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Europe, les passeurs traqués, les migrants abandonnés (Mondafrique)

par Philippe Duval 23 Juin 2015, 17:18 UE Migrants Passeurs Militaires Libye Italie

Face à l'arrivée massive de migrants fuyant les côtes libyennes, l'Union européenne lance l'opération Eunavfor Med contre les réseaux de passeurs. Aucune mesure n'a cependant été adoptée pour apporter une solution de long terme à cette tragédie humaine.

Eunavfor Med, c'est le titre de l'opération militaire que lance l'Union Européenne pour arrêter le flot (la fuite, aurait dit Sarkozy) de migrants qui se déverse, à partir de la Libye, sur les côtes européennes. Un nom à coucher dehors comme savent si bien les inventer les technocrates bruxellois. Douze millions d'euros viennent d'être débloqués pour financer une invincible armada européenne, constituée de navires, d'avions patrouilleurs, de drones et même de sous-marins, qui va traquer les barcasses des passeurs. Sa mission, dit le communiqué officiel, collecter, dans un premier temps, des renseignements sur les réseaux mis en place par ces nouveaux esclavagistes. Ensuite, c'est vogue la galère. Vu que le gouvernement libyen (tiens, il y en aurait donc un!) s'oppose à l'interception des boat-people dans ses eaux territoriales, le corps expéditionnaire européen devra les arrêter dans les eaux internationales. Pour en faire quoi? Pour les ramener à la case départ, chez Daesh qui contrôle désormais 200 km de côtes libyennes ? Pour les conduire sur les rives enchantées de l'Italie ? Mystère. "La France prendra sa part" dans cette opération, a annoncé François Hollande.

La course aux murs

Voilà donc un nouveau mur anti-migrants en passe d'être érigé au large des côtes libyennes. On connaissait celui de Ceuta et Melilla à la frontière marocaine. La France vient d'en construire un autre, de CRS celui-là, à la frontière italienne de Vintimille. La Grande-Bretagne, qui a longtemps encouragé les migrants mal payés à s'installer sur son territoire, a fermé sa frontière à Calais. La Bulgarie projette d'agrandir son mur le long de sa frontière avec la Turquie, un pays où s'entassent deux millions de réfugiés syriens. La Hongrie veut en construire un sur la frontière avec la Serbie. Bref, en Europe, c'est la course aux murs. A quand la reconstruction de la ligne Maginot en France ?

Des murs, rien que des murs, voilà les seules idées que l'Union Européenne peut proposer à ses cinq cent millions d'habitants. A ses frontières de l'Est, aussi, où la pression avec la Russie monte encore d'un cran. L’US Air Force avait déjà déployé des bombardiers stratégique B-52 et B-2, ainsi que des escadrons d’avions F-15C et A-10 Thunderbolt, et voilà que le maître américain de l'Otan envisage maintenant d'envoyer des avions furtifs F22. Après avoir semé la mort et le désordre en Irak et en Afghanistan, les Etats-Unis ont donc trouvé un nouveau terrain de jeu aux frontières européennes.

L'Europe tétanisée

L'Europe, sans pilote, paralysée, ballotée au gré des intérêts américains, est incapable de proposer des solutions intelligibles (à défaut d'être intelligentes) aux dangers qui menacent son confort. Il en existe pourtant. Elles ont pour nom la paix et le développement. Sur le terrain de la paix, la France est plutôt mal placée pour prendre des initiatives. La mise à feu et à sang de la Libye, c'est l'oeuvre de Sarkozy avec Cameron. L'impasse en Syrie, où trois millions de personnes ont fui la guerre, c'est bien sûr celle d'Assad mais c'est aussi le résultat de l'acharnement de Hollande à rechercher une introuvable opposition modérée, quitte à faire le lit de Daesh. Alors, on a des guerres. Et les guerres, ça produit des morts, des réfugiés et des boat-people. Le développement, ce n'est pas non plus le point fort de la France dans son ex-empire colonial dont tous les pays traînent à la queue de l'indice de développement humain.

Dans toutes ses ex-colonies, avec souvent la bénédiction, les encouragements ou même l'aide militaire de Paris, on a vu défiler, depuis les indépendances, une collection impressionnante de satrapes. Après ça, on ne peut pas s'étonner que les habitants de ces pays soient des millions à fuir la guerre et la pauvreté pour rechercher des conditions de vie meilleures, même si leur quête est souvent illusoire.

Tandis que, face à tous ces périls, l'Europe, tétanisée d'impuissance, se recroqueville derrière des murs encore plus illusoires.

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