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« Ali Bongo est né à Brazzaville en 1959 » (Mondafrique)

par Jacques Marie Bourget 28 Juillet 2015, 17:01 Gabon Congo-Brazzaville Ali Bongo Pean Naissance Françafrique

« Ali Bongo est né à Brazzaville en 1959 » (Mondafrique)
« Ali Bongo est né à Brazzaville en 1959 »
Par Jacques Marie Bourget
Mondafrique

Pierre Péan dans son dernier opus sur le Gabon, « Nouvelles affaires africaines », prétend que le président gabonais, Ali Bongo, est le fils adoptif d'Omar puisque né au Biafra. Pas de chance, les archives Nantes sur la période coloniale démentent les tuyaux crevés du grand investigateur.

Daniel Mengara, leader du collectif gabonais « Bongo Doit Partir » nous donne l’impression d’un malheureux qui vient de marcher sur un râteau. Voilà que ce militant attaché à la chute de Bongo –et les arguments de manquent pas- vient de recevoir en pleine figure une nouvelle à laquelle il ne s’attendait pas. Fort des « informations » fournies par l’écrivain Pierre Péan dans son dernier opus sur le Gabon, « Nouvelles affaires africaines », le sieur Mengara s’en était allé demander aux archives de Nantes, où l’on garde les vieux papiers du joyeux temps de colonies, de nous démontrer qu’Ali Bongo n’était pas de nationalité gabonaise. Donc exclu d’office de toute habilitation à présider le Gabon.

"Gabonais de souche"

Selon Péan, le fils d’Omar serait rien de plus qu’à enfant venu du Biafra, et adopté par la famille Bongo… Patatras voilà que, le 19 juin, des grimoires de Nantes nait une vérité tardive, selon un extrait de naissance délivré par un « procédé informatique » : « Ali Bongo est né à Brazzaville en 1959 », l’actuelle capitale où trône Sassou N’Guesso étant alors la capitale de l’Afrique Equatoriale Française… Oublions donc la légende du pauvre petit Biafrais recueilli par la généreuse famille. Cette venue au monde à Brazzaville est conforme à l’état civil que Bongo fils a toujours revendiqué. Pourtant, tentant de jouer les prolongations, les amis de Péan tentent de rebondir après cette douche reçue à Nantes : « oui, bien sûr, Ali Bongo est né à Brazzaville mais rien n’indique dans l’état civil qu’il est le fils d’Omar ou d’un gabonais de souche »… Ce doute pascalien fera sans doute l’objet d’un nouveau livre de l’écrivain prolixe.

Aussi sec, en réplique, un proche d’Ali Bongo publie « Le silure dans la nasse » un livre qui réplique aux «Nouvelles affaires africaines» de Péan L’auteur ne risque pas de dire un mot de travers sur Ali Bongo puisque cet universitaire, Patrick Mouguiama est aussi « conseiller spécial » du président gabonais… Avant d’aller plus loin notons le titre complet de ce livre en défense : «Un silure dans la nasse. Approximation, manipulation et posture coloniale dans les Nouvelles affaires africaines de Pierre Péan».

Dès l’ouverture de ce livre de 200 pages, l’auteur précise la métaphore du titre : « Péan un silure. Il n’appartient ni à la catégorie des journalistes, ni à la catégorie des scientifiques, ni à la catégorie des écrivains. C’est pour se faufiler entre les eaux, mais nous l’avons attrapé avec une bonne ligne de fond», plus loin Péan est décrit comme «un péripatéticien de la plume et un faux-monnayeur, qui semble n’avoir de comptes à rendre à personne».

Les anathèmes lancés, Mouguiama se penche sur le fond du dossier : «Quelle est la seule preuve que Pierre Péan apporte pour dire qu'Ali Bongo n’est pas Gabonais ? Il cite une certaine Thérèse qui dit avoir travaillé à l’hôpital de Brazzaville. Il cite Ibrahim Babangida à la tête de la junte qui dirigea le Nigeria de 1985 à 1993 et qui est mort. Il cite Sani Abacha à la tête du Nigeria de 1993 à 1998 et qui est mort ! Vous pensez que ça c’est de la science ? … Nouvelles affaires africaines se situe dans un entre-deux, à la frontière de différentes professions, pour justement se mettre à l’abri des exigences et du jugement de chacune d’entre elles ».

Justice immanente

Notre universitaire africain, et conseiller du prince, est bien cruel car, avec Pierre Péan la France possède un géant, un parangon, le plus grand investigateur, enquêteur, découvreur de tous les temps et de toutes les nations. C’est vrai : j’ai lu ça dans la presse. Vous imaginez bien que pour soulever des lièvres il faut être fort. En sus des qualités que je viens de citer Péan en possède une autre, radicale : il voit à travers les murs. Ce don lui permet de décrire ce qui se dit et se fait en catimini, sans témoins. Un garçon comme lui, ça n’a pas de prix. A lui seul il balaye autant de boue que toute la branche nettoyage de Véolia.

