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Une révolution de couleur en Macédoine

par Paul Craig Robert 27 Mai 2015, 20:02 USA Macédoine Révolution de couleur

Une révolution de couleur en Macédoine
Une révolution de couleur en Macédoine
Article originel : A Color Revolution for Macedonia
Par Paul Craig Roberts

Traduction Dominique Muselet
The Saker francophone

Pendant la guerre froide, Washington avait peur que les communistes ne fomentent des manifestations et ne les fassent dégénérer en révolutions pendant que des politiciens acquis à leur cause attendaient dans les coulisses pour prendre le pouvoir et ainsi étendre l’empire soviétique. Aujourd’hui, c’est exactement ce que fait Washington.

Nous avons récemment assisté à une opération de ce genre en Ukraine et, maintenant, une autre semble avoir lieu en Macédoine.

La fondation National Endowment for Democracy a été créée en 1983. Son but officiel est de promouvoir la démocratie à l’étranger. Son véritable but était de fomenter des désordres en Europe de l’Est soviétique. Aujourd’hui, la NED utilise l’argent de nos impôts pour renverser les gouvernements qui ne sont pas alignés sur Washington.

La NED finance des organisations non-gouvernementales (ONG) dans les pays que Washington veut déstabiliser. Ces ONG opèrent sous couvert de promouvoir la démocratie et les droits de l’homme. Elles recrutent des meneurs parmi les étudiants idéalistes et les politiciens mécontents, et les lancent contre le gouvernement en place dont Washington souhaite réduire l’indépendance.

Les étudiants idéalistes sont tout simplement les dupes de ces ONG, et les politiciens mécontents veulent uniquement le pouvoir et ils sont prêts à servir Washington pour l’obtenir.

Selon le secrétaire d’État adjoint, Victoria Nuland, Washington a dépensé 5 milliards de dollars en Ukraine pour former des politiciens et implanter des ONG faisant office de cinquième colonne de Washington. Lorsque le président de l’Ukraine, Viktor Ianoukovitch, a refusé d’aligner l’Ukraine sur les intérêts de Washington, Washington a lâché ses cinquièmes colonnes, et le gouvernement de M. Ianoukovitch a été renversé par la violence. Malgré tous les discours de Washington sur la démocratie, le fait que le gouvernement de M. Ianoukovitch soit démocratiquement élu et que la prochaine élection doive avoir lieu seulement quelques mois plus tard, n’a pas empêché Washington de renverser Ianoukovitch [c’est même parce qu’il s’agit d’une démocratie, avec le droit de manifester, qu’ils on pu faire leur coup d’État ! NdT].

Maintenant, le même sort semble attendre l’Arménie, l’Azerbaïdjan, le Kirghizistan, et la Macédoine. La plupart des Américains ne savent pas où sont ces pays. L’Arménie et l’Azerbaïdjan se trouvent à l’est de la mer Caspienne et sont d’anciennes provinces de l’Union soviétique. Le Kirghizistan est une ancienne province soviétique à la frontière de la Chine. La Macédoine, lieu de naissance d’Alexandre le Grand, est une ancienne partie du nord de la Grèce, mais au XXe siècle des morceaux de la Macédoine sont passés en Bulgarie, Serbie et Albanie avant de devenir une province de Yougoslavie. Quand Washington a détruit la Yougoslavie, la Macédoine est devenue une république indépendante de deux millions d’habitants. La Macédoine est un pays enclavé, entouré par la Grèce au sud, la Bulgarie à l’est, l’Albanie à l’ouest, et au nord par le Kosovo créé par la Serbie et Washington.

Pourquoi Washington veut-il contrôler la Macédoine?

Le gouvernement macédonien a refusé de se joindre aux sanctions de Washington contre la Russie et il soutient le projet de pipeline de gaz naturel russo-turc qui livrera le gaz naturel russe à l’Europe en traversant la Turquie jusqu’à la frontière grecque.

La Grèce est pillée par l’Union européenne, le FMI et les banques néerlandaises et allemandes. Cela pousse la Grèce dans les bras de la Russie du fait que le soutien russe est la seule solution que la Grèce a trouvée pour mettre fin à l’austérité écrasante que l’UE impose au peuple grec. La Macédoine se trouve entre la Grèce et la Serbie, un pays qui ne porte pas Washington et l’UE dans son cœur, depuis la dislocation de la Serbie qui a suivi l’agression de Washington et de l’OTAN. Washington n’aime pas l’idée que l’énergie russe, sur laquelle il n’aurait aucun contrôle, soit livrée à ses États vassaux européens via les alliés de la Russie en Europe.

En prenant le contrôle de la Macédoine, Washington espère couper la Grèce de la Serbie et peut-être réussir à convaincre la Grèce de s’aligner sur le projet de pipeline de Washington qui approvisionnerait l’Europe à partir de l’Azerbaïdjan, réduisant, de ce fait, l’influence de la Russie en Europe.

La Macédoine a une minorité albanaise. L’Albanie est un vassal de Washington et un membre de l’Otan. Washington soutient les Albanais dissidents de Macédoine, les manifestants sont dans les rues, le gouvernement macédonien est accusé de corruption comme le fut le gouvernement ukrainien, et le Département d’État américain exprime son inquiétude devant la crise politique macédonienne que Washington a orchestrée.

Washington ne cesse de se gargariser avec la démocratie et les droits humains, mais n’a aucun respect ni pour l’une ni pour les autres. Le seul intérêt de ces notions pour Washington est qu’il peut s’en servir pour accuser les gouvernements qu’il veut renverser de ne pas les respecter.

Le gouvernement russe comprend ce qui se passe. Mais on ne sait pas encore si le fait d’avoir assisté sans rien faire au renversement du gouvernement ukrainien lui a servi de leçon.

Pour les Étasuniens, à la différence de Washington, la question est de savoir si la quête effrénée de l’hégémonie américaine mérite de risquer une guerre avec la Russie et la Chine. Les néo-conservateurs, qui contrôlent la politique étrangère des États-Unis d’une main de fer, croient que l’hégémonie passe au-dessus de tout. Mais les Étasuniens tirent-ils assez de plaisir par procuration du fait qu’une poignée de néoconservateurs règne en maîtres sur le monde, pour accepter le risque d’une guerre nucléaire ?

La politique d’agression pure et simple que Washington mène contre la Russie devrait inquiéter non seulement le peuple américain mais aussi le monde entier. Une guerre se prépare. Une guerre avec la Russie signifie également une guerre avec la Chine. Ce n’est pas une guerre que Washington et ses vassaux ni l’humanité en tant que telle peuvent gagner.

Paul Craig Roberts a été secrétaire adjoint au Trésor pour la politique économique et rédacteur en chef adjoint du Wall Street Journal. Il a été chroniqueur à Business Week, Scripps Howard News Service, et Creators Syndicate. Il a occupé de nombreux postes universitaires. Ses articles sur internet ont attiré l’attention mondiale. Les derniers livres de Roberts sont : L’échec du capitalisme du laissez faire et la dissolution économique de l’Occident et Comment l’Amérique fut perdue.

Paul Craig Roberts

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