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Accord entre Russie et Grèce pour un gazoduc stratégique (Blog Finance)

par Elisabeth Studer 24 Juin 2015, 14:45 Grece Russie Gazoduc Turkstream

Reculer pour mieux sauter …

Alors qu’en avril 2015, nous avions indiqué que la pression US exercée envers la Grèce pourrait avoir de fortes odeurs de pétrole, et que la Russie venait de démentir les allégations de la presse allemande laissant entendre que Moscou serait sur le point de signer un accord de transit gazier avec la Grèce, Athènes vient de franchir un grand pas en avant.
En pleine bataille avec ses créanciers au sujet de l’épineux dossier de la dette grecque, le ministre grec de l’Energie, Panayiotis Lafazanis, et son homologue russe, Alexandre Novak, ont signé vendredi un accord pour la construction d’un gazoduc russe en Grèce.

Un véritable camouflet pour Bruxelles qui voit tout ceci d’un très mauvais œil

Les ministres ont par ailleurs tenu à préciser que le coût total de la construction du gazoduc s’élevait à 2 milliards d’euros et qu’il sera doté d’une capacité de livraison de 47 milliards de mètres cubes de gaz pour ses clients européens.

Le document, certes encore au stade du protocole d’entente, prévoit la création d’une coentreprise détenue à parts égales grecques et russes. Cette dernière sera chargée de la construction du gazoduc, laquelle s’étalera entre 2016 et 2019, selon Alexandre Novak.

La coentreprise, baptisée South European Gas Pipeline, sera financée à 50% par la partie russe et à 50% par la partie grecque, laquelle a contracté à cet effet un prêt auprès de la banque russe Vnesheconombank, selon les propos mêmes de M. Lafazanis.

Ce gazoduc »nous permet de continuer nos projets de construction d’infrastructures dans le cadre du gazoduc passant par la mer Noire, la Turquie, et la construction d’un hub en Turquie », s’est félicité pour sa part le ministre russe.

A la mi-avril, la Russie avait certes démenti les allégations de la presse allemande laissant entendre que Moscou serait sur le point de signer un accord de transit gazier avec la Grèce. Lequel pourrait le cas échéant rapporter 5 milliards d’euros dans les caisses – bien vides – de l’Etat grec.

Citant un cadre du parti de gauche radicale Syriza, le site internet de l’hebdomadaire allemand Der Spiegel affirmait ainsi que la signature d’un tel accord pourrait intervenir de manière imminente et serait assortie d’un versement à la Grèce d’une avance sur recettes. Laquelle correspondrait aux futures redevances sur le transit de gaz russe par le gazoduc en territoire grec et serait remboursée par la Grèce après 2019, une fois le gazoduc opérationnel.

Parallèlement, une source grecque proche de la négociation avait déclaré qu’Athènes projetait de signer avec la Russie un accord pour étendre à son territoire le projet de gazoduc Turkish stream, tout en couplant l’opération à un versement d’une avance sur recettes dont le montant serait – selon lui – « proche du haut de l’échelle donnée par le Spiegel ».

« Un accord sera signé à Athènes avec une délégation russe de haut rang sur la construction du gazoduc. Cette accord fixera les conditions de financement de la construction et le niveau des redevances », avait ainsi indiqué cette source ministérielle sous couvert d’anonymat.
Des rumeurs fortement démenties alors par le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, sur les ondes de Business FM. Prenant l’affaire au sérieux, Vladimir Poutine a lui-même déclaré que personne n’avait demandé de l’aide à la Russie. Il a toutefois reconnu que la question de la coopération énergétique avait été soulevée et qu’elle allait être étudiée par les experts. Il a toutefois tenu à préciser que la Russie n’avait promis aucune aide financière, car aucune demande ne lui avait été faite.

L’entourage du Premier ministre Alexis Tsipras n’avait pas quant à lui souhaité commenter ces informations.

Vladimir Poutine avait quant à lui évoqué précédemment une participation de la Grèce au projet de gazoduc Turkish Stream entre la Russie et la Turquie, lequel pourrait servir de base à des livraisons de gaz russe vers le sud de l’Europe. Il avait toutefois indiqué qu’aucun accord ferme n’avait été conclu. Le gouvernement grec avait parallèlement fait d’ores et déjà allusion à la possibilité d’un financement russe du projet de gazoduc.

Début avril, Panagiotis Lafazanis, ministre grec de l’Energie, avait indiqué pour sa part qu’Athènes montrait un vif intérêt au prolongement sur son territoire du nouveau gazoducque le géant gazier russe Gazprom envisage de construire à destination de la Turquie. Tout en déclarant à la presse russe que les Etats-Unis exerçaient une très forte pression sur la Grèce, afin de la dissuader de participer à la réalisation du projet de gazoduc Turkish Stream, destiné à livrer du gaz russe en Europe.

