérimenter les premiers puits à fracturation hydraulique dans le bassin de l'Ahnit.

Mise en place d'un moratoire sur la prospection et la production d'énergie par fracturation hydraulique, arrêt des forages en cours sont les deux principales revendications de ce mouvement qui, depuis le 1er janvier 2014, date de ses premières manifestations, force l'admiration et le respect du reste du pays qui en suit depuis plus de 60 jours les développements grâce à une communication, à travers les réseaux sociaux, parfaitement organisée et efficace, en images et en vidéos, et provoque l'inquiétude d'un régime qui pour la première fois de son existence se voit imposer un débat public sur ses choix politiques et stratégiques en matière d'exploitation des ressources naturelles, et de surcroit par un mouvement populaire. Au lendemain de la première intervention musclée, disproportionnée et choquante de la gendarmerie et des forces anti émeutes qui a fait « 45 blessés dont trois qui ont été évacué à Adrar » à 342 kilomètres de In Salah, peu doté en structures de santé dans les cas graves, Hacina Zegzeg, sur le site Sun et Power, dédié à ce mouvement, Somod, interpellait les manifestants tenté par la violence : « Tous vous savez qui je suis (…) Aujourd'hui est aujourd'hui. Demain, retournons au pacifisme qui est notre label et caractèrise le genre unique de notre contestation. Ne soyons pas des pantins manipulés. Soyons maîtres de notre destin. Ces gendarmes qui nous ont insultés, laissons les à eux mêmes, à quoi bon répondre : ils n'attendent que cela. »

Et, c'est en effet cette non violence qui a fait la force et la singularité de ce mouvement de résistance populaire qui manifeste, interpelle depuis plus de 2 mois sans que l'on ne déplore une seule vitre cassée, autant dire un exploit qui permettait, en inventant de nouvelles formes d'organisation, de croire que l'émeute à l'algérienne n'était pas une fatalité : « Nous n'inventons rien, c'est notre façon de vivre, nous sommes pacifiques et nous ne coyons pas à la violence. Chez nous les hommes ne battent pas leurs femmes et les femmes ne battent pas leurs enfants. »

Cette non violence a basculé dans l'émeute quand : « Les gendarmes ne nous ont pas laissés discuter avec les représentants d' Halliburton, les services de sécurité ont commencé à insulter les personnes présentes, ils leur ont dit : « allez au Mali vous n'êtes pas des algériens », et pleins d'autres propos aussi dégradants. » explique pudique Hacina. A In Salah, les algériens sont noirs dans leur majorité. Ce sont ces propos racistes et humiliants d'une police dressée à transformer Boudha lui même en fou furieux, qui ont fait sortir de jeunes manifestants de leur pacifisme légendaire ; ils voulaient remettre un document à la compagnie américaine. Ces quelques pierres auront suffi pour métamorphoser In Salah en zone de guerre : «( ...) des avions militaires ont acheminé les renforts attendus depuis deux ou trois jours(...)Ces renforts ont vite pris position dans les points névralgiques d'In Salah, qui vit ses premières émeutes, écrit la précieuse correspondante d'El Watan à Ouargla Houria Alioua, et où la première confrontation avec les forces anti-émeute sucite beaucoup d'amertume et un regain de mobilisation. », comme si le régime en embuscade n'attendait que l'occasion pour déployer son savoir-faire dans la gestion anti-démocratique des foules.

Total et Halliburton en première ligne

« A In Salah, c'est Halliburton qui s'occupe de la fracturation uniquement et c'est Total et Schlumberger, des français qui ont obtenu le contrat d'exploitation », croit savoir Hacina.

Sur son site la compagnie Total confirmait cette information avant d'être démentie par le gouvernement algérien et de s'auto-démentir à son tour. Difficile d'obtenir des informations précises tant les déclarations se suivent et se contredisent dans ce secteur aussi opaque qu'une banque suisse. Et c'est justement ce manque de transparence qui a été à l'origine de la mobilisation des gens de In Salah. Tout a commencé se souvient Hacina Zegzeg, « lorsque le ministre Yousfi est venu fin décembre pour inaugurer le premier puit. Il est venu et il est parti et il y avait avec lui toute une smala d'officielle et de journalistes, ils ne sont même pas rentrés dans la ville parce qu'il voulait montrer à la délégation que le site du forage était inhabité, ce site se trouve à 28 kilomètres de la ville, en plus on avait constaté un énorme déploiement sécuritaire inhabituel. On se demandait ce qui se passait. Et, c'est le soir aux infos qu'on a vu les images de cette inauguration. C'est à ce moment là que nos universitaires ont lancé une alerte. »

Ces universitaires de la région « formés à Alger ou à l'étranger » ont été le fer de lance dans la diffusion de l'information, « grâce aux associations de quartier, il faut dire qu'elles existent dans tous les quartiers, nous nous sommes réunis pour écouter nos ingénieurs, l'idée d'une pétition est née, chaque quartier l'a signée, nous avons fait du porte à porte deux jours et deux nuits, du 27 au 29 décembre avec plus d'une centaine d'étudiants pour informer la population. Le 30 nous avons choisi la place en face de la daïra (sous préfecture, NDR) et avec des data show nous avons continué à informer. Presque toute la ville était présente et c'est là que nous avons décidé de la première marche du 1er janvier 2015.» Cette marche qui rassemblera des centaines d'hommes, de femmes et d'enfants inaugurera deux mois de la longue marche contre la fracturation hydraulique : « Ce qui a beaucoup touché les gens, souligne Hacina Zegzeg, c'est la trahison du gouvernement et ce que nous craignons le plus c'est la pollution de la nappe phréatique. » Un chômeur nous dira : « L'état a fait une erreur, il nous a renvoyés à l'école. » Ce n'est pas la seule, ignorant la géographie et l'histoire, ce mépris s'est retourné contre lui alors qu'il pensait pouvoir agir dans le désert comme sur une terra nullus à la manière des expéditions coloniales qui s'appropriaient des territoires déclarés « sans habitants. » N'est-ce pas ce qu'expliquent les experts de Sonatrach quand on leur demande : « pourquoi la France interdit la facturation hydraulique dans son pays » ? Ne répondent-ils pas : « Ce n'est pas la même chose, en France le gaz de schiste se trouve sur des périmètres habités. »

Oasis en danger

Les gens du sud sont venus rappeler que le désert aussi est habité. Habité par une nouvelle génération d'acteurs politiques, enfants de leurs époques aussi bien informés, scolarisés que les gens du Nord, entre internet et El Jazeera, héritiers en plus de ceux qui ont inventé un lieu unique au monde, affirment les géographes : l'oasis. Terre habitée, terre menacée, ce sont ces oasis qui ont été choisies par le gouvernement algérien, Sonatrach, la compagnie nationale, née en 73 des nationalisations, et les multinationales partenaires comme Total qui est à l'oeuvre dans l'incomparable oasis rouge de Timimoun, Shlumberger, Halliburton qui s'est installée en Algérie à l'ombre de la guerre civile par la grâce de celui que toute l'Algérie qualifie de traître, poursuivi par la justice italienne Chakib Khelil. Pour Hacina comme pour de larges pans de l'opinion algérienne, il ne fait aucun doute que les autorités algériennes agissent sous la pression des lobbies pétroliers « Afin de respecter les contrats signés avec les multinationales étrangères et de manière à satisfaire ses exigences premières, Sonatrach a décidé d'opérer le fracking en soutenant par un renfort sécuritaire extra-ordinaire, l'entreprise Halliburton en charge des hydro fracturations assassines. Ni les risques avérés d'affecter la population d'un point de vue sanitaire, ni les conséquences environnementales néfastes et malheureusement définitives sur l'eau et l'environnement (…) ne fera reculer Sonatrach. », écrit le collectif anti gaz de schiste de In Salah.