Ses qualités immense et reconnues lui attribuent un privilège, celui d’écrire n’importe quoi sur n’importe qui sans même avoir besoin de vérifier les bobards ni de prendre contact avec celui qu’il diffame. Péan c’est la roue, le pal, le goudron et la plume de la justice immanente.

ENCADRE,

PEAN, LE FAUSSAIRE HEUREUX

Le doute sur le lien pouvant exister entre la vérité et notre polygraphe m’est venu il y a bien longtemps. Je lisais alors, dans le Monde Diplomatique –excellent journal- un papier de Péan sur le massacre de Sabra et Chatila. Il se trouve qu’en septembre 1982, je me trouvais dans ce camp palestinien où j’ai vu l’horreur. Aussi généreux –du point de vu palestinien- qu’ait été cet article (mal écrit comme d’habitude), il n’égrenait qu’un chapelet de faits fantasmés. Cette lecture m’a mis la guêpe à l’oreille : Péan inventerait-il ?

Sa rechute, qui aurait dû le conduire dans une unité de soins intensifs, c’est son bouquin sur Mitterrand. D’abord, le principe du livre. Tonton se sentant mourir voulait laisser derrière lui une histoire un peu passée à la javel. Il convoque Péan pour une « biographie autorisée », choix qui implique que le héros du livre raconte ce qu’il veut pour être noble et beau. La publication de cette hagiographie avait par ailleurs l’avantage de couper l’herbe sous le pied de tout impudent pris d’une envie de dire la vérité vraie sur « Dieu ».

Dans « l’enquête » de Péan, Mitterrand le planqué de Vichy, le décoré de la Francisque (de la main du Maréchal), devenait une sorte de Jean Moulin ignoré.

Mitterrand et la Guerre d’Algérie ? Pardon. Parlez plus fort. Quel rapport entre notre Allende français et une guerre coloniale ? Ainsi l’admirable livre pieux de Péan n’a rien dit de l’ami de Bousquet tirant le cordon de la guillotine afin de faire tomber dans la sciure des tête d’arabes, excepté celle de Fernand Iveton, un membre du PCF et tout à fait « français de souche », mais accusé de « terrorisme ». Mitterrand, ministre de la Justice, le temps de fumer une cigarette « hésitait » 4 minutes avant de refuser la grâce de l’un ces « terroristes ». Quand il n’était pas ministre de la Justice de son pote Guy Mollet, Tonton était à l’Intérieur. Ça tombe bien puisque l’Algérie n’était pas une « guerre », mais une opération de « maintien de l’ordre », placée sous l’autorité de la place Beauvau qui s’éclairait à la lueur de la gégène.

Puisqu’il était chaud et son encre bouillante, après l’épopée Mitterrand Péan a replongé sa plume pour glorifier Chirac. Résultat ? Le « Chi » est un homme pas du tout sensible aux affaires d’argent et incapable de détourner un centime d’argent public. Le compte japonais du mari de Bernadette ? Rien du tout. L’amitié sonnante avec Hariri ne fait pas trébucher l’ami du cul de vaches dans les lignes de Péan, qui sont un travail à façon.

Flingueur aux yeux fermés, Péan s’intéresse depuis qu’il est tout petit à l’Afrique. Il a donc commis une somme sur le génocide du Rwanda afin de louer la glorieuse armée française. A propos de l’une des deux ethnies qui peuplent ce pays notre écrivain nous dit : « La culture du mensonge et de la dissimulation domine toutes les autres chez les Tutsis ». Pour ces mots nuancés, après une plainte de SOS Racisme pour « incitation à la haine raciale », notre investigateur a été condamné en première instance avant d’être blanchi en deuxième mi-temps. Pourtant, ce qu’écrit Péan, il serait amusant de le transcrire ainsi : « La culture du mensonge et de la dissimulation domine toutes les autres chez les natifs de Sablé-sur-Sarthe »… lui qui a été élevé dans cette ville, comme une orchidée dans un coin du bureau de Joël Le Theule député très droitier de la Sarthe.

Comme un chef d’entreprise qui fait dont la PME fait de l’assemblage, Péan n’hésite pas à fédérer, à réunir les talents que sa plume vient mettre en avant. C’est le cas de « La République des Mallettes », son dernier bouquin à avoir connu du succès. Pour copieusement dire du mal de ses ennemis, Péan a mobilisé large avec des contributeurs très discrets comme Anne Méaux, membre fondateur du mouvement fasciste Occident, l’amie de dictateurs comme le regretté Ben Ali. Les « Mallettes », c’est aussi la mise à contribution de Xavier Raufer, connu sous les vocables de Christian de Bonguin, dit « Bonne Soupe », lui aussi co-fondateur d’Occident. N’oublions pas dans cette armée des ombres et un ou deux survivants de « Minute » qui tombent dans les pages de Péan comme le sel et le poivre. Pour la bonne bouche n’oublions pas dans ce bataillon de la vérité l’honnête André Tarralo, un des héros de la corruption chez Elf et ami de Chirac. Péan notre nouvel Aristote le sait : la vérité est au fond du puits, il suffit de pomper.

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