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Pour la défense de la liberté d'expression étudiante à l'Université Humboldt! Halte à la censure soutenue par l'État!

par WSWS 28 Mai 2015, 22:01 Allemagne Liberté d'expression PSG Etudiants EJIES Censure ‘Münkler-Watch’

Pour la défense de la liberté d'expression étudiante à l'Université Humboldt! Halte à la censure soutenue par l'État!
Pour la défense de la liberté d'expression étudiante à l'Université Humboldt! Halte à la censure soutenue par l'État!
Par le Parti l’égalité sociale (Partei für Soziale Gleichheit – PSG) Etudiants jeunes internationalistes pour l’égalité sociale (EJIES)
WSWS

Le PSG et l’EJIES appuient sans réserve les étudiants de l'Université Humboldt qui publient le blog ‘Münkler-Watch’ et sont devenus la cible d'une campagne massive d'intimidation. Nous défendons leur droit de critiquer les conférences du politologue Herfried Münkler.

Ce qui est en jeu ici ce n'est pas simplement un conflit avec un professeur à l'Université Humboldt de Berlin, mais la défense de la liberté d'expression. Il faut empêcher, à Humboldt comme dans d'autres universités, une mise au pas supervisée par l’Etat – telle qu’elle à été mise en place dans la période nazie sous le nom de Gleichschaltung. Les universités ne doivent pas être transformées d’institutions et de centres de recherche universitaires en outils de la propagande de guerre.

Les attaques contre ‘Münkler-Watch’ sont une continuation, et une escalade, des attaques menées contre l' EJIES qui a été dénoncée par l'administration de l'Université et les médias pour avoir critiqué l'historien de l'Europe de l'est Jörg Baberowski. Münkler a établi ce rapport lui-même en disant aux représentants de la presse qu'il soupçonnait un groupe de jeunes trotskistes ayant critiqué Baberowski l'an dernier d’être à l’origine du blog.

Le 12 mai, Münkler avait convié la presse à l’une de ses conférences, où il avait traité les auteurs anonymes de ‘Münkler-Watch’ de « misérables lâches » et les a comparé aux ‘Blockwart’ (mouchards du régime nazi chargés de la surveillance politique de la population). Il dit que c'était une « situation insoutenable » que d'avoir à tenir une conférence « sous la menace constante de la dénonciation ». Depuis lors, un flot d'articles sur ‘Münkler-Watch’ ont paru dans les médias allemands.

Spiegel Online, Der Spiegel, le Tagesspiegel, Die Zeit, Die Welt, le Süddeutsche Zeitung, le taz, la Neue Zürcher Zeitung, Deutschlandradio, Junge Welt et Neues Deutschland ont écrit sur ‚Münkler-Watch’. Le Frankfurter Allgemeine Zeitung a publié deux articles incendiaires. À quelques exceptions près, les articles sont des tirades hargneuses contre les blogueurs, s’appuyant sur des demi-vérités, des distorsions et des mensonges caractérisés.

Sur Deutschlandradio, Winfried Sträter a appelé les blogueurs des « gardiens de la vertu » utilisant « une forme de justice des consciences autoproclamée». Jens Bisky a écrit dans le Süddeutsche Zeitung que les activités des blogueurs étaient un mélange « d’agressivité et de lâcheté similaire à Pegida » [référence au mouvement xénophobe allemand « Patriotes européens contre l’islamisation de l’Occident - Pegida », ndt.].

L'attaque la plus inflammatoire portée contre les étudiants critiques est venue du journal de droite Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ). Le 13 mai, Regina Mönch, qui a commencé sa carrière de journaliste comme scribouillard stalinienne en RDA, écrivait rageusement: « des étudiants font du tapage contre un professeur... ils dénoncent et censurent ses conférences qui apparemment les dépassent intellectuellement. » Elle a accusé l'Université de répondre avec « une grande faiblesse » à ces activités. La déclaration de l'administration ressemblait à « une invitation au désordre permanent ou, comme certains professeurs l’ont formulé, à une complète ‘liberté de diffamation’ ».