Devant de tels enjeux, entre chute du prix du pétrole, contrats engageant l'Algérie, rente et profits, dépendance totale du pays, état et société, de ses revenus pétroliers toute la question aujourd'hui est de savoir jusqu'où iront les autorités algériennes, civiles, policières et militaires pour imposer leur feuille de route ? L'intervention brutale et disproportionnée, utilisation de gaz lacrymogène et de balles en caoutchouc, à In salah des forces de la gendarmerie et de la sureté, fait figure d'avertissement : « nous pouvons devenir méchants ». « Leur méchanceté ne nous fait pas peur, répond Hacina depuis In Salah en conclusion de notre entretien en chat, nous sommes pacifiques mais déterminés. Nous continuons à informer, actuellement nous travaillons pour réunir des experts autour du rapport du professeur Mebtoul que le gouvernement algérien à désigné pour répondre à notre demande de moratoire, nous avons demandé au gouvernement de le rendre public. »

commentaires

Samira Akli 10/03/2015 06:02

Les bougres protestâteurs d’In-Salah piétinent sur la souveraineté nationale ?
Par Y.Mérabet*
Les nostalgiques de l’Algérie Française et les adeptes du printemps arabe s’emprênent à l’exploitation du gaz de schiste d’In-Salah.
Le gaz de schiste est un gaz naturel de même constitution chimique que celui que Sonatrach exploite du sous-sol Algérien depuis des décennies. Que ce soit pour le pétrole ou pour le gaz la même technologie d’extraction est utilisée sans faille. La Sonatrach a déjà foré plus 11000 puits, dont une centaine suivie par une fracturation hydraulique de la couche productrice afin d’augmenter le débit, sans avoir engendré le moindre incident. La parfaite isolation de la couche aquifère du tubage n’à jamais posé de problèmes affectant l’exploitation ou l’environnement. La valorisation des ressources énergétiques du pays reste une affaire qui relève exclusivement de l’Etat algérien, des experts en la matière et des autorités compétentes. Halte ! A la polémique et aux charlatans présumés experts. Halte ! A la rue chauffée à blanc par des nostalgiques de l’Algérie Française et les adeptes du printemps arabe.
Les dessous de la polémique
Les intérêts bien compris de la France en jeu à In-Salah
Deux ans plus tôt, en 1956, d’énormes gisements pétroliers ont été découverts dans le Sahara, alors estimés à un milliard de tonnes, soit 7 milliards de barils. Ils permettraient à la France de passer du statut de pays importateur de pétrole à celui d’exportateur. Il faut donc, à tout prix, que la France garde le contrôle des hydrocarbures algériens. Elle y parviendra avec les accords d’Évian en mars 1962. Outre les difficultés propres à la gestion politique d’un conflit qui a généré des passions difficilement extinguibles, c’est là la raison essentielle de la poursuite de la guerre. Pendant quatre ans, De Gaulle, en représentant de la France et de sa bourgeoisie, va chercher à se donner les moyens d’octroyer l’indépendance à l’Algérie sans perdre la mine d’or noire qui créé l’euphorie des milieux pétroliers français. A défaut d’une Algérie française, il faut que le pétrole le soit, d’autant plus que l’échec de l’expédition de Suez en 1956 et la nationalisation du canal par Gamal Abdel Nasser ont obligé la France à instaurer un système de rationnement de l’essence. Par ailleurs, le Sahara, depuis janvier 1957, est le lieu choisi par l’armée française pour faire des essais nucléaires qui démarreront en 1960.
Autant de raisons de veiller aux conditions dans lesquelles une nation algérienne pourrait voir le jour. Car De Gaulle est clair quant à la possibilité pour l’Algérie d’accéder à son indépendance. En septembre 1959, il déclare : « Compte tenu de toutes les données algériennes, nationales et internationales, je considère comme nécessaire que le recours à l’autodétermination soit dès aujourd’hui proclamé. Au nom de la France et de la République, en vertu du pouvoir que m’attribue la constitution de consulter les citoyens, pourvu que Dieu me prête vie et que le peuple m’écoute, je m’engage à demander, d’une part, aux Algériens, dans leurs douze départements, ce qu’ils veulent être en définitive, et, d’autre part, à tous les Français d’entériner ce choix. » Dès octobre 1958, il offre au Front de libération nationale algérien (FLN) la « paix des braves », avec pour seule condition de laisser le « couteau au vestiaire ». Pourtant, les coups portés par l’armée française aux combattants algériens redoublent de violence en 1959. Les katiba (s), unités de l’Armée de libération nationale (ALN), des willayas ou zones de la Kabylie et des Aurès sont brisées. Plus de deux millions de paysans algériens sont déplacés. Si « l’Algérie de papa est morte », la guerre, elle, ne l’est pas.
Une indépendance de mauvais gout
Si De Gaulle a retardé ainsi la reconnaissance de l’indépendance, c’est qu’entre 1958 et 1962 ont été créées les conditions pour que la France puisse se retirer d’Algérie en conservant des avantages exorbitants. Si à Evian, l’Algérie devient le propriétaire des richesses pétrolières, c’est la France qui possède le réel pouvoir de gestion de celles-ci, le code pétrolier saharien étant maintenu. En 1960, le FLN a déjà gagné la bataille politique contre la France, mais il n’a pas les moyens d’imposer l’indépendance militairement. Certes, les leaders, après avoir parcouru le monde, ont trouvé des appuis au FLN. En France, les organisations de gauche commencent aussi à affirmer leur soutien à la « cause algérienne ». Mais la faiblesse militaire du FLN lui commande de faire des concessions à la France, dès lors qu’elle reconnait l’intégrité du territoire algérien.
Au-delà de la reconnaissance essentielle pour l’Algérie de son statut de nation indépendante, les accords d’Evian sont très favorables à la France. Ils confirment « l’intégralité des droits attachés aux titres miniers et de transport accordés par la République française, en application du code pétrolier saharien ». Une fois garanti le « droit du concessionnaire et de ses associés de vendre et de disposer librement de leur production », c’est l’approvisionnement de la France en pétrole qui l’est. L’exploitation des hydrocarbures ne peut devenir plus onéreuse en raison de la fiscalité qui lui est appliquée. Pendant six années, sur des offres égales, l’Algérie doit favoriser les sociétés françaises. Enfin, les compagnies françaises ont un droit de propriété du sol et du sous-sol dès lors qu’elles ont une concession. En somme, la manne pétrolière algérienne reste largement aux mains des Français.
Le conflit, d’après les historiens, aurait fait 500 000 morts, très majoritairement Algériens. Alors que son issue était inéluctable, la guerre a perduré des années durant. A la suite de l’Indochine, elle a fait de l’armée française une école reconnue pour l’usage de la torture. Quant à la société algérienne, elle est sortie de cette guerre d’indépendance exsangue, et dominée par l’armée. Mais pour la bourgeoisie française l’essentiel était préservé : elle pouvait se retirer d’Algérie, ses intérêts y étant durablement sauvegardés.
Le Sahara au cœur de la guerre
La France a cherché, dès décembre 1956, à faire du Sahara une entité juridiquement autonome de l’Algérie. Cela avait un avantage de taille : si l’Algérie devenait indépendante, le Sahara – base arrière militaire et terre pétrolière – pourrait rester sous contrôle français. Félix Houphouët-Boigny, alors ministre d’Etat de Guy Mollet, élabora un projet, entériné en janvier 1957 par l’Assemblée nationale, créant l’Organisation commune des régions sahariennes (OCRS) « dont l’objet est la mise en valeur, l’expansion économique et la promotion sociale des zones sahariennes de la République française ». En juin 1957, est créé en France un « ministère du Sahara ». Deux des quatre départements français d’Algérie, les Oasis et la Saoura, sont intégrés à l’OCRS en août 1957. Enfin, en novembre 1958, soit six mois après l’arrivée de De Gaulle au pouvoir, est adopté le code pétrolier saharien. Ce dernier donne à la France un droit de regard sur l’exploration, comme sur l’exploitation du sous-sol algérien et lui permet d’assurer son contrôle sur la provenance des capitaux engagés.
Ce sont ces dispositions qui ont généré les situations de blocage entre la France et le gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA), créé dès 1958 sous la tutelle du FLN. Ces dispositions levées, même très partiellement, un accord de paix devenait possible. Pour preuve, le 5 septembre 1961, le général De Gaulle annonçait que le Sahara faisait désormais partie intégrante du territoire algérien, et à peine six mois plus tard, le 18 mars 1962, les accords de paix étaient signés. Plus tard le président Ben Bella, qui n’avait pas participé aux négociations, a remis en causes les accords d’Evian, le chapitre concernant les ressources pétrolières et minières.
Contribution du pétrole du 1er novembre 1954 dans des accords d’Evian
Chronologie
• Premier novembre 1954:
La première découverte pétrolière au Sahara algérien date de 1954, découverte qui s’est faite au moment même où commençait la guerre de libération nationale, ce qui allait poser de nombreux problèmes à la France, et allait décider de l’utilisation du Sahara comme enjeu capital dans la prolongation de la guerre.
• 18 au 24 avril 1955:
Une délégation du FLN assiste à la conférence de Bandoeng, en Indonésie, réunissant pour la première fois les représentants de vingt neuf pays africains et asiatiques. Cette conférence marque l’entrée sur la scène internationale des pays du Tiers monde qui choisirent le non alignement.
• 1956 :
La politique pétrolière de la France commence à se préciser suite aux grandes découvertes de pétrole à Edjelé en janvier et à Hassi Messaoud en juillet.
• 1956 :
Constitution de l’Organisation commune des régions sahariennes sous le gouvernement
Guy Mollet. L’OCRS deviendra peu à peu un «Etat dans l’Etat», le Sahara séparé de l’Algérie étant érigé en province autonome française à laquelle viendront s’ajouter des états africains: Mauritanie, Niger, Tchad.
•1957:
Refus des Etats d’Afrique noire de participer à la politique saharienne française. Le journal Le Monde rapporte dans son numéro du 19 novembre une déclaration de M. Djibo Bakary vice-président de l’assemblée du Niger: «L’authenticité de la représentation algérienne est une condition fondamentale de la participation sous réserve des territoires de l’Afrique occidentale française à l’OCRS».
•1957:
Dans le cadre de sa politique saharienne, le gouvernement français tente un rapprochement avec le Maroc et la Tunisie en vue d’obtenir soit leur «coopération», ou à tout le moins leur «neutralité».
•1958 :
Le journal «El Moudjahid», organe de la révolution algérienne, publie dans son numéro 22 du 16 avril un article intitulé «La défense du Sahara reprend le problème en ces termes:...tout l’intérêt économique du Sahara est fonction des possibilités de transport de ses richesses naturelles...».
•1958:
Un conseil restreint du gouvernement français étudie un projet de construction d’un pipeline qui acheminerait le pétrole algérien d’Edjelé vers le territoire tunisien.
•1958:
Réaction du Comité de coordination et d’exécution du FLN par une note adressée au gouvernement tunisien: «Le FLN à l’honneur de préciser sa position en ce qui concerne le problème de l’exploitation par la France du pétrole saharien,notamment par la construction d’un pipeline à travers le territoire tunisien». Le FLN rappelle sa note précédente de janvier 1958 dans laquelle il avait «attiré l’attention des gouvernements des pays du Maghreb sur la gravité de ce problème, et l’importance que l’Algérie combattante lui accordait dans la guerre qu’elle mène contre les colonialistes français».
•Discours de Maurice Lemaire rapporté par l’agence française AFP: «Le Sahara représente des réserves de plus de deux milliards de tonnes, et un revenu annuel (pour la France) 1000 milliards de francs. Quant aux ressources du Sahara en gaz naturel elles sont énormes ».
•1959: le 21 janvier, un communiqué officiel français annonçait l’accord conclu entre la Compagnie française des pétroles et la Standard Oil of New Jersey, dont ESSO détient 50% des parts. Les Américains foulent de leurs bottes le Sahara, ce qui exaspère l’opinion publique en France qui parle de «braderie du Sahara».
•Réaction du GPRA: «La guerre d’Algérie asphyxie l’économie française. Le gouvernement français a fait appel aux capitaux étrangers pour une participation indirecte aux frais de la guerre ».
•1961: Lors des négociations algéro-françaises, le problème du Sahara revient en force, la France ayant proposé l’autodétermination limitée à l’Algérie du nord seulement.
•Réponse du GPRA: «Opposition irréductible à la partition du territoire national...Le Sahara algérien ne sera pas un nouveau Katanga!».
•18 mars 1962: Signature des accords d’Evian, le Sahara restera algérien, mais des bases militaires françaises seront maintenues pour continuer les expériences nucléaires.
•8 avril 1962: Referendum en France. La politique algérienne du général De Gaule est approuvée par 90.70% des suffrages exprimés.
1erjuillet 1962: Referendum en Algérie. Le peuple algérien vote «oui» pour l’indépendance de l’Algérie en coopération avec la France.
•28 août 1962: Signature à Paris de neuf protocoles d’accord portant sur la coopération entre l’Algérie et la France.
•10 décembre 1962: Le président Ahmed Ben Bella déclare à Sétif que les accords d’Evian doivent être
adaptés à la réalité.
•31 décembre 1962 :
Signature à Alger de conventions financières franco-algériennes.

