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Comment la France a débarqué le dictateur Hissène Habré pour le remplacer par son complice Idriss Déby

par Canard Enchaîné 22 Juillet 2015, 20:06 Articles de Sam La Touch France Tchad Crimes contre l'humanité Dictature Idriss Déby Habré Françafrique

Comment la France a débarqué le dictateur Hissène Habré pour le remplacer par son complice Idriss Déby

Voici un excellent article du Canard Enchaîné intitulé "Justice : un avant et un Habré" sur les tribulations de la Françafrique et sur la manière dont Paris trie les dictateurs sanguinaires dans ses anciennes colonies. Dans un article rare, Le Canard revient sur la façon dont le dictateur Habré, accusé de crimes contre l'humanité, choyé auparavant par la France, a été débarqué par l'Etat français via la DGSE pour être remplacé par son ancien bras droit et chef d'Etat-major, Idriss Déby, tout aussi complice et responsable des crimes commis sous le régime d'Habré. Déby, depuis, a fait son chemin de dictateur ami de la France. Il a même été maintenu au pouvoir en 2008, par le "chef de guerre" Sarkozy I grâce à l'armée française, face à l'avancée des rebelles. A cette occasion, le dictateur protégé par Paris en a profité pour éliminer son plus grand opposant politique et le plus grand ennemi de sa dictature françafricaine : Ibni Oumar Mahamat Saleh. Il a également rendu des services en Centrafrique dans les sombres et récentes affaires françaises en RCA. Il est à présent le dictateur chéri des impérial-socialistes au pouvoir. Et il est fort probable que tant qu'il restera au pouvoir, le procès d'Hissène Habré sera tronqué !

Justice : un avant et un Habré
Le Canard Enchaîné, 22.07.2015

Penser que la France s'est mise en quatre pour amener au tribunal l'ex-dictateur (et néanmoins allié) tchadien Hissène Habré, ce serait comme imaginer Poutine traînant en justice son pion tchétchène Ramzam Kadyrov. Car l'ancien président du Tchad - de 1982 à 1990 -, jugé depuis le 20 juillet à Dakar pour crimes contre l'humanité, crimes de guerre et tortures (le procès vient d'être ajourné jusqu'en septembre), fut un authentique protégé de "la patrie des droits de l'homme".

Guérillero, il a commencé par séquestrer durant trois ans l'ethnologue Françoise Claustre et par assassiner l'émissaire chargé de la libérer, le commandant Galopin, avant de gagner les faveurs de Paris. Il est vrai qu'il combattait Kadhafi, notre ennemi juré de l'époque. Mais le régime de terreur qu'il a instauré (40.000 hommes et femmes liquidés dans ses geôles, 200.000 torturés) rendait tout de même acrobatique le soutien de la France de Mitterrand.

Difficile, alors, d'affirmer qu'on ne savait pas : la DGSE était sur place et Amnesty International criait fort...En revanche, cette barbarie trop ostensatoire a fini par lasser. L'Elysée et les "services" se sont résolus à soutenir un aimable ennemi de Habré : son chef d'état-major, Idriss Déby, homme fort du régime tchadien depuis des années ! En décembre 1990, quand ce dernier a renversé le chef d'Etat, un témoin présent dans le bureau de Bernard Kouchner, alors secrétaire d'Etat à l'Action humanitaire, se souvient de l'effarement du "French Doctor", familier de l'Afrique et tenu totalement hors du coup...Habré débarqué, il devient officiellement tyran sanguinaire, mis au ban des nations, France comprise. Et mis au banc des accusés ving-cinq ans après ses méfaits.

D'autres anciens chouchous qui n'ont rien à envier à Habré - le Centrafricain Bokassa, le Zaïrois Mobutu, le Malien Traoré - ont, eux, échappé à ce genre de procès. Il y a donc un progrès. Mais, vu la célérité de la justice et l'ardeur coopérative de la justice de l'Hexagone, les actuels "amis" de la Françafrique n'ont pas trop de souci à se faire...

J.-F.J.

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