« Ils exercent une très forte pression », avait ainsi déclaré M. Lafazanis interrogé par le journal russe RIA Novosti lors d’une conférence de presse à Moscou. Des pressions américaines qui ne semblaient pas toutefois être suivies d’effet .. « Nous considérons que tous les corridors doivent être ouverts pour la Russie », avait ainsi ajouté M. Lafazanis. Lequel a également précisé qu’il ne considérait pas Turkish Stream et le Gazoduc transadriatique (TAP) comme des projets concurrents. Il estime en effet que le second projet n’est pas en mesure de couvrir les besoins européens en gaz naturel.

Le dossier est loin d’être dénué d’intérêts financiers, puisque M. Lafazanis avait alors tenu à souligner que la Grèce souhaitait obtenir de la part de la Russie une réduction de tarif sur le gaz russe livré à partir de 2016, ainsi qu’une baisse des volumes fournis selon des contrats d’enlèvement ferme (« take or pay »).

Rappelons que Gazprom ambitionne de mettre en service dès la fin 2016 un nouveau pipeline à destination de la frontière gréco-turque, projet qui devrait notamment permettre de compenser l’abandon du projet South Streamvers l’Union européenne.
En février dernier, le conseiller diplomatique du chef de l’Etat russe Iouri Ouchakov avait déclaré que le président russe Vladimir Poutine et le nouveau premier ministre grec Alexis Tsipras avaient examiné par téléphone la situation en Ukraine et la décision récemment prise par Moscou d’abandonner le projet de gazoduc South Stream. Un dossier qui concerne l’Union européenne toute entière … sa dépendance énergétique étant en jeu. L’Ukraine pesant fortement dans la bataille.

Si certes Vladimir Poutine a de nouveau félicité le parti Syriza à l’occasion de sa victoire aux élections, tout en félicitant personnellement Alexis Tsipras « à l’occasion de son entrée en fonction », le Président russe avait alors invité son interlocuteur à effectuer une visite en Russie. Avec en ligne de mire : le projet du gazoduc on ne peut plus stratégique.

C’est lors d’une visite en Turquie, qu’au début du mois de décembre 2014, le président russe a annoncé l’abandon de South Stream, évoquant une nouvelle alternative de rediriger le gazoduc en cours de construction vers le territoire turc.

Rappelons qu’initialement, South Stream devait relier la Russie à l’Italie en passant sous la Mer Noire … scénario qui permet d’éviter l’Ukraine par où transitent aujourd’hui près de la moitié des livraisons russes à l’Union européenne. Car le conflit ukrainien constitue le nerf de la guerre qui opposent actuellement Moscou et Bruxelles. Réagissant à la position de la Russie envers l’Ukraine, la Commission a ainsi estimé que le projet de pipeline ne respectait pas les règles européennes, arguant du fait que Gazprom refuse d’ouvrir l’accès du gazoduc à d’autres fournisseurs.

Vladimir Poutine a quant à lui justifié l’arrêt de South Stream par l’opposition de l’Union européenne (UE) au passage du gazoduc sur le territoire de ses Etats membres, notamment la Bulgarie. Rappelons que durant l’été 2014, Bruxelles avait exercé de fortes pressions sur Sofia afin que le gouvernement bulgare renonce aux premiers travaux de construction de gazoduc. « Nous allons dérouter nos ressources énergétiques vers d’autres régions du monde et l’Europe ne recevra plus les mêmes volumes de la Russie, mais c’est le choix de nos amis européens », avait alors souligné le président russe.

Au final, au début du mois de décembre 2014, Moscou et Ankara ont signé un accord pour la construction d’un nouveau pipeline reliant les deux pays via la Mer noire , et la mise en place d’un hub gazier …. à la frontière en Grèce et Turquie, tout en offrant au gouvernement turc une remise de 6 % sur ses approvisionnements en gaz. La Grèce devenant ainsi dans ce scénario un pays stratégique pour permettre le transit du gaz vers l’Union européenne … la Turquie étant quant à elle le deuxième client de Gazprom derrière l’Allemagne. Avec un enjeu associé et non des moindres : « nullifier » le rôle de l’Ukraine en tant que transit gazier entre la Russie et l’Union européenne, selon les termes mêmes employés par Alexei Miller en décembre 2014.

En janvier 2015, Moscou a tenu à préciser que le nouveau projet Turkish Stream de Gazprom prévoyait de déployer le pipeline jusqu’à la frontière gréco-turque, charge restant aux Européens de créer les infrastructures en vue de récupérer le gaz au delà de ces limites.

Face aux risques que la Commission européenne ne s’avère réticente quant à un possible transit du gazoduc via la Grèce, M. Lafazanis avait estimé que l’isolement énergétique de la Russie n’était pas un développement positif pour l’Europe . Selon lui, les pays européens ont besoin du gaz russe, aucune solution alternative n’étant envisageable à ses yeux.

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