Année 1963

•14-19 janvier 1963:
Négociations financières franco-algériennes. La France accorde à l’Algérie une aide de trésorerie de 250 millions de francs. A rappeler que lors de l’invasion coloniale en 1830, la France s’était accaparé du trésor public de la Régence d’Alger d’un montant de 50 millions de franc-or de l’époque.
•23-26 janvier 1963: Durant la visite à Alger de M. De Broglie, secrétaire d’état aux affaires algériennes, un accord est conclu sur la situation des biens vacants.
•18 février 1963: Accords sur les transports aériens, l’assistance technique et la construction d’HLM en Algérie.
•20 mars 1963: A la suite d’une expérience nucléaire française au Sahara, le président Ben Bella demande la révision des accords d’Evian.
•29 mars 1963: Aux termes d’un décret annoncé par Ben Bella, les exploitations agricoles vacantes sont« définitivement» et «sans recours » transférées aux unités de gestion des travailleurs.
•11 juin 1963: Signature à Alger d’un protocole d’accord sur la coopération culturelle.
•26 juin 1963: Signature d’un accord qui précise les modalités de l’aide financière à l’Algérie jusqu’en 1966.
•17 septembre 1963: Nationalisation des trois derniers journaux appartenant à des Français.
•1er octobre 1963: Les propriétés que possèdent encore des colons français sont nationalisées.
•19 novembre 1963: Signature d’un protocole fixant les conditions de l’emploi des militaires du contingent français à des tâches de coopération en Algérie.
•31 décembre 1963:
Création de la Sonatrach, « Société nationale de transport et de commercialisation des hydrocarbures ».

Année 1964

•17 janvier 1964: Accord sur les importations de vins algériens par la France.
•13 mars 1964: Entrevue entre le général De Gaulle et le président Ahmed Ben Bella au château de Champs lors d’une escale technique du président algérien de retour de Yougoslavie.
•9 avril 1964: Accord sur les travailleurs algériens en France. L’immigration est provisoirement suspendue pour permettre de renforcer les contrôles.
•25 avril 1964:
La nouvelle réglementation sur l’admission des travailleurs algériens en France entre en vigueur.
•15 juin 1964:
Les derniers militaires français quittent l’Algérie, à l’exception de ceux de Mers El Kébir et des bases sahariennes.
•17 juillet 1964:
Signature à Alger d’une convention judiciaire.
•13 novembre 1964:
Signature d’une convention de sécurité sociale entre l’Algérie et la France.

Année 1965

•26 janvier 1965:
Nouveaux accords sociaux portant sur l’assurance vieillesse et les régimes complémentaires de retraites.
•19 juin 1965:
Coup d’Etat en Algérie, Ben Bella est arrêté, Boumediene prend le pouvoir.
•29 juillet 1965:
Signature à Alger d’un accord algéro-français sur les hydrocarbures et la coopération industrielle. Création de l’ASCOOP (Association Coopérative) et maintien des concessions existantes sont les principales caractéristiques de ce texte pour le pétrole, fixant à 2.08 dollars par baril le prix conventionnel servant d’assiette au calcul de l’impôt dont le taux est fixé à 53% pour les années 1965-1966-1967, à 54% pour 1968, et 55% à partir de 1969. L’accord prévoit une révision de la base d’imposition fiscale des compagnies à partir du 1erjanvier 1969.