Le 17 mai, Friederike Haupt est allée encore plus loin dans le Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung (FAS). Son article pourrait servir de modèle de journalisme de caniveau. Il combine en un amalgame les incidents les plus disparates, omet ou déforme les faits les plus élémentaires. Son article dresse un portrait absurde de professeurs intimidés, vivant dans la crainte constante d'attaques, abandonnés par l’administration couarde de l'Université. Elle va même jusqu'à comparer des critiques bien fondées et étayées de professeurs de droite avec des « menaces à la bombe et des appels au meurtre ».

Essayant de mobiliser les préjugés les plus arriérés, Haupt décrit Berlin, où se trouve l'Université Humboldt, comme un antre de la débauche et de l'iniquité. Certains berlinois « passent 30 heures dans les club et puis vont vomir dans le métro », écrit-elle.

L'article du FAS, comme bien d'autres mentionnés ci-dessus, vise à créer un climat d'intimidation dans lequel la critique de l'école de pensée officielle est criminalisée. Les gains démocratiques remportés depuis la révolte étudiante de 1968 doivent être annulés et les universités devenir à nouveau des institutions autoritaires, dans lesquelles d’infaillibles « dieux en robes noires » dressent les étudiants à devenir des serviteurs aveugles de l'élite dirigeante. Il existe un mot pour cela: Gleichschaltung.

Une extension des attaques contre l’EJIES

Les attaques visant ‘Münkler-Watch’ sont une continuation et une intensification des attaques sur l'EJIES. Ces derniers mois, l'université a à deux reprises dénoncé l'organisation de jeunesse et d’étudiants du Partei für Soziale Gleichheit (PSG) sur son site officiel.

En novembre 2014, le Département d'histoire a appelé « les enseignants et les étudiants de l'Université Humboldt » à « s'opposer à » la critique par l'EJIES des remarques publiques faites par l'historien Jörg Baberowski et de ne plus tolérer de telles critiques « dans les amphithéâtres de l'Université Humboldt ».

L'Université a publié une déclaration similaire en avril 2015, portant la signature de son président, Jan-Hendrik Olbertz. Elle accusait le PSG et l'EJIES de « diffamation malveillante », de « calomnie », et de « campagne de dénigrement » dirigées contre Jörg Baberowski, sans justifier d’aucune façon ces affirmations.

Une telle attaque de la part de l'administration d’une organisation étudiante établie à l'Université et représentée au parlement étudiant va à l’encontre des principes démocratiques les plus fondamentaux.

Sur ses dépliants et dans ses réunions publiques, l'EJIES avait critiqué les efforts de Baberowski pour réhabiliter Ernst Nolte, l'apologiste le plus notoire du national-socialisme parmi les historiens allemands. L' EJIES avait dénoncé les tentatives de Baberowski de minimiser les crimes commis pendant la Deuxième Guerre mondiale et justifier de nouveaux crimes de guerre. L' EJIES a méticuleusement prouvé ses accusations.

Dans un article de février 2014 paru dans Der Spiegel, Baberowski s’était explicitement déclaré en faveur d’Ernst Nolte. Il avait déclaré à ce magazine d'actualité: « Nolte a subi une injustice. Du point de vue de l’histoire, il avait raison, » et: « Hitler n’était pas un psychopathe, il n’était pas cruel. Il ne voulait pas que les gens parlent de l’extermination des juifs à sa table. »

On trouvera de nombreux passages dans les travaux de Baberowski qui, comme Nolte, dépeignent les crimes de guerre allemands sur le front de l'Est comme une réaction aux crimes staliniens et non comme une guerre planifiée d'extermination. Il a écrit en 2007: « Staline et ses généraux ont imposé une guerre d'un nouveau type à la Wehrmacht – qui n’épargnait plus la population civile ».

