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Cameroun. Comment la France a adoubé la transition du régime dictatorial d'Ahidjo à celui de Biya

par Jean De Dieu Bidias & Par Ibin Hassan 7 Juillet 2015, 15:08 Articles de Sam La Touch Ahidjo Biya Dictature François Mitterrand Chirac François Hollande France Françafrique

Cameroun. Comment la France a adoubé la transition du régime dictatorial d'Ahidjo à celui de Biya
CAMEROUN : L’histoire des visites des présidents français sous le Renouveau
Par Jean De Dieu Bidias & Par Ibin Hassan
Mutations

*Titre SLT

François Mitterrand : Une visite pour adouber Biya

L’ancien président français est venu trancher la rupture entre Ahidjo et l’actuel président du Cameroun.

L’inimitié entre François Mitterrand et Amadou Ahidjo n’était pas un secret. L’ancien président français est même soupçonné d’avoir poussé Ahmadou Ahidjo vers la porte. Le 20 juin 1983, lors de sa visite officielle au Cameroun qui a duré deux jours, M. Mitterrand a ouvertement pris position en faveur de Paul Biya, alors président de la république du Cameroun depuis un peu plus d’un an : « Nous sommes à l’aise avec vous ». Le président socialiste avait ajouté : «Je vous apporte le salut de la France, votre amie». Ces expressions sont pleines de sens. Les mots ont bien été choisis pour marquer la rupture avec l’ancien président qui avait alors pris ses quartiers à Garoua, sa ville natale.

D’après des historiens et témoins de l’évènement, l’arrivée de Mitterrand au Cameroun était marquée par une tension dans le gouvernement entre les fidèles d’Ahidjo et du «jeune» Biya qui avait pris le soin d’évincer les anciens barons du régime à la veille de l’arrivée de son hôte. Pour les «lésés» de ce nouveau gouvernement, Biya venait de leur lancer un défi. Une réunion «sécrète» est immédiatement convoquée au domicile de premier Ministre de l’époque, Bello Bouba Maïgari dans sa résidence du Lac. L’objectif était de remettre la démission du gouvernement à Paul Biya au moment où Mitterrand descendais de l’avion. La tentative avorte finalement mais l’ambiance est reste tendue. François Mitterrand a pris connaissance de la situation. Il saisi l’occasion de sa visite pour jouer les médiateurs. Il fait le déplacement de Garoua pour rencontrer l’ancien chef de l’Etat. Les deux hommes s’entretiennent à huis clos. Des consignes, des déclarations et des confidences ont été sans doute faites entre les deux hommes. Au sortir de l’entretien, tous semblent gais et ne laissent pas transparaitre des signes d’embarras ou de mécontentements. Puis Mitterrand reçoit simultanément Biya et Ahidjo. Il décolle quelques temps après en direction de Paris, laissant les deux hommes d’Etat cheminer ensemble sur la piste d’atterrissage de l’aéroport de Garoua. La mise en scène était bien réussie.

Jacques Chirac : Visite écourtée pour les obsèques de roi Hassan II

En 1999, le président français a dû abréger son séjour au Cameroun pour se rendre au Maroc.

La visite officielle du président français, Jacques Chirac au Cameroun en juillet 1999 a laissé un goût d’inachevé. M. Chirac était attendu à Garoua, mais il avait dû écourter son séjour au Cameroun afin de rejoindre Rabat pour assister aux obsèques d’Hassan II du Maroc. Le programme d’Etat mis en place est aussitôt bousculé et interrompu. Les millions de francs mobilisés, gaspillés pour l’accueil à cet «ami de l’Afrique» étaient inutiles. A Garoua, cette raison était mal accueillie. Certaines personnes estimaient, à tort ou à raison, que c’était le régime de Yaoundé qui voulait empêcher le renouvellement des relations entre la France et Garoua, ville natal de l’ancien président Ahmadou Ahidjo. Contrairement à son prédécesseur François Mitterrand, Jacques Chirac n’affiche pas clairement son soutien à Paul Biya. Mais reconnait tout de même les actions de son homologue camerounais dans la promotion de la démocratie. Mais cette visite à Garoua avait aussi pour ambition de redorer l’image de la France dont les uns et autres accusaient d’être responsable du départ de leur fils Ahmadou Ahidjo.