Année 1966

•8 avril 1966:
Signature de la Convention de coopération culturelle et technique.
•7 mai 1966:
Le président Boumediene annonce la nationalisation de plusieurs mines et biens vacants.
•27 juillet 1966:
Signature à Alger d’un accord pour la construction de l’usine pétrochimique d’Arzew.
•13 décembre 1966:
Nouvelle visite de Bouteflika au général De Gaulle.
•22 décembre 1966:
Accord signé à Alger sur le contentieux financier algéro-français.

Année 1967
•21 mai 1967:
Les bases françaises d’engins spéciaux (armes nucléaires) du Sahara sont officiellement fermées et évacuées.
•11 juin 1967:
France, arrêt des importations de vins d’Algérie.
•Juin 1967:
Mise sous contrôle de l’Etat des sociétés anglo-saxonnes au lendemain de la «guerre des six jours». A cette raison politique s’est ajouté le fait que les négociations avec ces mêmes sociétés, tendant à l’établissement de rapports nouveaux avec l’Algérie, étaient demeurées infructueuses.
•10 juillet 1967:
Accord sur les relations maritimes; le monopole du pavillon commercial sera partagé entre l’Algérie et la France.
•Août 1967-octobre 1970:
Durant cette période, la majorité des sociétés étrangères non-françaises ayant des
intérêts dans la production furent nationalisées: Philips, Mobil, et Shell. Sinclair est déchu de ses droits. D’autres mesures de nationalisations ont frappé les mêmes sociétés pétrolières dans les domaines de la distribution et du raffinage: Esso,Mobil, Shell. Le gouvernement a également procédé au rachat des sociétés telles que BP et Total.
•4 septembre 1967:
L’administration algérienne remet en cause les conditions de transfert de fonds dont bénéficient les sociétés pétrolières françaises.
Octobre 1967:
Evacuation de la base navale de Mers El Kébir par l’armée française.
•20 novembre 1967:
France, reprise des importations de vins d’Algérie.
•26-28 novembre 1967:
Visite officielle en Algérie de M. Edmond Michelet, ministre d’Etat français chargé de
la Fonction publique, fondateur de l’Association France-Algérie.

Année 1968

•21 mai 1968:
Nationalisation de 27 sociétés françaises du secteur des industries mécaniques,
électriques, des engrais, et des matériaux de construction.
•25 septembre 1968:
Le ministre algérien de l’Industrie et de l’Energie interdit le chargement du pétrole dont les compagnies ont fixé le prix à un niveau jugé anormalement bas au détriment des rentrées de devises de l’Algérie. Cet embargo partiel est levé au bout de 24 heures.
•1er novembre 1968:
Nouvelles mesures d’embargo frappant les cargaisons de l’ERAP, et de la CFP destinées principalement à l’Union Générale des Pétroles (UGP), et qui avaient fait l’objet de «contrats» de complaisance à un prix volontairement minoré.
•14 novembre 1968:
Levée de l’embargo partiel après ratification du prix des contrats par les sociétés CREPS et SNPA (filiales de l’ERAP et de la CFP).
•Novembre 1968:
La société CAMEL dont l’Algérie n’est actionnaire qu’à 26% décide, sur les instances d’Alger, de transférer son siège de Paris à Arzew. Depuis plusieurs mois, la société était tenue de transférer la totalité de ses recettes en Algérie.
•24 décembre 1968:
Accord sur l’immigration algérienne en France. Le contingent des entrées annuelles est fixé à 35.000 travailleurs.

Année 1969

•Fin février 1969:
Le ministre de l’industrie met en demeure les compagnies pétrolières d
e porter de 2.35 à 2.65 dollars par baril leur prix affiché (prix théorique des transactions commerciales).
•23 octobre 1969:
Maurice Schuman, ministre français des affaires étrangères, se rend à Alger pour essayer de mettre sur un nouveau pied les relations des deux pays. Sa visite aboutit à la création d’une «grande commission» chargée de promouvoir la coopération.
•24 novembre 1969:
Ouverture des négociations fiscales aux termes de l’article 27 des accords algéro
-français de 1965 qui prévoit que la base d’imposition fiscale des compagnies pétrolières (2.08 dollars par baril) sera révisé avec rétroactivité au 1er janvier 1969, en fonction de l’évolution du marché pétrolier.
•Juillet 1969:
L’Algérie adhère à l’OPEC, organisation des pays exportateurs de pétrole.
Année 1970
23 mai 1970:
Réunion tripartite à Alger: Algérie, Libye, Irak.«Nécessité d’établir un front commun» souligne le communiqué commun.
Juin 1970:
XXème Conférence de l’OPEC à Alger.
13 juin 1970:
Interruption des négociations fiscales entre l’Algérie et la France.
24 juin 1970:
Le ministre de l’industrie enjoint aux sociétés de rapatrier en Algérie un montant au moins égal à la contre-valeur de 1.80 dollar par baril de pétrole brut exporté. Cette mesure équivaut à porter à plus de 80% environ l’obligation de rapatriement en Algérie du produit des ventes des compagnies. Cette proportion avait été fixée à 50% en janvier 1965.
Juillet 1970:
Le président Boumediene dans un discours prononcé à Skikda déclare
: «Oui à la coopération, non à l’exploitation». Il annonce le relèvement du prix de référence fiscale, qui passe de 2.08 à 2.85 dollars le baril.
20 juillet 1970:
Le ministre de l’industrie annonce aux compagnies françaises que le prix de référence fiscale est porté de 2.08 à 2.85 dollars par baril. Cette mesure est provisoirement suspendue à la suite de l’intervention du gouvernement français qui exprime son désir d’entamer des négociations globales.
30 août 1970:
Visite à Alger de Xavier Ortoli, ministre français du Développement industriel et de la Recherche scientifique.
28 septembre 1970:
Ouverture des négociations algéro-françaises sur problèmes culturels, économiques, et sociaux. La délégation algérienne est conduite par Abdelaziz Bouteflika, ministre des affaires étrangères.François-Xavier Ortoli, ministre français du Développement industriel et de la Recherche scientifique, dirige la délégation française.
Quatre séries d’entretiens ont lieu: du 5 au 7 octobre à Paris, 26-28 octobre à Alger, 16-28 novembre à Paris, 16-31 décembre à Alger.
2-6 octobre 1970:
La Sonatrach remplace la Shell au conseil d’administration de la CREPS et de la CPA (filiales d’Elf-Erap).

