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Etats-Unis. Une nouvelle version de la mort de Ben Laden (courrier international)

par Courrier international 11 Mai 2015, 17:34 USA Mort de Ben Laden CIA Terrorisme Seymour Hersh

Dans le dernier numéro de la London Review of Books, le journaliste d’investigation américain Seymour Hersh publie une longue enquête sur le raid qui a coûté la vie à Oussama ben Laden à Abbottabad en mai 2011 et fait voler en éclats la version officielle de la Maison-Blanche.

C’est une enquête qui commence à faire du bruit aux Etats-Unis. Et pour cause, la London Review of Books revient sur l’un des épisodes les plus sensibles de la guerre contre le terrorisme menée par les Etats-Unis : le raid des Navy Seals (les forces spéciales américaines) qui a coûté la vie à Oussama ben Laden – chef d’Al-Qaida et cerveau désigné des attentats du 11 septembre 2001 – à Abbottabad, au Pakistan, en mai 2011.

Comme le souligne le journaliste d’investigation Seymour Hersh en introduction : “L’exécution d’Oussama ben Laden a été le point d’orgue du premier mandat d’Obama et un facteur majeur de sa réélection en 2012.” Or, souligne le journaliste, “la Maison-Blanche continue de défendre la version selon laquelle l’opération était cent pour cent américaine et ni l'armée ni les services secrets pakistanais n’étaient au courant de l’intervention”. Pour Seymour Hersh, cette version “digne d’un conte de Lewis Carroll” ne tient pas la route.

“The Shooter”, le récit du soldat qui a tué Ben Laden. Un film d'animation choc produit en 2013 par le Center of Investigating Reporting et traduit en français par Courrier international.

Dans sa longue enquête, il s’emploie à démontrer que non seulement l’agence des renseignements pakistanaise était au courant du raid, mais aussi que Ben Laden était vraisemblablement prisonnier des services secrets pakistanais, depuis 2006, dans sa résidence d’Abottabad. Il note au passage que le lieu où vivait l’ancien chef d’Al-Qaida était proche d’une académie militaire et d’une caserne de l’armée pakistanaise.

Qui plus est, c’est un ancien agent des services secrets pakistanais qui aurait donné l’information à la CIA – pour toucher la récompense de 25 millions de dollars promise pour la capture du chef d’Al-Qaida – et non une information extorquée par la CIA aux messagers et au chauffeur d’Oussama Ben Laden.

Des restes dispersés au-dessus de l’Hindu Kush

Le journaliste américain souligne également, au passage, que les Etats-Unis auraient passé un accord avec les services et l’armée pakistanaise afin que les hélicoptères Black Hawk transportant les Navy Seals américains puissent, en toute discrétion, survoler l’espace aérien du Pakistan.

Enfin, le corps d’Oussama ben Laden n'aurait pas été jeté à la mer : ses restes auraient été dispersés, en plein vol, au-dessus [du massif montagneux d’Asie centrale de] l’Hindu Kush.

Mais c'est surtout le récit du journaliste, dans la seconde partie de son enquête, de la façon dont la Maison-Blanche a voulu présenter l’opération aux médias et à l’opinion publique américaine qui est saisissant : pourquoi et comment la Maison-Blanche s’est employée à couvrir le raid, pourquoi les officiels américains – CIA et Pentagone en tête – comptaient expliquer que Ben Laden avait trouvé la mort dans une frappe de drone ; pourquoi la CIA tenait mordicus à sa version selon laquelle les interrogatoires poussés de prisonniers de la guerre contre le terrorisme avaient mis les Américains sur la piste du terroriste en chef, une façon pour la CIA de justifier les tortures et les traitements inhumains et dégradants infligés à ces mêmes prisonniers.

Et le journaliste de conclure : “Le mensonge au plus haut niveau reste le modus operandi de la politique américaine, ainsi que les prisons secrètes, les frappes de drones, les raids nocturnes des forces spéciales, le tout en passant allègrement au-dessus de la chaîne de commandement et en court-circuitant ceux qui auraient pu dire non.”

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