Jacques Chirac, président socialiste qui succède à Mitterrand tente de rattraper les affinités du Nord et par la même l’estime de l’élite locale. Il saisi l’occasion du XXIème sommet franco-africain organisé à Yaoundé du 17 au 19 janvier 2001 pour se rendre à Garoua comme il l’avait promis. Paul Biya fait le déplacement avec lui sous forte escorte. L’accueil est presque exceptionnel, la mobilisation est grandiose. Chirac est aux premières loges. Une fantasia est organisée en son honneur.

François Hollande : 6h30 pour reconnecter Etoudi à l’Elysée

Face à Paul Biya, le président français s’est une fois de plus montré intransigeant sur les questions de démocratie et des droits de l’homme.

Sur le plan de la durée et de l’agenda, le séjour du président français François Hollande en terre camerounaise, vendredi dernier, ne semble avoir été qu’une formalité, si on le compare à ses passages respectifs à Cotonou (Bénin) à Luanda (Angola). Arrivé à Cotonou à 23h50 le 1er juillet, le patron de l’Elysée n’a quitté la capitale béninoise que le lendemain lorsqu’il était 14h30. On peut comprendre dès lors qu’il ait eu assez de temps pour avoir un second entretien de 45 minutes avec le président Thomas Boni Yayi, après celui de la veille. Les autres étapes de sa visite dans ce pays qu’il cite comme une référence démocratique en Afrique, ont consisté à prendre part, pendant une heure, à une séquence officielle de remise des décorations (Thomas Yayi Boni a été fait à l’occasion Grand croix de légion d’honneur de France), à rencontrer Adrien Houngbedji, le président de l’Assemblée nationale du Bénin ainsi que les membres de cette chambre, à visiter le Centre de lutte intégrée contre le paludisme (Clip), la Bluezone de Zongo, entre autres articulations.

Pour tout dire, le séjour de Hollande dans ce pays a duré environ 14h40 chronos. De cette visite d’Etat, on retient prioritairement la signature d’importantes conventions de financement dans le domaine de l’éducation et la promotion de l’entrepreneuriat agricole. On a vu un François Hollande visiblement très à l’aise aux côtés de son homologue béninois Yayi Boni. A Luanda, bien qu’il ait été accueilli à sa descente d’avion par le ministre des Affaires étrangères, Georges Rebelo Chicoti, et non pas par le président Eduardo Dos Santos, le président français y a passé la nuit. Son séjour dans ce pays-là a duré 20h, et il a débouché sur la signature de nombreux contrats, qui marquent ainsi le resserrement des liens diplomatiques entre les deux pays, fortement mis à mal par l’affaire de ventes d’armes illicites (Angolagate) en 1994.

Injonctions

L’escale de 6h30 de François Hollande à Yaoundé a certes permis la signature de quatre nouvelles conventions de financement entre la France et le Cameroun, pour un montant total de 76 milliards F Cfa, mais il convient de s’étonner du caractère éclair que le chef de l’Etat français a décidé de donner à cette visite d’Etat, eu égard au contexte actuel marqué par la montée du phénomène Boko Haram au Cameroun, et au Tchad, deux pays des accords politico-économiques très serrés avec l’Hexagone. Ça faisait bientôt 15 ans qu’un président français n’avait plus daigné poser ses pieds au Cameroun. Dans une perspective de resserrement des relations avec le Cameroun, François Hollande aurait dû passer un peu plus de temps en territoire camerounais. Pour ne l’avoir pas fait, il va de soi que beaucoup de sujets importants ont été éludés par Paul Biya et son hôte. On retient du reste avoir vu un président français très mal à l’aise aux côtés de son homologue camerounais – il faisait des Sms pendant que Paul Biya parlait -, à qui il a eu à faire des recommandations aux allures d’injonctions, notamment sur les questions de démocratie et des droits de l’homme, sur lesquelles il reste résolument intransigeant. Morceaux choisis : « La lutte contre la corruption doit être menée partout, partout je dis bien, pour que nous puissions être sûrs que nous allons toujours vers des choix de développement (…) nous sommes également attentifs à la liberté d’expression et aux droits de l’Homme »…

Pour Hollande, la lutte contre Boko Haram ne doit en aucun cas constituer un alibi pour se fermer à la démocratie et ralentir le processus de développement. Au terme de cette visite d’un quart de journée, il est fort à parier que le dossier de l’avocate franco-camerounaise Lydienne Eyoum connaîtra une évolution, probablement dans le sens de sa libération. Paul Biya a presque officiellement fait la promesse à Hollande qu’il interviendrait en faveur de sa compatriote.

© Mutations : Jean De Dieu Bidias & Par Ibin Hassan

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