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Il est temps de relâcher la main de l’Arabie saoudite (Foreign Policy)

par Sahar 14 Mai 2015, 13:16 Arabie Saoudite USA Iran Golfe Persique Geopolitique

Le site web de « Foreign Policy » a examiné, dans un article, la position de Washington envers les pays membres du CCGP. Les auteurs estiment que Washington doit prendre sa distance de Riyad.

Jeremy Shapiro et Richard Sokolskym, tous les deux analystes des relations internationales estiment, dans leur article, que la tenue de la réunion de Camp David, est une bonne occasion pour que l’administration américaine fasse passer quelques messages douloureux aux pays membres du Conseil de coopération du golfe Persique, notamment l’Arabie saoudite.
Dans cet article, intitulé « Il est temps de relâcher la main de l’Arabie saoudite », les coauteurs disent : « Le sommet de Camp David est une opportunité pour que Washington fasse passer un message douloureux aux pays arabes du sud du golfe Persique : nous sommes alliés à cause de nos intérêts, et non pas des amants éternels. »
Foreign Policy a publié une photo de la rencontre au Texas de George W. Bush avec le roi Abdallah ben Abdelaziz en 2005. Les deux dirigeants se tenaient la main et marchaient ensemble.
D’après les auteurs de cet article, cette photographie résumait en quelque sorte, l’alliance entre Washington et Riyad pendant plus de quarante ans, et leur partenariat à l’égard des crises du Moyen-Orient.
Jeremy Shapiro et Richard Sokolsky estime que les inquiétudes des pays arabes du CCGP au sujet des négociations nucléaires entre l’Iran et les grandes puissances serait le thème principal des discussions à Camp David : « Cette fois-ci, nous serons plutôt témoins des discussions très dures que des mains serrées », écrivent les deux analystes américains.
Ils ajoutent : « La partie américaine profitera de ce sommet pour entendre les inquiétudes des dirigeants des pays membres du ccgp à propos de l’Iran. Mais il est très probable que les Américains expliquent clairement aux représentants des monarchies arabes du sud du golfe Persique que Washington ne leur donnera plus aucune nouvelle garantie sécuritaire ni aucun nouveau traité de défense commune. »
Les deux analystes croient que l’absence du roi Salmane ben Abdelaziz à Camp David est un signe de sa colère à l’égard de la politique des Etats-Unis. « L’absence d’un dirigeant à un sommet important est une tactique courante pour créer des ondes que les médias reçoivent très vite pour faire comprendre à leur public que les Etats-Unis n’a plus d’influence dans la région et que les relations entre Washington et Riyad sont en déclin » peut-on lire dans l’article de « Foreign Policy ».
Les coauteurs du texte disent qu’il est normal que les Etats-Unis veuillent donner des garanties à ses alliés angoissés. D’ailleurs, c’est la tactique traditionnelle de Washington pour calmer ses alliés. Mais en ce qui concerne les dirigeants des pays du CCGP, si la plupart d’eux ne se sont pas donner la peine de se déplacer à Camp David, c’est parce qu’ils savent d’avance qu’ils n’y obtiendront aucune garantie de la part des Américains.
L’article de « Foreign Policy » estime qu’il serait une erreur de vouloir donner des garanties aux pays membres du CCGP pendant le sommet de Camp David, et cela pour trois raisons :
1- Les auteurs estiment que l’Arabie saoudite et ses alliés au sein du Conseil de coopération du golfe Persique ne sont pas des alliés officiels de Washington en vertu de traités stratégiques. En outre, ils croient que le comportement de ces pays n’est pas souvent amical envers les Etats-Unis. « L’Arabie saoudite est une monarchie despotique fondée sur la répression politique des citoyens, l’intolérance en matière de l’idéologie et de la religion, et une lecture fondamentaliste de l’Islam allant au contraire des droits de l’Homme. En outre, plusieurs pays du CCGP soutiennent idéologiquement et financièrement les terroristes partout dans le monde. Bref, les intérêts des Etats-Unis et des pays du CCGP divergent sur plusieurs dossiers dont ceux de l’Iran, de la Syrie, de la confrontation à l’extrémisme religieux, et de la nécessité des réformes dans les pays du CCGP », peut-on lire dans cet article.
2- « L’engagement des Etats-Unis à l’égard de l’Arabie saoudite et le CCGP n’est pas, et n’a jamais été absolu. Au milieu des années 1970, les deux parties croyaient qu’il y avait une communion d’intérêts qui les rapprochaient. Mais la fameuse formule des Arabes (L’Amérique vous défend face aux menaces extérieures et vous dépendez les intérêts régionaux de Washington) est une spéculation difficile à accepter comme un principe immuable. En s’appuyant sur cette fausse formule, les pays arabes ont refusé de respecter leurs responsabilités, et ont demandé tout aux Américains. Et si les choses ne marchaient pas comme ils le souhaitent, ils blâmaient les Etats-Unis », écrivent Jeremy Shapiro et Richard Sokolsky. Les auteurs soulignent qu’au fur et à mesure, c’était les Etats-Unis qui changeaient de politique pour satisfaire aux demandes de ses alliés au sein du CCGP, tandis que ces derniers ne faisaient rien pour augmenter l’influence régionale de Washington. « A ce propos, il faut nous rappeler de Bill Clinton quand ils disait : Qui est la superpuissance ? Nous ou eux ? »
3- Les auteurs croient qu’il y a une troisième raison pour ne pas donner de nouvelles garanties sécuritaires aux pays membres du CCGP à Camp David : leur dépendance malsaine des Etats-Unis pendant des décennies. « Au lieu de les aider à devenir capable d’assurer eux-mêmes leur sécurité face aux menaces extérieures, les garanties américaines ont créé une dépendance malsaine de ces Etats par rapport au soutien américain. La faiblesse collective de ces pays est devenue un grand problème au niveau régional », peut-on lire dans l’article de « Foreign Policy ».
Le texte cite ensuite la phrase du président Barack Obama qui avait dit récemment : « La plus grande menace pour les pays arabes sunnites, ce n’est pas l’Iran, mais le mécontentement intérieur dans ces pays. » Les auteurs estiment que les nouvelles garanties américaines à ces pays face aux menaces extérieures pourront détourner les regards des problèmes internes de ces pays comme le chômage, le mécontentement politique et social, et la très mauvaise situation des droits de l’Homme.
D’après cet article, l’Iran cherche toujours à approfondir son influence régionale, ce qui mettrait en péril les intérêts des Etats-Unis au Moyen-Orient, mais la réussite des négociations nucléaires permettront aux Etats-Unis de trouver un nouveau terrain pour négocier avec les pays membres du CCGP, une fois rassurés à propos d’un accord global avec l’Iran. Dans ce cas, les Etats-Unis pourront demander aux pays membres du CCGP de faire preuve de plus de responsabilité par rapport à leur propre sécurité, ce qui permettra à Washington d’épargner son engagement dans les conflits du Moyen-Orient.
Selon les deux analystes de « Foreign Policy », le but des dirigeants américains n’est pas d’établir une alliance avec l’Iran, mais de se servir de la position et du statut de l’Iran au niveau régional, pour mettre fin aux liens très étroits qui existent entre les Etats-Unis et l’Arabie saoudite. « L’Arabie saoudite et les pays membres du CCGP doivent comprendre que le but des Etats-Unis est d’assurer l’équilibre des forces dans la région, et non pas de permettre au CCGP de gagner la compétition et la rivalité face à l’Iran », peut-on lire dans cet article.

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