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Afrique du sud. Quand Afrophobie remplace Ubuntu (Renapas)

par Renapas 18 Avril 2015, 04:53 Afrique du sud Afrophobie Xénophobie Ubuntu Violences Migrants Lynchage

En mai 2008, une vague de violence xénophobe avait provoqué la mort de 63 personnes, et des milliers de sans abri. Dans la préface de l’ouvrage collectif Go Home or Die Here, l’évêque Paul Verryn qui avait été très actif à secourir les victimes écrivait : « Comme un orage soudain, les attaques xénophobes ont balayé notre pays… Les signes avant coureur étaient bien en place avant le massacre. Mais en tant que nation, nous étions d’une certaine façon mal préparée à ce déferlement de violence contre les plus vulnérables de ceux qui vivent parmi nous ».

En avril 2015, la même vague de terreur a enflammé les townships autour de Durban. Les mêmes scènes de menaces envers les commerçants étrangers, les mêmes pillages de leurs boutiques, le même spectacle effrayant et désolant de ruines fumantes. Au moins cinq morts, deux mille sans abri.

Cette violence dirigée contre les étrangers accusés de "voler le travail "des Sud-Africains est ciblée comme en 2008 sur les étrangers venus du Mozambique, du Zimbabwe, de Somalie, du Malawi. Des Africains qui ont fui les guerres, la pauvreté, le désordre dans leurs pays espérant trouver dans en Afrique du Sud les moyens de gagner leur vie et être en sécurité. Cette violence est désignée sous le vocable "afrophobie".

Les mêmes causes ont produit les mêmes effets : la sinistre trilogie de la pauvreté, du chômage, des inégalités a montré du doigt l’Autre, l’Etranger par qui le malheur arrive. Le même évêque, Paul Verryn, explique « Quand on commence à déballer la xénophobie, tout le reste vient avec », c’est à dire les frustrations devant les promesses non tenues : la création d’emplois, l’incompétence des services, la pauvreté et la faim pour des millions de gens alors qu’une minorité se vautre dans un luxe insolent. Ceux qui se battent sur le terrain disent depuis un moment « nous sommes sur une bombe à retardement » car les efforts qui ont été faits sont largement insuffisants face aux aspirations de ceux qui n’ont rien ou si peu et depuis trop longtemps.

Les réseaux sociaux répètent à satiété « non à la xénophobie », ou bien « pas en notre nom » et ce sursaut des simples citoyens est réconfortant, mais où sont les dirigeants politiques dont la tâche est de trouver des solutions aux problèmes ? Ils ont tous exprimé leurs regrets, leurs condoléances aux familles affligées. La compassion est certes louable, mais où est cet ubuntu, ce sentiment d’humaine fraternité qui nous lie les uns aux autres et fait de chacun d’entre nous un être humain digne et égal ?

Suffit-il de dire que les Sud-africains ne sont pas fondamentalement xénophobes pour que le mal disparaisse ? Personne n’est fondamentalement raciste, mais tout le monde peut le devenir dans un contexte favorable et n’importe qui peut en devenir la cible.

Go Home or Die Here Violence,Xelophobia and the Reinventionof Difference in South Africa Wits University Press

Publié le vendredi 17 avril 2015

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