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AFRIQUE DE L’OUEST : Françafrique , la stratégie du chaos (Afriques en Lutte)

par Moulzo 25 Avril 2015, 07:52 France Françafrique Libye Tchad Côte d'Ivoire Multinationales François Hollande Sarkozy Articles de Sam La Touch

Bombardements français d'Abidjan en 2011

Bombardements français d'Abidjan en 2011

Syrte bombardée par les Rafale français
Syrte bombardée par les Rafale français

Lorsqu’en 2007, Sarkozy accédait à la présidence, il avait déjà marqué de son style décomplexé la politique française en tant que ministre. Les relations entre la France et son pré carré africain ne tarderont pas à être imprégnées à leur tour du style sarkozyste : « La Françafrique décomplexée » allait naître.

Ainsi, son discours de Dakar du 26 juillet 2007 portait en lui-même cette nouvelle vision d’une France décomplexée dans ses relations avec l’Afrique, quitte à dire les choses qui fâchent. « Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire [i][1] » mais le vrai signal de cette France décomplexée, c’est les quelques jours passés sur le yacht de son ami Vincent Bolloré après sa victoire à l’élection présidentielle de 2007. Bien évidemment, tous ceux qui connaissent la nébuleuse Françafrique ont déjà entendu parler de Vincent Bolloré dont Sarkozy parlait en ces termes : « Je souhaite pour l’économie française beaucoup de Vincent Bolloré, c’est-à-dire des hommes qui sont capables d’investir pour créer des emplois. Vous savez, ce n’est pas une honte d’avoir travaillé dur, d’avoir créé un grand groupe, de donner de l’emploi. »

Après avoir acheté pour un franc symbolique la papeterie familiale dans les années 80, le jeune Breton va en faire un véritable empire. Les activités de Bolloré vont se déployer en Afrique, surtout dans le pré carré. Bolloré Africa Logistics (BAL) contrôle aujourd’hui le port autonome d’Abidjan ainsi que celui de Dakar pour ne citer que ces deux grands ports du continent. Pour le second, celui de Dakar, le groupe a été écarté pendant six ans par le pouvoir précédent, celui d’Abdoulaye Wade, mais dès l’arrivée de son successeur Macky Sall, il s’est vu octroyer le « dû » qu’il avait perdu au profit de Dubaï Port Word.

En Côte-d’Ivoire, la concession du deuxième terminal a été remportée par le consortium BAL, Bouygues et APMT en 2013. Mais un an après, le comité consultatif de la commission de la concurrence de l’UEMOA a constaté que cette attribution était « assimilable à un abus de position dominante ». Pourtant, c’est Gbagbo qui avait cédé à son ami Bolloré le marché du terminal du port d’Abidjan et ce de gré à gré. Pour tous ceux qui croient que Gbagbo est une victime de la Françafrique, voilà au moins un contre-exemple. Il est tout comme Ouattara un serviteur des intérêts de la Françafrique. D’ailleurs, il semble que dans la crise ivoirienne entre Ouattara et Gbagbo, Bolloré ait plutôt joué la carte Gbagbo tandis que Bouygues misait sur son poulain Alassane Ouattara. Et lorsqu’on voit ces deux là ensemble dans un consortium pour remporter le deuxième terminal d’Abidjan, on comprend bien que les acteurs de la Françafrique ont plus d’un tour dans leur sac, bonnet noir ou noir bonnet, c’est toujours gagnant gagnant, couplé décalé comme disent nos amis ivoiriens.

Au Sénégal, l’ancien président Abdoulaye Wade se méfiait de Bolloré tandis que son fils Karim n’avait d’yeux que pour les Émirats Arabes Unis. Il semble même que ce soit lui qui ait contacté DP Word. Aujourd’hui, avec le retour de Bolloré au Sénégal, la stratégie du complot porté par Bolloré et Youssou Ndour pour dégager M. Wade fait son chemin. Wade considérait par ailleurs que Bolloré était derrière la licence de télévision portée par Youssou Ndour et son groupe Futur Média. L’intervention de l’ambassadeur de France en mars 2015 au procès de Karim Wade ainsi que son discours sur le retour de Bolloré au port de Dakar alimentent encore plus la théorie de la vengeance contre la famille Wade. Karim Wade (le fils d’Abdoulaye Wade) a été reconnu coupable d’abus de biens sociaux et condamné à six ans de prison et à une amande record de 209 millions d’euros par la cour de répression de l’enrichissement illicite, une juridiction sénégalaise spéciale. Bien évidemment, il ne faut pas seulement voir le refus de Wade de laisser Bolloré faire la pluie et le beau temps comme guidé par l’intérêt majeur des Sénégalais mais surtout par « le souci de pouvoir utiliser l’argent de l’étranger sans contrôle en se tournant vers les pays arabes (Dubaï…) et asiatiques (Inde…)[2] ».

Au Mali, après la guerre contre les islamistes qui s’étaient emparés de la moitié du pays, rien n’est encore réglé. Les tractations entre l’état et les ex-rebelles touaregs sont au point mort et certains Maliens commencent déjà à regarder la France salvatrice d’un mauvais œil. En effet, sa complaisance à l’égard des ex-rebelles, surtout à Kidal, est bien étrange d’autant plus que la sortie de Hama Ag Mahmoud l’ancien membre du MNLA accusant la France, ATT et les rebelles d’avoir préparé et mis en œuvre la crise dans le but d’éviter la tenue d’élections auxquelles ne pouvait participer ATT. Ce dernier a été entendu le 24 mars, à Dakar (où il s’est réfugie), par les enquêteurs dans le financement de la campagne de Sarkozy par la Libye de Kadhafi.

Au Tchad, l’allié objectif Idriss Deby a pris du galon, mettant au service de la France guerrière son armée aguerrie au combat, jouant pour elle aux tirailleurs des temps modernes. Pour lui, c’est une assurance vie au pouvoir. La France laisse Deby tranquille puisqu’elle lui est redevable.

La nouvelle stratégie de la Françafrique ne repose plus que sur la corruption des élites mais aussi sur une nouvelle donne, l’écriture à l’avance d’un scénario pour défaire ceux qui gênent en utilisant les acteurs locaux. Les scénaristes sont les grands industriels français, la cellule africaine de l’Élysée (qui paraît-il n’existe plus !) et la Direction générale de la Sécurité extérieure car oui il y va de la sécurité extérieure de la France que les grands industriels comme Bouygues, Bolloré continuent d’engranger les milliards en Afrique, quitte à déstabiliser des pays entiers si nécessaire. Bref, la stratégie du chaos permanent ne gêne aucunement les grands industriels impérialistes, au contraire. By any means necessary…

Moulzo

[1] http://www.lemonde.fr/afrique/artic...

[2] http://www.walf-groupe.com/actualit...

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