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Quand Herman J. Cohen voulait la peau de Thomas Sankara (LdC)

par Lettre du Continent 17 Juin 2015, 20:43 Américafrique USA Burkina Faso Thomas Sankara Herman J. Cohen

Dans un ouvrage surprenant sur ses rencontres avec plusieurs hauts dignitaires du continent, l'ancien sous-secrétaire d’Etat américain à l’Afrique affiche son aversion envers le leader burkinabè. Document.

Dans The Mind of the African Strongman: Conversations with Dictators, Statesmen and Father Figures, publié en mai chez New Academia Publishing, l’ancien sous-secrétaire d’Etat américain chargé de l’Afrique (1989-1993), Herman J. Cohen, dévoile, à travers une galerie de portraits caustiques, une partie de ses conversations avec seize dirigeants africains.

Débarrasser l'Afrique de Sankara • Lorsqu’il était ambassadeur des Etats-Unis au Sénégal de 1977 à 1980, Herman J. Cohen aurait conseillé au président Léopold Sédar Senghor d’annexer sans autre forme de procès la Gambie, pays où il était également accrédité avec résidence à Dakar. Le diplomate indique également être intervenu avec insistance, cette fois en tant que membre de l’exécutif américain, auprès du président ivoirien Félix Houphouët-Boigny pour que celui-ci "débarrasse" l’Afrique de l’Ouest de l’influence du capitaine Thomas Sankara, "afin d’éviter à la région de sombrer dans la révolution et la subversion". Le diplomate précise que le "Vieux" lui aurait répondu par un long silence, avant de passer brutalement à un autre sujet. Cohen, qui travaille désormais pour un cabinet américain de conseil en communication, révèle que le président ivoirien aurait, contre toute attente, financé le coup d’Etat qui porta le duo Thomas Sankara-Blaise Compaoré au pouvoir le 4 août 1983 dans ce qui s’appelait alors la Haute-Volta. Le père de l'indépendance ivoirienne pensait ainsi mettre fin à l’instabilité chronique prévalant sur son flanc Nord.

Sauver Samuel Doe • Herman J. Cohen relate en outre une étonnante conversation téléphonique avec le président libérien Samuel Kanyon Doe, au moment où ce dernier était menacé par la rébellion du National Patriotic Front of Liberia (NPFL) de Charles Taylor. Alors que les Américains lui offraient un exil au Togo pour échapper à une chute imminente, Samuel Doe aurait accepté cette proposition à condition d’être évacué avec les membres de sa famille, de disposer d'un stock de bouteilles de Coca-Cola et d'obtenir un engagement ferme de la Maison Blanche de lui décrocher une inscription à la célèbre University of Oxford, au Royaume-Uni. Quelque temps après cet entretien surréaliste, le président libérien avait été arrêté et exécuté froidement devant les caméras, le 9 septembre 1990, après un simulacre de procès.

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