Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Les escadrons de la mort de Washington (WSWS)

par Bill Van Auken 11 Juin 2015, 19:12 USA Escadrons de la mort Pakistan Opération Phoenix Impérialisme Salvador Seal Team 6

Un long article du New York Times publié dimanche donne un aperçu des méthodes macabres et criminelles de « Seal Team 6 », une unité au sein de la Direction des opérations spéciales (JSOC) du Pentagone.

L’unité doit sa notoriété aux reportages bidon sur son assassinat d’Oussama Ben Laden au Pakistan démasqués le mois dernier par le journaliste Seymour Hersh. Les sources de Hersh ont révélé que l’opération était un assassinat de sang-froid d’un individu non armé et souffrant qui avait été livré par les renseignements pakistanais.

Quelles que soient les intentions du Times en publiant cet article, et des responsables du Pentagone et de la Maison Blanche qui ont sans aucun doute lu l'article avant sa publication, cet exposé démontre que Washington fait appel de plus en plus directement aux escadrons de la mort dans la poursuite de ses intérêts mondiaux.

Selon un porte-parole du Pentagone cité par le Times, le nombre de missions effectuées depuis 2001 par Seal Team 6 et d’autres unités d’opérations spéciales se chiffre en « dizaines de milliers ». Leurs victimes, dont le militaire américain refuse de reconnaître même l’existence, se dénombrent par milliers. La grande majorité d’entre eux sont des individus non identifiés sans aucun lien avec une menace quelconque du territoire américain.

Selon le rapport, l’unité secrète compte 1.800 hommes; son budget et ses missions sont en constante expansion. Entre 2006 et 2008, Seal Team 6 aurait effectué des raids de nuit permanents en Afghanistan, tuant chaque nuit en moyenne quinze personnes et parfois jusqu’à vingt-cinq. Dans la plupart des cas, personne parmi ceux que l’équipe trouvait n’était identifié comme cible.

En fait, ni leurs cibles ni les nombreuses autres victimes ne menaçaient le peuple américain. L’armée américaine les avait identifiées comme des obstacles potentiels à la tentative de Washington de soutenir le régime corrompu et impopulaire de Hamid Karzaï qu'il avait installé à Kaboul.

Le Times fournit un compte rendu aseptisé d’un de ces raids, effectué le 27 décembre 2009, dans le cadre de la « poussée » (surge) de l’Administration Obama en Afghanistan. Ce jour-là, l’escadron de la mort américain a assassiné huit écoliers, âgés de 11 à 17 ans, un berger âgé de 12 ans, et un agriculteur afghan.

À l’époque, le directeur d’une école locale a raconté le massacre: « D’abord, les troupes étrangères sont entrées dans la pièce et ont abattu deux personnes. Puis ils sont entrés dans une autre pièce et ont menotté les sept étudiants. Puis ils les ont tués. Abdul Khaliq [l’agriculteur] a entendu les tirs et est sorti. Quand ils l'ont vu, ils ont fait feu également. »

Evoquant cette période, un ancien officier du Seal Team 6 déclare sous anonymat, que « Ces tueries étaient devenues une routine ».

Selon le Times, les soldats de Team 6 « se sont engagés dans des combats si intimes qu’ils en émergeaient couverts de sang qui n’était pas le leur. (...) Parfois les Seals coupaient des doigts ou des bouts de cuir chevelu aux militants morts pour des analyses d'ADN. »

Ce ne sont pas ici les actions de soldats voyous ou de mercenaires sans foi ni loi, mais d'une unité présentée comme l'élite de l’armée américaine. Ses méthodes et ses crimes sont ceux du gouvernement américain, de l’Administration Obama, et de la classe capitaliste américaine.

L’unité jouit d'une immunité totale pour ses crimes. Presque invariablement, les enquêtes sur ses activités s'arrêtent au JSOC, un commandement secret dédié aux méthodes de la contre-insurrection qui se traduisent systématiquement en crimes de guerre.

Les responsables civils du Pentagone se gardent bien d’approcher ces opérations. Harold Koh, le fonctionnaire du Département d’État qui a rédigé les justifications pseudo-juridiques des assassinats par drone d'Obama, a déclaré au Times : « C'est un domaine où il est notoire que le Congrès ne veut pas en savoir trop. »

La dépendance de l’administration Obama de ces forces est devenue si omniprésente que selon l’ancien sénateur du Nebraska Robert Kerrey, « Elles sont devenues une sorte de numéro vert appelé chaque fois que quelqu’un veut régler un problème. » Kerrey sait de quoi il parle. Il a participé comme Navy Seal aux crimes de guerre commis au Vietnam dans le cadre de l'Opération Phoenix, un programme de torture et de massacres qui a coûté la vie à des dizaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants – et qui sert de modèle aux opérations d’aujourd'hui.

Dans la mesure où l'article du Times exprime des réserves sur les opérations de Team 6 et d'unités similaires, c'est seulement au sujet de leur efficacité. Le journal se plaint qu’avec le secret qui entoure ces escadrons de la mort, il est difficile « d’évaluer pleinement leur bilan et les conséquences de leurs actions ».

Ceci laisse de côté la question, bien plus importante, de ce que sa dépendance croissante des escadrons de la mort révèle sur la nature du gouvernement américain lui-même. Ces méthodes ne sont pas nouvelles; le Vietnam n’avait rien d’exceptionnel.

Au Salvador, les USA ont formé et équipé des escadrons de la mort qui ont massacré une part importante des 75.000 personnes tuées pour écraser la résistance à la dictature soutenue par Washington. Ce bain de sang est désormais vanté au Pentagone comme une réussite de la contre-insurrection.

Ces méthodes sont à présent institutionnalisées comme jamais auparavant. C'est la méthode préférée de la Maison-Blanche et de l’immense appareil militaire et des renseignements américain pour éliminer des ennemis supposés sur toute la planète.

Les crimes de guerre à l’extérieur vont de pair avec un assaut frontal des droits démocratiques à l'intérieur des États-Unis. Des niveaux sans précédent d’inégalité sociale et une oligarchie capitaliste déterminée à inverser son déclin économique aux dépens de la classe ouvrière, sont incompatibles avec des formes démocratiques de gouvernement.

C'est ce que l'on entrevoit dans la militarisation de la police aux États-Unis et dans la violence systématique qu'elle déploie contre les couches les plus opprimées de la population. Combien de temps avant que des unités comme Seal Team 6 reçoivent des « listes de gens à éliminer » non pas en Afghanistan, au Pakistan, en Irak ou au Yémen, mais dans les villes et les lieux de travail des États-Unis ?

commentaires

Haut de page