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Palmyre. Dans les pas de ses parrains étatsuniens, Hollande tergiverse face à l'Etat islamique et regarde ailleurs...

par Philippe Duval 26 Mai 2015, 13:58 Syrie USA France EI Collaboration Palmyre

Palmyre. Dans les pas de ses parrains étatsuniens, Hollande tergiverse face à l'Etat islamique et regarde ailleurs...
Hollande: une incertaine idée du rôle de la France face à Daesch Par Philippe Duval
Mondafrique
* Chapô de SLT

Alors que Daesh investit la ville de Palmyre en Syrie, les militaires français détournent les yeux. Et Hollande appelle à "une solution politique", aux contours totalement flous

Les djihadistes de Daesh ont pris sans coup férir la cité gréco romaine de Palmyre, qui fut au début du premier millénaire, la plus grande puissance commerciale du Proche-Orient sur la route des caravanes de la soie. Ses temples et théâtres, inscrits au patrimoine de l’Humanité, sont menacés de destruction par les fous de Dieu. L’Unesco s’alarme et François Hollande s’émeut.

Du pain béni pour les avions d’attaque américains

Regardons d’abord une carte de la région: le désert, rien que le désert, pas un arbre, pas un village à l’horizon. Les appareils américains F15, F16, et F22 devraient tirer comme des lapins les colonnes de Daesh. Mais, surprise, les djihadistes se rendent maîtres des lieux sans vraiment combattre. Les frappes aériennes américaines s'évanouissent dans les sables. A se demander si elles ont vraiment eu lieu! Le président syrien Assad, quant a lui, qui concentre ses troupes sur le dernier carré de son territoire, a d’autres ennemis à combattre.

Quant à la France, n’en parlons pas. Le générallissime François Hollande a décidé d’engager le porte-avion Charles de Gaulle et ses Rafale uniquement en Irak. Les objectifs en Syrie sont désormais abandonnés depuis le 31 août 2013. Ce jour là, le président américain s’était dégonflé en pleine nuit alors que les Rafale s’apprêtaient à décoller pour bombarder Assad. Un conseil de guerre avait même été réuni à l’Elysée, mais, en l'asence des avions F16 américains, l’opération avait dû être annulée à la dernière minute. Le Charles de Gaulle sert donc de rampe de lancement à des seules frappes en Irak.
Palmyre conquise sans coup férir

Victorieux sans grand mérite, les islamistes de Daesh n’ont plus qu’à prendre des masses pour démolir les temples. Voici de belles et terribles images en perspective, comme les aiment les chaînes d’info continue. Il reste un maigre espoir, celui que les fous de Dieu, saisissent l’occasion pour montrer au monde qu’ils ne sont pas que des sauvages et qu’il ne faut pas complètement désespérer de l’humanité, fut-elle islamiste. Et qu’ils épargnent les vieilles pierres après s’être défoulés sur plusieurs centaines de femmes et enfants, allègrement massacrés ou revndus au marché noir des antiquités.
Retour sur Hollande. Devant le désastre et 220000 morts syriens plus tard, voilà notre président qui réclame une «solution politique ». En 2012, il avait déjà fait une sortie pour réclamer cette « solution politique », mais sans Assad, avait-il précisé. Trois ans plus tard, le président syrien, qualifié au ministère français de la Défense de « gouverneur de Damas », est toujours là. En langage diplomatique, on peut parler d'un "réajustement" de la position française. Dans un éclair de lucidité, François Hollande s’est-il rendu compte que sa fantomatique opposition modérée syrienne n’était qu’un mirage, que Daesh était pire qu’Assad, défenseur malgré tout des minorités, et que la France, au lieu d’être un fauteur de guerre, avait un rôle d’apaisement à jouer en Syrie, un pays avec qui elle est très liée par l’histoire. Il ne faut jamais désespérer d’un président français, même si en trois ans de règne, celui-ci a engagé son pays dans trois guerres (Mali, Centrafrique et Irak-Syrie, sans compter celle qui s’annonce en Libye contre les bateaux de migrants. Soit mieux que Nicolas Sarkozy et ses expéditions non moins catastrophiques (et colonialistes) en Libye et Côte d’Ivoire.

De l’eau dans le Bargylus, un vin syrien.

On n'entend plus François Hollande vilipender Poutine et les séparatistes ukrainiens pro-russes. Le voici engagé avec Angela Merkel dans une opération de rétropédalage intensif qui vise à repousser aux calendes grecques l’adhésion de l’Ukraine (et de la Géorgie, un autre ex-satellite russe) à l’Union Européenne. De crainte de voir les habitants de ces deux pays déferler, une fois les frontières ouvertes. L’Europe ne peut pas faire aux migrants sur tous les fronts. Bref, ce qui caractérise la politique étrangère de Hollande, de la Syrie à l’Ukraine, c’est l’extrême opacité, l’absence de vision à long terme et l’opportunisme à la petite semaine.

Le président français déclenche une guerre contre le terrorisme au Mali, mais va vendre des Rafale au Qatar et fait des courbettes à l’Arabie Saoudite, deux pays qui financent depuis de nombreuses années l’islam salafiste, y compris au Sahel. Le même veut la peau d’Assad, justement accusé d’être un dictateur, refuse de vendre des frégates à l’infréquentable Poutine, mais s’aplatit devant les grands défenseurs des droits de l’homme (et de la femme) que sont les Qataris et les Saoudiens, et intronise roi d’Afrique francophone le Tchadien Idriss Déby, non moins dictateur à la gâchette facile pour ses opposants, chargé par l’ex-puissance coloniale d’aller nettoyer Boko Haram. On espère qu’après ça, la France n’aura pas l’outrecuidance d’aller faire la leçon aux Africains sur le nécessaire respect des Droits de l’Homme, sur des élections transparentes, et patati et patata…

Profil bas pour l'Oncle Sam
Quant à son compère Obama, qui hérite du désastre bushien et tente de se sortir du guêpier irakien, il a au moins, au contraire de Hollande, le mérite de faire profil bas. Après la prise de Ramadi par Daesh, il déclare benoîtement que la guerre n’est pas « perdue », ce qui veut surtout dire qu’elle n’est pas gagnée. Le rapprochement avec Téhéran, que le duo Hollande-Fabius, combat vigoureusement, lui permet d’espérer que les milices chiites iront tailler en morceaux les troupes de Daesh, à l’inverse de la pauvre armée irakienne qui a pris ses jambes à son cou. En Syrie, le président américain semble avoir pris définitivement conscience que Assad était incontournable, ce qui fait doucement ricaner les Russes. Et donne un grand coup de frein à son projet de former plusieurs milliers de combattants musulmans dits modérés en Turquie, dans les Emirats et en Arabie Saoudite pour les lancer sur le champ de bataille syrien. Il s’est rendu compte que ces vaillants guerriers, ayant étudié les armes dans des écoles aussi peu fiables, risquent de passer, à la première occasion, dans le camp ennemi. A ce jour, seulement 90 de ses valeureux soldats sont opérationnels. Assad et Daesh doivent trembler.
Sur les théâtres irakiens et syriens, l’impuissance occidentale est donc, malgré les frappes aériennes, manifeste. C’est bien connu, quand on ne voit plus aucune issue, on propose une conférence. C’est ce que réclame désormais Hollande : « un nouveau Genève », du nom de la ville du bord du lac Léman, où les grands-messes diplomatiques n’aboutissent généralement à rien.

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