La bataille du pétrole
•Octobre 1970:
Réunion du conseil des gouverneurs de l’O.P.E.C. à Vienne. Cette réunion a pour objet essentiel de préparer la conférence ministérielle de Caracas.
•Novembre 1970:
L’Iran demande une conférence extraordinaire de l’O.P.E.C. sur les prix. Devant la proximité de la conférence ministérielle de Caracas, cette réunion extraordinaire n’a pas eu lieu.
•13 décembre 1970:
Conférence ministérielle de l’O.P.E.C. à Caracas. C’est la 21ème du genre. Adoption de la résolution 120. Un nouveau système de différenciation des prix selon la densité et le lieu de production, l’alignement des prix de référence, la hausse générale pendant les années à venir sont adoptés. Le taux d’imposition fiscale minimum des compagnies pétrolières est fixé à 50% de leurs bénéfices.
•16 janvier 1971:
Dans un message adressé à l’O.P.E.C., ainsi qu’aux gouvernements des dix Etats membres, les huit compagnies pétrolières internationales auxquelles se sont associés quelques «sociétés indépendantes», proposent d’ouvrir une négociation d’ensemble «qui permettrait un règlement simultané» des problèmes en suspens, et la stabilisation des arrangements financiers pour cinq ans.
•16 janvier 1971:
Le président Nixon envoie de toute urgence John Irwin, sous-secrétaire d’Etat, à Téhéran, et au Koweït.
•18 janvier 1971:
Publication d’un communiqué algéro-libyen à la suite de la visite du commandant
Abdesslem Djelloud à Alger.
•19 janvier 1971:
Reprise des négociations algéro-françaises après les quatre séries d’entretien.
•19 janvier 1971:
Le Venezuela affirme sa complète solidarité avec les pays producteurs de pétrole du Moyen-Orient. Premiers contacts à Téhéran entre le comité tripartite Iran-Irak-Arabie Saoudite, des ministres mandatés par l’OPEC, et les délégués des
compagnies pétrolières représentées par Lord Strathalmond (BP) et Georges Percy (ESSO).
•20 janvier 1971:
L’ENI, office national italien des hydrocarbures, annonce qu’il n’adhérera pas au front commun des compagnies pétrolières.
•20 janvier1971:
Examen de la «crise pétrolière» par le groupe restreint du comité pétrolier de l’O.C.D.E. réuni à Paris.
•21 janvier 1971:
Création à Londres d’un bureau de coordination des grandes compagnies pétrolières.
•21 janvier 1971:
La réunion extraordinaire des dix membres de l’O.P.E.C. est fixée au 3 février 1971. A Téhéran, la discussion s’oriente vers la recherche d’un accord avec les pays exportateurs de la zone du Golfe persique.
•22 janvier 1971:
Le groupe pétrolier français d’Etat, ELF-ERAP, annonce qu’il ne contresignera pas le message adressé par les grandes compagnies pétrolières à l’OPEC.
•24 janvier 1971:
Mise en garde du Chah d’Iran: «Si un accord n’est pas trouvé avant le 3 février 1971, l’OPEC prendra les décisions qui s’imposeront».
•28 janvier 1971:
Après une mise en demeure du président Boumediene, le gouvernement français engage les compagnies pétrolières françaises à verser à titre d’acompte sur arriérés d’impôts pour les années 1969 et1970 une somme de 600 millions de dinars à l
’Etat algérien.
•2 février 1971:
Suspension des négociations de Téhéran entre les compagnies internationales et les pays du Golfe persique. Délai de dix jours accordé aux compagnies pour répondre aux offres de l’OPEC.
•2 février 1971:
Discours du président Boumediene devant les travailleurs des «
Transports Colonel Lotfi» : «Ce n’est pas un problème de prix, mais une question de souveraineté et de principes intangibles».
•3 février 1971:
Conclusion à Alger d’un accord prévoyant la livraison de 3.5 milliards de mètres cube de gaz algérien à la France à compter de 1972. Accord passé entre Sonelgaz et Gaz de France.
•3 février 1971:
22ème Conférence extraordinaire de l’OPEC à Téhéran. Allocution devant le parlement iranien et les représentants des pays membres de l’OPEC, puis conférence de presse du Chah d’Iran.
•4 février 1971:
Suspension des négociations algéro-françaises à la demande de Paris.
•7 février 1971:
Publication à Vienne des résolutions de la 2ème Conférence de l’OPEC. Les cinq objectifs adoptés par les pays membres de l’OPEC, lors de leur précédente conférence de Caracas, doivent être respectées par les compagnies pétrolières avant le 22 février 1971. En cas de non-accord avant cette date, un embargo total sur les livraisons de pétrole et de produits pétroliers serait institué.
•8 février 1971:
L’Algérie demande «une reprise immédiate et sérieuse des négociations».
Réponse dilatoire de Paris.
•9 février 1971:
Rencontre à Paris de Djamchid Amouzegar, ministre iranien des finances, et Lord
Strathalmond représentant des compagnies pétrolières.
•11 février 1971:
Arrivée à Téhéran de Lord Strathalmond.
•12 février 1971:
Entrevue «sans protocole» de Lord Strathalmond et Djamchid Amouzegar à Téhéran.
•12 février 1971:
Le ministre des pétroles d’Arabie Saoudite, Ahmed Zaki-Yamani, annonce «accord sur tous les problèmes d’ordre financier. Restent encore en discussion les aspects légaux».
•14 février 1971:
Un accord quinquennal est signé à Téhéran à 15:15 (11:45 GMT) entre les compagnies pétrolières internationales et les pays producteurs du Golfe persique. Prix de référence fiscale fixé à 2.17 dollars par baril (contre 1.79 auparavant).
•19 février 1971:
Discours du président Boumediene aux cadres de l’armée de l’air : «Je considère qu’il est temps aujourd’hui de trancher cette question d’une façon ou d’une autre, et de trouver une solution définitive à ces négociations interminables».
ALGER –24 février 1971, 16:00 GMT (heure algérienne)
Discours du président Houari Boumediene devant 3.000 cadres de l’UGTA, réunis à la Maison du Peuple, à l’occasion du quinzième anniversaire de l’UGTA. Le président annonce «la prise de participation de 51% par l’Etat algérien dans les sociétés pétrolières françaises installées en Algérie, la nationalisation intégrale des ressources gazières, et la nationalisation des moyens de transport des hydrocarbures. Tous les biens nationalisés sont transférées à Sonatrach .

A suivre…

« La malédiction pétrolière »

