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De l’idiotie de la censure : le cas CICAD vs Michel Collon

par Slobodan Despot 23 Avril 2015, 07:00 Suisse Liberté d'expression CICAD Michel Collon Censure

En découvrant, dans Le Matin du 15 avril dernier, l’initiative de la CICAD visant l’interdiction de la conférence prochaine de Michel Collon à Lausanne, j’ai d’abord cru à un poisson d’avril attardé. « Symbole de la démocratie menacé »! Rien de moins! Avec un pareil titre, on aurait pu se croire revenu aux heures les plus sombres de notre histoire.

Le symbole de la démocratie en péril n’était autre que la salle du Grand Conseil vaudois, un lieu de conférences usuel et bien connu dans la région, loué pour l’occasion par l’ONG Agence pour les Droits de l’Homme (qui a également organisé avec calme et succès ma propre conférence sur la guerre en Ukraine).

Quand à la menace, elle était incarnée par Michel Collon, journaliste belge, fondateur du collectif Investig’Action, connu pour ses enquêtes sur la manipulation médiatique (les médiamensonges) et son militantisme anti-impérialiste US-OTAN qui en est, en quelque sorte, la conséquence logique.

J’ai rencontré Collon une fois ou deux sur le plateau de « Ce soir ou jamais » et, voici bien des années, au temps de la guerre civile yougoslave.

Aux côtés de Régis Debray, Paul Watson du Los Angeles Times et Sacha Mitic de l’AFP, Michel Collon fut l’un des très rares témoins étrangers à prendre le risque d’aller voir en personne ce qui se passait au Kosovo durant le bombardement de 1999 plutôt que d’ingurgiter le fast-food prémâché de l’OTAN.

Je n’ai pas de sympathie pour le gauchisme souvent doctrinaire de Michel Collon, mais j’admire son courage. Il est l’auteur, avec Vanessa Stojiljkovic, d’un film essentiel, Les Damnés du Kosovo sur un sujet occulté par les médias officiels: la situation désespérée des Serbes et des autres minorités nationales dans la province « libérée » et rendue souveraine par l’OTAN.

Quel rapport entre cet activisme et les missions de la CICAD clairement exposées sur son site?

La CICAD est une association qui a pour but et mission de:

· lutter contre toutes les formes d’antisémitisme;

· veiller à l’application de la législation suisse contre le racisme;

· préserver la mémoire de la Shoah;

· défendre l’image d’Israël lorsqu’elle est diffamée.

Avec un tel cahier de charges, pourquoi la CICAD s’est-elle donc mise en devoir de faire taire Michel Collon?

En guise d’arguments, son secrétaire général M. Gurfinkiel qualifie le conférencier d’«adepte du conspirationnisme, soutien de Dieudonné et de régimes dictatoriaux». Quel conspirationnisme? La dénonciation des agressions ouvertes ou cachées d’Oncle Sam dans le monde? Quel rapport avec l’antisémitisme, voire la défense de «l’image d’Israël lorsqu’elle est diffamée»?

Michel Collon soutient Dieudonné? S’agit-il d’interdire de parole tous les soutiens de l’humoriste le plus populaire de France? En tant qu’éditeur de ses avocats, devrais-je m’inquiéter? Un petit amalgame, c’est si vite arrivé…

Il soutient des régimes dictatoriaux? Lesquels? L’Arabie Séoudite, Qatar? Pardon, je confonds avec le réseau d’alliances de l’OTAN, de la France et des USA…

Et voilà tout… Le message au public de la CICAD se résume à : «Il faut bâillonner cet homme!» Dans les faits, sa démarche obtient l’effet rigoureusement inverse.

Grâce à l’intervention de M. Gurfinkiel, la conférence de Collon qui aurait touché quelques centaines d’adeptes déjà convaincus est portée à la connaissance du plus vaste public via une pleine page du Matin.

Cette interdiction mesquine n’empêchera pas l’organisateur de trouver une autre salle et d’y attirer du même coup un public inespéré.

Au pire, Michel Collon publiera une vidéo internet pour dénoncer l’atteinte à la liberté d’expression dont il est victime en Suisse et cette affaire locale fera le tour du monde.

En résumé, par cette censure déplacée, la CICAD

  • impose une équivalence entre la lutte contre l’impérialisme américain et l’antisémitisme (ou la « diffamation d’Israël »);
  • accrédite l’idée que certains lobbies disposent d’un pouvoir abusif et discrétionnaire;
  • offre à son adversaire l’occasion de se poser en martyr de la liberté d’expression.

Bref, les conspirationnistes n’ont plus rien à faire. La CICAD fait tout le boulot à leur place! Comme disent les Vaudois: « Le mieux est l’ennemi du bien »…

PS La CICAD sera présente au Salon du Livre de Genève du 29 avril au 3 mai, salon placé sous le signe... de la liberté d’expression! Les débats au stand promettent d’être salés.

De l’idiotie de la censure : le cas CICAD vs Michel Collon

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