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Comment le gouvernement français soutient Boko Haram

par Sam La Touch 12 Juillet 2015, 16:48 Articles de Sam La Touch France Françafrique Terrorisme Nigeria Cameroun Boko Haram Syrie Impérialisme

Comment le gouvernement français soutient Boko Haram

Le titre pourrait paraître insensé pour qui ne connaît pas la sombre géopolitique du gouvernement français en Syrie, en Libye ou en Afrique. Ainsi lorsque le député français, Claude Goasguen, accuse le gouvernement français de soutenir Al-Quaïda en Syrie son interlocuteur socialiste le traite de "fou". Mais pour qui connaît les coulisses de l'action française en Syrie dans le sillage d'Israël et des Etats-Unis, ces paroles sont sérieusement étayées. Ainsi Alain Marsaud, député républicain lui-aussi avait déjà souligné sur BFM TV qu'Al-Quaïda était l'allié des Français dans sa lutte contre Bachar al-Assad. On sait à présent que, malgré l'embargo, le "chef de guerre" français a autorisé l'armement jusqu'en 2014 des rebelles "modérés" qui n'ont de "modérés" que le nom et qui constituent une nébuleuse interlope entre les djihadistes de tous poils allant des extrémistes d'Al-Nosra jusqu'à ceux de l'Etat islamique. On sait également selon un article du journal Le Monde que le M.A.E français, Laurent Fabius, a estimé en 2012 que le groupe terroriste Al-Nosra (dans la mouvance d'Al-Quaïda) faisait du "bon boulot" tandis que la position du gouvernement français a toujours été ambigüe à l'égard des terroristes d'Al-Nosra préférant les soutenir à Alep plutôt que de laisser les forces loyalistes d'Assad reprendre du terrain, sans compter les rançons versées par la France aux terroristes de l'Etat islamique pour libérer ses otages et le rôle troubles des services français en Syrie déjà signalé par l'expert Daniel Thomson.

Si comme l'ont déjà évoqué Alain Marsaud, Claude Goasguen et de nombreuses sources d'informations on peut mettre en cause le rôle direct du gouvernement socialiste dans le soutien aux forces terroristes en Syrie, les choses n'en vont pas de même avec le groupe terroriste de Boko Haram qui s'est rebaptisé dernièrement Etat islamique en Afrique.

Ce que l'on peut dire actuellement, à la faveur des informations acquises, c'est que le gouvernement français soutient indirectement Boko Haram en soutenant ouvertement militairement, économiquement et politiquement ses financiers émanant des pays du Golfe.
Ainsi Le Canard Enchaîné du 14 mai 2014 soulignait dans un article intitulé "Chef d'Etat militaire "incapables" au Nigeria :
"...les services français de renseignement ont, depuis longtemps, signalé que les salafistes (sunnites) de Boko Haram avaient reçu le soutien des monarchies pétrolières du Moyen-Oient, amies - en principe - de la France et de la Grande Amérique...".


Le 21 mai 2014, Le Canard Enchaîné confirmait que le "chef de guerre" français (tel que nommé ainsi par l'AFP) ménageait toujours les financiers du djihad :



"Le 17 mai, à la fin du sommet franco-africain consacré à Boko Haram et à l'enlèvement de quelques 200 collégiennes, le Président avait rendez-vous avec deux journalistes et les caméras de France 24 et de TV5 Monde. Un entretien durant lequel il a fourni des réponses alambiquées à d'excellentes questions.
Interrogé sur les "sources de financement de Boko Haram et d'autres groupes djihadistes", il est resté dans le vague. "Des organisations apparemment humanitaires et charitables aident ces groupes" a-t-il reconnu. Des organisations qui ont des financements (sic) et qui aident, en le sachant ou en ne le sachant pas (re-sic), des groupes qui ont des activités terroristes".

Les services français de renseignement, eux, sont plus francs du collier que le Président. La semaine dernière, "Le Canard" précisait que leurs rapports ont, il y a longtemps, "signalé que les salafistes de Boko Haram avaient reçu le soutien des monarchies pétrolières". Questionné par un journaliste de France 24 sur ce point précis, "qui ne devrait étonner personne", avait affirmé "Le Canard", François Hollande a répondu d'une petite voix : "Je n'ai pas ces informations." Il ne lit pas les rapports des services ?

François Hollande était visiblement à la peine. Il voulait éviter de citer, parmi "les sponsors du djihadisme international" (formule d'un vieux routier des services français), le moindre émirat ou l'une des monarchies pétrolières qui figurent au nombre des "amis" et clients de la France. "

Ainsi le soutien indirecte de la France au groupe terroriste de Boko Haram apparaît au grand jour mais il est plus difficile d'objectiver un éventuel soutien direct. Les allégations viennent de sources africaines mais ont été réfutées par un article du Monde comme "complotistes" sans la moindre enquête.

La première source sérieuse est venue du Tchad où les forces tchadiennes dans leur combat avec les terroristes de Boko Haram ont retrouvé la présence de 40% d'armes françaises :
"Pourquoi l'armée tchadienne a-t-elle retrouvé des armes françaises dans le nord-est de Nigeria ? Environ "40% des armes saisies par les forces armées du Tchad aux combattants de Boko Haram sont de fabrication française", a annoncé le ministre tchadien de la communication, Hassan Sylla Ben Bakari, en visite au Cameroun le 5 mars 2015." (JAI Boko Haram : État islamique, armes françaises et mercenaires sud-africains... ; Anadolu Agency "40% des armes de Boko Haram saisies par le Tchad sont de fabrication française" RFI Nigeria: l’Antonov rempli de matériel militaire français peut repartir sur fond de soupçon de liens entre le Tchad et Boko Haram)

Les autorités françaises ont répondu à juste titre qu'elles n'étaient pas responsables du destin des armes françaises en Afrique tandis que les journalistes camerounais ont fait le paralèlle avec les arnes saisies dans la destruction de la Libye qui se sont retrouvées aux mains des nouveaux terroristes post-Kadhafi. Mais aucune enquête n'a été envisagée pour comprendre le circuit de ses armes qui se retrouvaient dans les mains de dangereux terroristes qui mettent à feu et à sang l'unité et l'intégralité territoriale du Nigeria, du Cameroun et du Tchad.

Puis des "théories complotistes" ont fusé dans la presse camerounaise. Des sources camerounaises ont fait état de trois soldats français tués au combat au côté de Boko Haram et de 8 à 9 soldats arrêtés lors de combats en janvier sans pour autant avancer la moindre preuve. Ces informations ont été reprises récemment par le Cameroon Daily Journal qui reliaient la récente visite de François Hollande au Cameroun avec la volonté de faire libérer ces soldats mais sans aucunes preuves matérielles à l'appui de leur dire.

En l'état actuel des connaissances, ce que nous pouvons dire est que le gouvernement français (mais aussi israélien, britannique et étatsunien) soutient indirectement Boko Haram de par son soutien politique, économique et militaire sur le plan international aux pays du Golfe qui participent au financement de ce groupe terroriste mais que les preuves matérielles (photographies, documents, écrits authentifiés...) suffisamment étayées manquent pour parler d'un soutien direct comme en Syrie. Toutefois, une commission d'enquête au vu des faits serait souhaitable tant sur l'action française en Syrie qu'au Nigeria. On se rappellera des dangereux précédents de la guerre secrète française au Biafra menée par De Gaulle et Foccart, à la fin des années soixante, pour déstabiliser ce pays-continent qu'est le Nigeria.

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