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Allo BHL, Kouchner, Ban Ki Moon, Cohn-Bendit...? (Mondafrique)

par Philippe Duval 21 Avril 2015, 17:38 Migrants Italie Libye Syrie Cohn-Bendit Kouchner BHL Ban Ki Moon Afrique

Huit cent migrants, partis de Libye, viennent de terminer leur voyage au fond de la Méditerranée. Quatre cent autres avaient péri la semaine dernière. Mais qu'en pensent les va-t-en-guerre comme BHL, Kouchner ou d'autres ardents défenseurs des droits de l'homme qui ont milité pour une intervention occidentale en Libye, puis en Syrie ?

Dieu que la guerre menée au nom du droit d'ingérence, des droits de l'homme était jolie! Quatre ans après la destruction du régime Kadhafi et le début du conflit syrien, nos belles consciences occidentales découvrent avec horreur que la guerre, ça tue, ça provoque des millions de déplacés et ça ne donne pas toujours les résultats escomptés. Ces grands visionnaires qui promettaient la démocratie et la paix, sont aujourd'hui sans voix devant les drames répétés provoqués par le chaos libyen, par l'installation durable de Daesh à quelques centaines de kilomètres des rives de l'Europe. Ils étaient beaucoup plus flamboyants quelques années plus tôt. Ecoutons-les de nouveau.

Une vitrine, sinon rien

Bernard-Henri Lévy d'abord, celui qui a fourni à Nicolas Sarkozy une vitrine droit-de-l'hommiste pour intervenir en Libye, les motivations de l'ancien président, que la justice française tente de percer, étant beaucoup plus obscures. Parmi ses nombreuses envolées lyriques, retenons celles-ci:
Dans une interview publiée en 2011 sur son propre blog, BHL le proclame haut et fort: "Quoiqu'il arrive, la nouvelle Libye sera meilleure". Avant de se réjouir: "La Libye n’a jamais été un pays, sauf aujourd’hui. Eh oui ! Cette guerre atroce a eu au moins ce mérite : elle a forgé une espèce d’unité. L’épreuve du feu, la fraternité des combats ont fait mille fois plus pour le nouage du lien national qu’un dictateur fou et imbécile qui brisait, lui, méthodiquement, toute forme de société civile". Dans un long article que lui consacre Paris-Match, il s'auto-congratule: « Si les petits Libyens des décennies futures apprennent qu’un écrivain français, dont ils n’ont jamais entendu parler et juif de surcroît, a joué un rôle dans leur liberté, ce sera bien. Je ­serais content, oui. »
Toujours en 2011, il dit avoir du mal à imaginer les Libyens "accepter la férule d'une conception archaïque de la loi". "Je les imagine encore moins, après tant de sacrifices, après ces huit mois de combat exemplaire pour la liberté et les libertés, après ces 42 ans de dictature dont ils sortent exsangues mais la tête haute, renoncer à leurs propres conquêtes." Même si la tournure des événements lui donne tort, il ne se laisse pas démonter: "Libye: non, bien sûr, je ne regrette rien!", proclame t-il sur son blog en 2014. Entretemps, le général Lévy a enfourché un nouveau cheval de bataille contre Assad, le dictateur syrien. Il a même réussi à se faire recevoir à l'Elysée par François Hollande, avec une brochette de généraux kurdes.


Deuxième cas d'école, celui de Bernard Kouchner, le chantre du devoir d'ingérence, ancien ministre des Affaires étrangères de Sarkozy, avant l'intervention libyenne. Devant le spectacle effroyable des boat-people naufragés, il demande la création d'une "flottille européenne de secours". "Avant toute chose, jetons une bouée à ces gens qui se noient!" Au moins ne pourra t-on pas l'accuser de non-assistance à personnes en danger! En 2011, il était l'un des thuriféraires de l'intervention de Sarkozy en Libye, déclarant, dès mars, que l'ancien président avait été "courageux" en reconnaissant les représentants de l'opposition à Kadhafi. Et d'un revers de main, le french doctor balayait les réserves de l'Union européenne sur les initiatives de la France et de la Grande-Bretagne: "C'est toujours comme ça, il y a des gens qui mettent en garde et puis il y a des gens qui avancent..."


"Assez de dérobades ! Assez de pusillanimité ! L'avenir démocratique de la Syrie requiert une aide décisive", s'insurge t-il en 2012, avec pour compagnons de signature d'une tribune libre du Monde, BHL et André Glucksmann, un "nouveau philosophe", comme Pascal Bruckner, qui militait lui aussi en 2011 pour une intervention en Libye. Voilà donc la guerre menée au nom de la philosophie, ce mot grec qui signifie "amour de la sagesse"!
La liste est longue des va-t-en-guerre occidentaux. L'Européen Daniel Cohn-Bendit n'est pas le dernier de la liste. Il a plaidé pour des interventions occidentales en Libye, puis en Syrie. Mais en dénonçant simultanément, dès 2013, la "politique aberrante d'immigration» menée par l'Europe et en prévoyant son échec .«Il faut ouvrir l'Europe, donner une possibilité légale de rentrer en Europe, tant qu'on ne le fera pas, on aura les horreurs de Lampedusa, déclarait-il à l'époque.
Et leur emboîtant le pas, les précédant même souvent, le socialiste François Hollande, partisan forcené d'une guerre totale à Assad en Libye, brandissant partout un étendard des droits de l'homme qui lui tient lieu de politique étrangère. Emboitant allègrement le pas de Sarkozy. Allant, dès septembre 2012, réclamer aux Nations Unies "qu'elles accordent dès maintenant au peuple syrien toute l’aide, tout le soutien qu’il demande, notamment que soient protégées les zones libérées et que soit assurée une aide humanitaire aux réfugiés."


Le président français ne sait-il pas qu'au bout de la chaîne mondiale d'impuissance, il y a, toujours et encore l'ONU, incapable de résoudre les crises majeures, seulement apte à installer un couvercle sur la marmite des conflits existants, de voter des résolutions. Et de verser des larmes de crocodiles sur le sort des pauvres, des victimes de guerre. A l'instar de Ban Ki Moon, son secrétaire général, qui se dit "choqué et profondément attristé" après le dernier naufrage de clandestins en Méditerranée.

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