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La cellule Afrique de l’Élysée au centre de l’affaire de Bouaké ? (BdA)

par David Mauger 1 Mai 2015, 16:51 Côte d'Ivoire France Françafrique Armée française Bouaké Élysée

Retour sur la crise franco-ivoirienne de novembre 2004 (lire notre dossier dans Billets n°240, novembre 2014), dont le bilan tragique des morts fait état d’un Américain, neufs militaires français et environ 60 civils ivoiriens.

Les crimes commis contre les civils ivoiriens par l’armée française dans les heures et les jours qui ont suivi le bombardement d’un camp militaire français installé dans un lycée de Bouaké le 6 novembre 2004, imprescriptibles puisqu’il s’agit de crimes contre l’humanité, n’ont encore fait l’objet d’aucune enquête judiciaire. En revanche, l’instruction sur le bombardement lui­-même, ouverte suite aux plaintes des victimes et des familles des soldats français, continue d’avancer. Suite à une nouvelle audition du général Poncet par la juge Khéris début février, L’Humanité (24/02) a publié des extraits de notes de l’Élysée du 2 novembre 2004, quatre jours avant le bombardement de Bouaké. Pour le général Jean-­Louis Georgelin, chef d’état­-major particulier de Jacques Chirac, il est alors « impératif de tenter de dissuader le président Gbagbo » de lancer l’offensive aérienne contre la rébellion qui contrôle le nord du pays, y compris en le menaçant d’une « riposte des forces impartiales » et d’une « intervention possible du Liberia et du Burkina Faso au plan militaire ». Malgré ses dénégations, l’Élysée était donc décidé à protéger la rébellion ivoirienne et parfaitement infor­mé du soutien militaire que les présidents Blaise Compaoré – aujourd’hui accueilli en Côte d’Ivoire, après sa chute l’automne dernier – et Charles Taylor – condamné à 50 ans de prison pour une autre guerre, menée en Sierra Leone – avaient apporté dès le début à la rébellion ivoirienne.

Georgelin ajoute qu’il faut convaincre Guillaume Soro – qui dirige la rébellion – et Alassane Ouattara, que « la seule possibilité de renverser le président Gbagbo passe par les élections ». Quant au conseiller Afrique de Jacques Chirac, Michel de Bonnecorse, il précise (toujours le 2 novembre 2004) qu’Alassane Ouattara « sait n’avoir aucune chance » d’être élu et « souhaite un effondrement général qui pourrait lui être profitable ». La cohérence avec ce qu’il s’est finalement passé lors de la crise électorale de 2010/2011 est pour le moins troublante : des élections dans une Côte d’Ivoire toujours coupée en deux, en présence d’une rébellion jamais désarmée, de larges fraudes sur lesquelles la « communauté internationale » a fermé les yeux, le passage en force d’Alassane Ouattara soutenu par la France et les Nations Unies, forces faussement désignées "impartiales", et celui de Laurent Gbagbo proclamé vainqueur par un Conseil constitutionnel manquant tout autant de neutralité, puis finalement le renversement de Gbagbo par l’armée française, alliée aux rebelles de Guillaume Soro.

Ces nouveaux éléments sont à rapprocher du témoignage clé de Jean-­Jacques Fuentès, mercenaire instructeur au sein de l’armée ivoirienne : « Le 5 novembre [2004] au soir, un officier ivoirien a reçu un coup de fil de la cellule Afrique. A priori, c’était une désignation de cible, qu’il aurait fallu bombarder pour finir la guerre [...] à quelques centaines de mètres du lycée Descartes [devenu camp militaire français], où se tenait prétendument une réunion des chefs rebelles ». Bien qu’incroyable a priori, cette intoxication par la cellule africaine de l’Élysée que dirigeait Michel de Bonne­corse est jusqu’ici la seule explication rationnelle du bombardement du camp militaire français par l’armée ivoirienne.

En janvier 2007, le journaliste indépendant Alain Chabod avait recueilli une longue confession filmée de Jean-­Jacques Fuentès qui, bien qu’évoquée dans plusieurs articles de presse, n’a jamais été diffusée. En mai 2007, Fuentès était opportunément arrêté à Bordeaux, puis extradé vers Malte pour l’exportation illégale, en 2003, de deux avions militaires vers la Côte d’Ivoire. Une affaire d’où il sortit blanchi par la justice maltaise. C’est finalement en mars 2010 que la juge Florence Michon recueillit son témoignage, qui accrédite le rôle central de l’Élysée dans l’affaire du bombardement du camp militaire français de Bouaké.

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