Un peuple castré et ses richesses volées
L’Algérie un beau pays, fée du bassin méditerranéen, de son vaste désert jailli cet or noir au pouvoir magique. Un pays veillant, et fière et enthousiasmé de sa jeunesse. L'enthousiasme de notre jeunesse, son énergie et l'élan formidable insufflés par la fin de cent trente-deux années cauchemaresques, offre aux algériens autant d'atouts pour vivre dans la joie et le bonheur. Les revenus de la manne pétrolière, judicieusement utilisés, devaient lui permettre d'affronter les affres de la misère et du sous-développement et de prendre à bras-le-corps les problèmes de la reconstruction du pays. Le destin des Algériens est lié à l’histoire de son pétrole, cette richesse divine, devait servir à son bonheur et non à son péril. Et on ne fait que constater, plus d'un demi-siècle plus tard, que le bonheur de ce peuple lui a été volé par ses dirigeants et que le pays est devenu un enfer, tandis que le sort de millions d'Algériens n'est que mal vie et souffrances, voire sang et larmes. Pourquoi ce don du ciel qui casse joie et bonheur est-il devenu source de malheurs? Rien à faire devant cette « malédiction pétrolière » venue du ciel, sinon d’essuyer ses larmes de panser ses blessures et d'attendre le tarissement de tous les gisements pétroliers pour que cette malédiction disparaisse. L'Algérie est ****** de ses dirigeants, pas de son pétrole, ni encore de l’usurpation des terres à ses authentiques propriétaires devenu un tribut de guerre (ghanima). Ces dirigeants despotiques se sont emparés du pouvoir par la force des armes devant très tôt au lendemain de l'indépendance, Un pouvoir familial illégitime de successeurs corrompus qu’ils ne veulent pas encore pas remettre le pouvoir à son propriétaire légitime, le peuple ? Un pouvoir en péril qui sombre dans le cycle infernal et perpétuel et qui fait de nos des hydrocarbures et de nos terres son bien personnel. C'est pourquoi l'Algérie n'est aujourd'hui ni une république démocratique ni populaire, ni même une république à ce que proclame son nom officiel. La malédiction n’est pas dans son pétrole, mais dans le système de gouvernance, qui attribue tout le pouvoir à un homme éventail dirigé par à un clan d’hommes invisible. Cette malédiction s’incarne dans le mode de transmission de ce pouvoir scindé en deux clans , celui de l’entourage du président élu plus ou moins démocratiquement par le peuple et de l’autre partie qui se proclame être l’authentique « famille révolutionnaire », c’est elle qui gouverne le pays de long en large .Cette phalange de hors la loi , est une mafia politico-économique des affaires natif d’une région du pays bien déterminée, qui détient le pouvoir, depuis la nuit des temps. Elle gomme et dégomme, place et déplace les walis, les ministres et les Chefs d’Etat, peut créer ou éteindre les feux des conflits et se sert se sert de l’argent du peuple, ils règnent en maitre. Les affaires de corruption dénoncées à la justice aboutissent se terminent souvent par un non-lieu ou se font trainer sur des interminables ‘moudayala’ qui s’étalent sur des décennies, (le temps qu’ils soient archivées après 10 ans), pour deux mandats maximum d’un pouvoir présidentiel. Cette remarquable conspiration a pour but de protéger le pillage de nos richesses nationales par ses dirigeants. L’évolution des choses a fait qu’en Algérie, les différents dirigeants qui se sont succédés, se sont de plus en plus accaparé des ressources en hydrocarbures du pays en les utilisant comme leur bien personnel que pour le bien être de la population. Ces dirigeants amassent de fantastiques fortunes qu’ils placent dans des investissements un peu partout dans le monde.
Pour ce qui est de la corruption à Sonatrach cela apparaissait beaucoup plus clair après la disparition du Président Boumediene et de la continuité du régime dictorial du Président Chadli Bendjedid, alors le pouvoir pétrolier commença à se transmettre entre de main en main entre des gens malhonnêtes. En 1979, Chadli Bendjedid ouvrit les portes de la corruption généralisé à la portée de tout le monde, une façon de faire baigner toutes les affaires de corruption dans le chaos qui permettra de brouiller les pistes à l’investigation judiciaire.
Rente pétrolière et corruption
Plus de cinquante ans après l'indépendance, rien n’a était fait pour prévoir l’après-pétrole, le peuple algérien dépend toujours pour sa survie à 98 % de la rente pétrolière. Au point que, depuis les années 1980, la vie politique du pays est largement déterminée par les fluctuations de leurs prix sur le marché international, sans tenir compte du suivi du ‘Peack-oil’, c'est-à-dire le renouvellement de nos réserves pétro-gazières. Quand ces prix augmentèrent en 1980, le régime stoppa net tout investissement sur l’exploration des hydrocarbures et la diversification de notre économie. Les dirigeants algériens de l’époque se mirent à importer tout et n'importe quoi, y compris le superflu, aux seules fins d'asseoir sa popularité, le peu d’industries hors-hydrocarbures ont été la plus part fermés, les plus lucratives c’est la mafia qui s’en est accaparé. En 1988, la chute des prix a débouché sur des émeutes et des révoltes populaires, brisées au prix de la mort et de grands dégâts matériel. Plus tard, durant les années 2006-2007 les prix du pétrole atteignirent des sommets à 140 dollars, le régime se mit à rêver de mettre en chantier les projets sociaux-culturels, 1 million de logements, une autoroute Est-Ouest et gigantesque mosquée pour s’attirer des grâces. Le pétrole algérien a permis aux dirigeants algériens de peser longtemps sur la scène politique internationale. L’image que devons retenir de pays révolutionnaire et de leader du tiers monde des années 60, s’est ternie en se transformant en un paravent hypocrite de puissants renégats pétroliers. Ils ont utilisé en sous-main les milliards de dollars des hydrocarbures afin d'acheter le silence des grandes puissances mondiales sous la dérive de la justice et de la démocratie. Derrière tous ces discours grandiloquents de lutte contre la corruption, des pots-de-vin exorbitants puisés dans la manne pétrolière, de transfert de fonds blanchis par le biais d’El-Khalifa, sont allés progressivement garnir les comptes bancaires des hommes du régime à l’étranger. Selon les premières investigations ces transferts de fonds et ces pots-de-vin ont été versés sur des comptes détenus à la Habib Bank, domiciliée à Zurich, en Suisse, à la filiale d’Habib Bank basée à Dubaï, aux Emirats arabes unis ainsi que sur des comptes domiciliés à la Barclays Bank, toujours à Dubaï
Si on revient un peut en arrière, que c’est Houari Boumédiene qui a présidé la destiné du pays et sa descente à l’enfer, il a inoculé, juste après son coup d’état du 19 juin 1965, le virus du despotisme et de la tyrannie ainsi la personnalisation du pouvoir. La terreur qu’exercer Boumédiene et son clan sur une population fatiguée par suite d’une longue et périlleuse lutte de libération, au prix de 1 500 000 morts.
Au-delà des clans du pouvoir, plusieurs couches de la société ont été contaminées, afin que ce métastase de propage pour entrainer un changement su comportement humains et que la corruption devienne monnaie courante dans la vie quotidienne de l’Algérien. Il est aujourd'hui ancré dans les esprits de nos enfants en particulier, que seuls les pots-de-vin permettent de régler les questions de la vie quotidienne, qu'il s'agisse de la recherche u d’un emploi, de la réussite à un concours, de l'obtention d'un diplôme, de la délivrance d'un simple document administratif ou une fosse tombale au cimetière de Sidi M’hamed. Le régime instauré a également franchi un pas dans la destruction des valeurs morales du peuple algérien, que d'autres avant eux avaient un tant soit peu préservées.