Et à une table ronde tenue au Musée historique allemand en octobre 2014, Baberowski justifie l'utilisation de méthodes violant le droit international dans la lutte contre des groupes djihadistes. Il a dit textuellement: « Et si l’on ne veut pas prendre des otages, brûler des villages, pendre les gens et semer la peur et la terreur, comme le font les terroristes, si l’on n’est pas prêt à faire de telles choses, alors on ne pourra jamais gagner ce genre de conflit et il vaut mieux ne pas s’en mêler. »

L'EJIES a placé la relativisation des crimes de guerre par Baberowski dans le cadre de l'annonce par les principaux représentants du gouvernement allemand qu'il était temps de mettre fin à des décennies de retenue militaire en Allemagne. Elle a expliqué que « La résurrection du militarisme allemand exige une nouvelle interprétation de l'histoire qui minimise les crimes de l'époque nazie. »

Elle mettait en garde contre la tentative de transformer « l'Université Humboldt en un centre de propagande droitière et militariste » et « en une sorte d'Institution Hoover-sur-Spree » L'Institution Hoover de l'Université de Stanford est un centre universitaire de la droite politique aux États-Unis.

Le 28 avril de cette année, l'EJIES avertissait dans une lettre ouverte à l'Université Humboldt: « Une atteinte fondamentale à la liberté d’expression et d’opinion a lieu sous prétexte de défendre la réputation d’un professeur ». L’Université Humboldt était en train d'établir « un dangereux précédent dont la signification dépasse de loin l’actuel conflit. Si on ne s’y opposait pas, elle ouvrirait la voie à une Gleichschaltung (mise au pas) politique de l’université : la suppression de toute critique politique et, par-là même, de tout travail scientifique sérieux ».

L’attaque contre ‘Münkler-Watch’

L'attaque contre ‘Münkler-Watch’ a confirmé cet avertissement. Le blog a été, autant que nous sachions, organisé par des étudiants, de leur propre initiative. Si notre critique de Baberowski et Herfried Münkler a encouragé à le faire, alors nous nous félicitons de ce résultat. En tout état de cause, le blog montre que l'opposition au militarisme et à la falsification historique augmente chez les étudiants et que notre travail politique persistant trouve un écho.

C'est la raison pour laquelle Münkler et la bande de journalistes qu’il a rameuté attaquent les blogueurs avec tant de véhémence. Ils craignent que le gouffre profond entre l'élite politique et la masse de la population conduise à une radicalisation des étudiants et des travailleurs, et que l'opposition à la guerre et au militarisme ne puisse plus être isolée.

Dans leurs réunions publiques et leurs articles, l'EJIES et le World Socialist Web Site dénoncent depuis longtemps les positions impérialistes et militaristes présentées par Münkler – son appartenance au Comité consultatif de l’Institut fédéral des hautes études de sécurité, son soutien à des formes de régime autoritaires, sa minimisation de la responsabilité allemande dans la Première Guerre mondiale, son appel à ce que l’Allemagne devienne la puissance dirigeante et le « maître de discipline » de l’Europe, son soutien aux drones de combat comme de supposées armes humanitaires et bien plus encore.

On retrouve des critiques similaires dans ‘Münkler-Watch’. Un porte-parole du groupe utilisant le pseudonyme de Caro Meyer a déclaré au Journal Junge Welt: « Il ne se passe guère un jour sans que M. Münkler ne passe à la télévision pour légitimer la domination allemande au sein de l'UE ou pour plaider son renforcement. Ou encore on peut lire dans le journal qu'il saluerait une politique étrangère s’orientant sur les intérêts économiques de l'élite allemande; laquelle devrait évidemment être « épaulée par les militaires ». Ou bien on écoute ses idées à la radio, garnies de stéréotypes chauvins et racistes ».

Münkler et les médias se servent en particulier de l'anonymat des blogueurs afin de les discréditer. Ils prétendent que la critique anonyme est « lâche » et illégitime. Cette affirmation est si évidemment fausse et antidémocratique qu'elle a rencontré une opposition de la part de journalistes et des milieux juridiques.

Les blogueurs eux-mêmes expliquent que leur anonymat est nécessaire parce que leurs diplômes, leurs emplois et revenus futurs seraient menacés s’ils révélaient leur identité. Ils écrivent que les employeurs potentiels pourraient rechercher leurs noms sur internet, et que les professeurs auraient « mille et une possibilités d’exercer officieusement des pressions sur les dissidents ». Ils ajoutent, « et en raison de l'asymétrie évidente du pouvoir, nous choisissons l'anonymat de cette plateforme ».

Cette position est protégée par les décisions de la Cour suprême fédérale. La Cour a décidé le 23 juin 2009, que « l'obligation de rendre public le nom derrière une opinion spécifique » n'était pas conforme à la constitution. La décision indique qu'elle « créerait le risque qu'un individu puisse décider de ne pas exprimer son opinion par peur de représailles ou d'autres effets négatifs. Cette menace d'autocensure irait à l'encontre du droit fondamental à la liberté d'expression ».

Même un des rédacteurs du FAZ s'est opposé à sa collègue journaliste Mönch sur sa page Facebook. Patrick Bahners, qui a dirigé la section culturelle du journal de 2001 à 2011, a défendu l'anonymat des blogueurs et écrit que: « La raison la plus importante pour l'anonymat est évidente : elle favorise l'honnêteté et la franchise de la critique. Münkler-Watch est une affaire de jugement par des gens qui ne sont pas des égaux. Il y a dans ce cas des raisons particulières à rechercher la protection de l'anonymat, ce qui, selon l’opinion libérale classique, est le besoin, et le mérite, des moins puissants. Le professeur observé pourrait plus tard éventuellement noter les travaux de celui qui l’observe ».

Bahners conteste également l'accusation de « dénonciation » faite par le FAZ: « La circulation libre des déclarations publiques ne peut constituer une dénonciation, sans parler du fait qu’une dénonciation est un rapportage aux autorités ».

Le procureur Thomas Stadler répond sur la plateforme « Droit de l'Internet » à l’accusation du FAZ que ‘Münkler-Watch’ serait une forme de « censure »: « La censure est la suppression de l'information par l'Etat. C'est exactement le contraire d'une critique publique faite par des citoyens ou des étudiants... Celui qui considère des déclarations d’opinion critiques comme de la censure a déjà complètement abandonné le domaine du discours objectif »

Ces quelques commentaires suffisent à montrer le caractère profondément réactionnaire et antidémocratique des attaques menées contre ‘Münkler-Watch’. Elles sont une tentative évidente de réprimer la liberté d'expression et de transformer l'Université Humboldt en un instrument étatique de propagande de guerre.

L’université Friedrich Wilhelm, l’ancienne Université Humboldt, a une funeste histoire à cet égard. Elle a non seulement été un bastion des étudiants nazis pendant la République de Weimar, mais elle fut aussi en 1933 le lieu du premier autodafé de livres. C’est là aussi que fut formulé le « Plan général pour l’Est » -- le plan d'après lequel fut conduite la guerre d'extermination nazie à l'Est.

La campagne pour réprimer la critique et la liberté d'expression ne peut s'expliquer simplement par la personnalité de Münkler, Baberowski et d’autres professeurs. Sa cause profonde est le tournant vers le militarisme par lequel la classe dirigeante réagit à la crise du capitalisme mondial; un militarisme qui s’étend à tous les aspects de la société et est incompatible avec la démocratie.

Pour cette raison, l'attaque contre les droits démocratiques des étudiants concerne tout le monde. Nous demandons à tous les étudiants, à tous les enseignants et au personnel universitaire de l'Université Humboldt et de toutes les universités en Allemagne et dans le monde de s'opposer à ces attaques.

C’est tout particulièrement la classe ouvrière qui doit prendre la défense des droits démocratiques des étudiants. La transformation des universités en centres de propagande de guerre est d'une grande importance pour tous les travailleurs. Elle fait partie d’une militarisation de toute la société, qui est liée aux attaques contre les droits démocratiques et sociales de la classe ouvrière.

(Article original publié le 18 mai 2015)

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