Avec l’arrivée de Chadli Bendjedid au pouvoir en 1979, ce sont les règlements de comptes qui ont pendant quelques années fait office de politique de gestion des affaires de l’Etat. Ces règlements de comptes ont démarré d’abord au plus haut niveau de la sphère du pouvoir, puisque Chadli n’a eu de cesse que de harceler et de liquider tous ses anciens compagnons du Conseil de la révolution. Pourquoi une telle attitude ? Est-ce par esprit de revanche de sa part, lui qui avait été marginalisé à l’époque de Boumediene ? Est-ce parce qu’il craignait que ces mêmes compagnons ne se liguent contre lui et ne s’en débarrassent à la première occasion ? Quelque soit la raison, le résultat en fut que toute l’équipe précédente avait été chassée du pouvoir, voire menacée de poursuites judiciaires pour malversations. C’est l’époque où a été créée la cour des comptes, qui a tournée à plein régime et actionné des instructions contre tous les barons de l’ancien régime.
Cet esprit de règlements de comptes n’avait pas tardé à faire tâche d’huile et à se propager à toutes les structures de l’Etat. On avait l’impression que les nouveaux ministres avaient été retenus sur la base d’un critère fondamental, celui précisément d’avoir été marginalisés durant la période Boumediene. Ils étaient en majorité animés de rancœurs qu’ils ont extériorisées une fois arrivés au pouvoir. Ce fut, entre autres, le cas du nouveau ministre de l’énergie qui avait occupé, quelques années auparavant, le poste de directeur de l’énergie et des carburants, dont il avait été chassé par le ministre de l’époque.
On a alors assisté, à compter de 1979, à une chasse aux sorcières menée contre tous les cadres du secteur de l’énergie, dont ceux de la Sonatrach tout particulièrement. Le président directeur général, tous les vice-présidents, tous les directeurs centraux et nombre de directeurs opérationnels furent tour à tour dégommés sans ménagement. Le harcèlement ne s’est pas limité au limogeage de la personne. Certains ont eu leurs salaires coupés, d’autres ont été mis d’office à la retraite, des fois sans même que la pension correspondante ne leur soit attribuée. La persécution s’est étendue, bien des fois, jusqu’à la vie privée des individus.
Une telle attitude vindicative eut des répercussions profondes sur le fonctionnement des hydrocarbures. Toute l’expérience accumulée pendant une quinzaine d’années par des dizaines d’ingénieurs, de financiers, de juristes et autres cadres supérieurs était brocardée, perdue définitivement, les intéressés ayant été vidés de leurs postes comme des malpropres, sans qu’il n’y ait eu passations de pouvoirs, encore moins transmissions de connaissances et d’expérience. Qui plus est, les nouveaux responsables désignés avaient souvent été choisis à l’extérieur, ou très bas dans l’échelle hiérarchique des structures dont ils prenaient la charge. On avait connu par le passé des limogeages quand un ministre, par exemple, était remplacé par un autre; jamais par contre, jusqu’à cette date, on n’avait connu le phénomène au niveau technico-économique. Le plus étonnant dans l’affaire est que ces bouleversements n’étaient pas dus à l’instauration d’une nouvelle politique économique; il n’était pas question de remplacer - tout au moins pas à cette date - une option socialisante par une autre plus libérale, non, il s’agissait simplement d’assouvir la vengeance d’une personne contre une autre; cela s’était répercuté sur tout un secteur économique hautement stratégique et avait touché des gens qui n’avaient rien à voir avec les querelles d’antan.
La chasse aux sorcières menée à l’intérieur du secteur pétrolier a été une sorte de galop d’essai pour une action plus grande et plus officielle de domestication des cadres au sein de l’appareil économique, mais aussi dans les rouages de l’Etat, intervenue quelques temps après. On se souvient de la mise en application de cette disposition si controversée, selon laquelle on ne pouvait occuper un poste de responsabilité que si l’on était membre du FLN, parti unique et dont le résultat funeste a été que l’on a chassé énormément de compétences de leurs fonctions, mais très souvent du pays lui même.
Le second “ coup d’éclat” qu’avait connu le secteur des hydrocarbures durant la période 1979/1981, qui avait causé des dégâts encore beaucoup plus importants à l’économie, a été la liquidation des fabuleux contrats de vente de gaz passés par la Sonatrach avec des clients américains, dont celui avec El Paso Natural Gas. Dans cette affaire aussi, ce sont de vils sentiments de vengeance qui avait prévalu sur l’intérêt national, bien que les arguments officiellement invoqués étaient que les prédécesseurs avaient bradé le gaz et qu’il fallait, par ailleurs, garder des réserves pour les générations futures. De nouvelles négociations de prix furent engagées avec les dirigeants d’El Paso Natural Gas. Le nouveau prix exigé par les Algériens était environ trois fois supérieur à celui agréé auparavant et environ le double du prix généralement admis sur le marché d’alors. Le marché mondial du gaz en était à ses premiers balbutiements et il n’existait pas encore de prix de référence par zone géographique; il y avait néanmoins une logique marchande qui ne fut pas respectée.
Les exigences algériennes démesurées en matière de prix, auxquelles étaient venues s’ajouter des remarques pernicieuses quant au rôle de l’Algérie dans le dénouement de l’affaire des otages de l’ambassade des Etats-Unis à Téhéran, allaient au final causer la rupture définitive de tous les contrats avec les acheteurs américains. Ce sont des livraisons de 45 milliards de mètres cubes de gaz par an, pendant au moins 25 ans qui avaient ainsi disparus du tableau de vente de la Sonatrach, sur ordre du président Reagan en personne, semble-t-il. Evidemment derrière, Mexicains, Canadiens et Vénézuéliens étaient heureux de combler le vide laissé par les Algériens.
La présidence de Chadli Bendjedid avait été également marquée par le scandale dit des 28 milliards de dollars, révélé par le premier ministre Abdelhamid Brahimi. Ce scandale ne représentait que le début de l’ère des détournements de fonds à grande échelle dans laquelle s’engageait l’Algérie et celui de l’enrichissement illicite des puissants du régime, qui usant et abusant de leur pouvoir allaient entamer la mise en coupe réglée de l’économie nationale, avec une concentration particulière sur la rente pétrolière. L’exemple le plus frappant, rapportés d’ailleurs par tous les journaux de l’époque, est celui de cet homme d’affaires libyen, un certain Omar qui, associé à un premier ministre italien et à de hautes personnalités algériennes, s’étaient constitué des fortunes à l’occasion de la signature de contrats de vente de gaz à l’Italie, via le gazoduc sous marin.
A partir du moment où les ressources pétrolières et gazières étaient devenues l’objet de convoitises de ce que l’on appellera plus tard la mafia politico-financière, le fossé entre les puissants et les faibles, les riches et les pauvres, les gouvernants et les gouvernés allait commencer à se creuser. Ce phénomène a participé, comme on le sait, à l’éclosion de la révolte de la rue en 1988 et à l’avènement d’une autre forme de rejet du système, celle de la puissante affirmation du FIS sur la scène politique durant la période 1989/1991. Les conséquences autrement plus graves de cet état de fait sont connues de tous, l’Algérie n’étant pas encore à ce jour, totalement sortie de la spirale de violence dans laquelle elle s’est engouffrée au lendemain de l’interruption, par l’armée, du processus électoral en cours, en janvier 1992.
La seule lueur d’espoir entrevue à l’époque a été la proposition du gouvernement de Mouloud Hamrouche d’apporter un peu plus de transparence dans les comptes de l’entreprise Sonatrach. Il était prévu que ces comptes feraient l’objet d’un audit annuel par un cabinet spécialisé de renommée internationale. Toutes les compagnies pétrolières de renom, les américaines en particulier procèdent à des audits similaires de manière à éviter les dérives, comme celle mise à jour récemment à l’intérieur du groupe Enron. L’idée n’avait pas emballée la classe politique; d’ailleurs de tous temps, les hauts dignitaires du régime algérien ont préféré l’opacité à la lumière, afin de mettre à l’abri des regards indiscrets leurs agissements pas toujours très orthodoxes. L’initiative est tombée à l’eau avec le départ de Mouloud Hamrouche et son équipe. Quant aux gouvernements qui lui ont succédé, ils n’ont plus manifesté aucune velléité pour une disposition similaire. Dommage. Il est fort probable que si la rente pétrolière n’avait pas existé, les convoitises de certains n’auraient pas été attisées, au point qu’obnubilés par la satisfaction de leurs seuls intérêts matériels personnels et de leurs ambitions de pouvoir, ils aient été aveugles devant la grande détérioration de la situation politique, économique et sociale du pays. Hélas l’Algérie n’en était encore qu’au début de la descente aux enfers.
Au royaume des copains et des coquins Entre le départ de Chadli et l’arrivée de Bouteflika, les priorités étaient ailleurs. La lutte contre le terrorisme, les massacres et les attentats, avaient permis de détourner les regards vers d’autres sujets autrement plus vitaux pour le citoyen. Il était beaucoup plus important pour tout un chacun de préserver sa vie et celle de sa famille et d’assurer le pain quotidien de ses enfants, plutôt que de penser à ce qui se passait derrière la vitrine, dans le secteur des hydrocarbures. Pendant ce temps, les profiteurs de guerre, eux, ne dormaient pas. La gangrène des pots-de-vin et de la corruption avait commencé à s’étendre jusqu’à atteindre les proportions qui sont aujourd’hui de notoriété publique. On se souvient du scandale du fer à béton irradié lors de la catastrophe de Tchernobyl, mis sur le marché, ou des cargaisons de sucre commandées, payées, mais jamais livrées, pour ne citer que ces deux exemples plus appréhensifs pour l’Algérien moyen. Le secteur pétrolier est lui beaucoup plus opaque et les intérêts immenses : ils se chiffrent en milliards de dollars. Pour situer les idées, citons quelques chiffres. Durant la décennie 90, les recettes tirées par l’Etat de l’exploitation du pétrole et du gaz se sont élevées bon an mal an à une quinzaine de milliards de dollars, auxquels il faut rajouter une somme au moins équivalente pour ce qui est des bénéfices réalisés par les compagnies pétrolières; c’était donc une manne d’une trentaine de milliards de dollars qui faisait l’objet de convoitises. Il n’y a bien sur pas de corrompus sans corrupteurs. Les compagnies pétrolières sont disposées à octroyer des largesses à quiconque leur garantira leur part du pactole; plus cette personne est puissante, mieux c’est. Aux Etats-Unis, jusqu’à une date récente, la pratique de verser des commissions à des dignitaires étrangers était normalement admise à défaut d’être officiellement permise. Une loi très hypocrite l’interdisant, sauf cas particuliers, a été passée, il n’y a pas très longtemps. On peut donc imaginer que le secteur pétrolier algérien, comme celui de nombreux autres pays d’ailleurs, a été et continue d’être le royaume des copains et des coquins. Prenez le chiffre de 30 milliards de dollars, cité plus haut et multipliez le par un pourcentage quelconque, aussi minime soit-il et vous aboutirez à un montant qui donne le tournis.
L’Algérie, pays pétrolier, membre de l’OPEP jusqu’à ce jour, n’a osé, à renoncer à sa souveraineté sur ses propres richesses pétrolières et les livrer aussi facilement aux intérêts étrangers, en mettant sur le tapis la fameuse loi des hydrocarbures de 2005. Examinons maintenant quelques évènements qui se sont déroulés sur la scène pétrolière mondiale depuis le début de l’année 2005, l’Etat russe avait repris le contrôle de la compagnie Youkos, propriété du milliardaire emprisonné Khodorovsky. Dans la foulée et afin de se prémunir de toute surprise en provenance de l’étranger, le président Poutine avait fait adopter par la Douma une nouvelle législation qui interdisait dorénavant toute participation majoritaire étrangère dans toute entreprise russe du domaine de l’énergie.
Au mois de mars de la même année, la compagnie chinoise CNOOC faisait une offre de rachat de 18,5 milliards de dollars, de la compagnie UNOCAL (Union Oil of California), dépassant de loin la proposition de 16,5 milliards de dollars de Texaco - Chevron. Une hystérie politique saisissait alors le Congrès et la Maison Blanche, tandis que la panique s’emparait du gendarme de la bourse américaine, la SEC (Security Exchange Commission). La CNOOC est certes contrôlée à 70% par l’Etat chinois, mais les 30% restants sont détenus par des capitaux privés dont les actions sont en vente libre à Hong Kong et New York. Mais qu’à cela ne tienne, la Chambre des représentants a quand même adopté, le 30 juin, une résolution selon laquelle l’OPA chinoise représentait un danger pour la sécurité nationale et a demandé à l’administration Bush de bloquer la cession vers laquelle on se dirigeait. Le Congrès a alors rajouté en catastrophe une disposition à la loi sur l’énergie, instaurant un moratoire de 4 mois supplémentaires pour étudier la politique énergétique de la Chine, ce qui a permis de bloquer temporairement l’offre d’achat de la CNOOC. La saga n’a pris fin qu’en août quand l’offre de Texaco - Chevron a finalement été retenue, bien qu’elle n’était que de 17,6 milliards de dollars, c’est à dire encore inférieure de près d’un milliard à celle de la CNOOC. Face à cette levée de boucliers, cette dernière a préféré renoncer à cet achat.
Ceci se passait donc en 2005, aux USA pays de l’ultra libéralisme, sous la présidence de George W. Bush, celui-là même qui, nous a-t-on dit, a imposé à l’Algérie la loi sur les hydrocarbures, faute de quoi il lui aurait fait subir le sort de l’Irak. Question 1 : le patriotisme économique n’est-il de mise que quand il concerne les intérêts stratégiques américains ? Question 2 : l’Algérie, n’a-t-elle réellement aucun moyen de s’opposer à ce genre d’injonction ? Et pourtant d’autres pays, ne disposant de guère plus de moyens qu’elles, osent défier les Etats-Unis dans ce même domaine des hydrocarbures.
L’exemple le plus frappant est celui du président vénézuélien Hugo Chavez qui, après avoir remis en cause la législation plus libérale qui existait dans son pays, est allé jusqu’à menacer, en août 2005, d’interrompre les livraisons de pétrole brut à destination des USA. Peu de temps auparavant, son administration avait sommé trois multinationales pétrolières de régulariser les fraudes fiscales de plusieurs centaines de millions de dollars auxquelles elles s’étaient livrées. Aux premiers jours de l’année 2015, les USA interdissent au Venezuela d’importer le pétrole algérien. ?
L’autre exemple plus récent, puisqu’il ne date que de janvier de cette année, est celui du président bolivien nouvellement élu, Evo Moralès, qui a engagé un autre bras de fer avec les multinationales. La nouvelle loi bolivienne sur les hydrocarbures est à l’exact opposé de l’algérienne, puisqu’elle prévoit la nationalisation des hydrocarbures, mais aussi comme l’affirme le président Morales : « Nous n’allons pas confisquer les biens des compagnies étrangères, mais exercer le droit de propriété sur le sous sol et en surface ».
On pourrait continuer à faire le tour du monde et constater que tous les pays, y compris les plus ardents partisans de la mondialisation et de l’ultra libéralisme, défendent ce principe fondamental, celui du droit de propriété sur les richesses pétrolières de leur sous sol. Droit à l’exploitation par l’entreprise étrangère, oui; droit à la propriété des réserves, non. Quant à la notion de patriotisme économique défendue par les Américains, on la retrouve aussi dans la saga Arcelor - Mittal Steel qui mobilise l’Union Européenne ces temps-ci. Alors, les Algériens sont-ils devenus tout d’un coup moins patriotes que tout ce monde-là ? Sont-ils devenus plus intelligents que tous les peuples de la planète, plus intelligents que tous les pays pétroliers, OPEP ou non OPEP, plus intelligents que les Russes, les Américains ou les Français ? L’Algérie est-elle devenue plus puissante que tous les puissants de ce monde ou plus faible que les plus faibles ? La morale à tirer de ces nombreux exemples est qu’il n’y a lieu d’être ni plus patriote ni moins patriote que d’autres, ni plus intelligent, ni moins intelligent, mais d’être tout simplement comme tout le monde; vouloir s’illustrer et jouer aux “ précurseurs” n’est pas une marque de sagesse. La plus grande marque de sagesse de l’homme est celle de savoir faire marche arrière quand il se rend compte qu’il s’est trompé. Ce n’est pas faire preuve de faiblesse que de revenir sur un acte quand cet acte engage l’avenir d’une nation et celui de plusieurs générations. En Algérie, il est encore temps d’éviter les conséquences néfastes de la nouvelle loi sur les hydrocarbures, avant que la machine ne s’emballe. Tant qu’elle n’est qu’une disposition sur le papier, non encore appliquée, celui ou ceux qui l’ont faite peuvent la défaire.
Cette loi qui a été de 1999 à nos jours l’événement le plus important dans le domaine du pétrole et du gaz. On se souvient que déjà en 2002, tout était prêt pour son adoption, mais que l’opposition de la majeure partie de la classe politique et celle de l’UGTA qui avait observé une grève nationale de 48 heures, avaient empêché que cela ne se fasse. Elle fut retirée pour être représentée en février 2005. Et là, tout d’un coup, tous les rouages de l’Etat étaient pour, présidence de la République, gouvernement, assemblée nationale, conseil de la Nation, partis de l’alliance présidentielle; même les travailleurs y sont devenus favorables. Pourtant aucun élément nouveau n’est intervenu durant la période, même le texte de loi est resté, à quelques détails près, inchangé. Au plan international, on n’a pas eu d’exemple d’un autre pays qui ait adopté une législation similaire; au plan intérieur, on a eu une élection présidentielle. Est-ce cela l’événement cause du changement ? Comment se fait-il que ce qui n’était pas bon pour le pays en 2002, le soit devenu deux ans après ? Comment se fait-il que les travailleurs qui étaient prêts à bloquer l’économie du pays, pendant longtemps si nécessaire, aient brusquement changé d’avis ? La seule explication fournie par l’UGTA à l’opinion publique a été que le chef du gouvernement l’aurait rassuré, en disant que la loi était bonne pour le pays. C’est plutôt court comme argument pour une décision aussi lourde de conséquences.
Conclusion : Beaucoup de corruption, beaucoup de rapaces autour de la manne pétrolière et bientôt peut être dépossession du peuple de sa souveraineté sur ses richesses naturelles ; tel est l’état des lieux peu agréable du secteur des hydrocarbures depuis 1962. On sait aussi que la rente pétrolière n’est que l’arbre qui cache la forêt de l’économie nationale : 98% des recettes en devises du pays en proviennent. Sous couvert de richesse, c’est la faiblesse du pays que cette rente camoufle. Imaginons l’inimaginable si l’Algérie sera amputé de sa future ressource énergétique potentielle de gaz naturel gisant dans le sous-sol saharien (marginalement appelé gaz de schiste). Que deviendrait l’Algérie si demain le pétrole et le gaz venaient nous manquera ? Et, cela peut-être dans moins de 7 à 8 ans. Pourrait-elle survivre, voire exister grâce aux 2% de recettes restantes ? Mais cet inimaginable finira, un jour par arriver si la manipulation de la population du Sud par nos ennemies prendra des allures politiques et régionalistes. Quelle sera ce jour la situation du pays ? Allons plus loin et demandons-nous qu’aurait été l’Algérie, si elle n’avait jamais eu de pétrole ? Se serait-elle tournée vers le tourisme comme les Tunisiens, ou vers le commerce comme les Syro-libanais ? Est-ce que les Algériens se seraient orientés vers les richesses de la mer comme les Grecs ou seraient-ils devenus industrieux comme les Turcs ? C’est bien sur de la fiction, mais elle illustre le fait que d’autres peuples, sans pétrole, ne s’en portent pas plus mal; peut être même sont-ils plus heureux. Rajoutons à ce tableau le fait que la guerre d’indépendance qui aurait pu se terminer au début de 1956, a duré six ans et demi de plus en raison de la découverte de pétrole, cette année-là précisément.
Association Algérienne des Relations Internationales (119,Bd Didouche Mourad, Alger centre)
L’implication de la compagnie pétrolière ‘TOTAL- France’ dans les évènements d’In-Salah et du détournement du TSGP

Pas de fumée sans feu ?
El-Watan du 09.02.15

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