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Conférence de presse : Hollande reconnaît la "répression" "tragique" effectuée par la France au Cameroun

par Sam La Touch 3 Juillet 2015, 22:51 Articles de Sam La Touch France Cameroun Biya Françafrique François Hollande Conference de presse

Conférence de presse du "chef de guerre" avec le dictateur françafricain en place depuis 1982.
On y apprend qu'entre les deux hommes, il a été beaucoup question d'économie, de coopération militaires et un peu moins des droits de l'homme. Néanmoins, il est à noter que pour la première fois dans l'histoire politique française, Hollande a reconnu la "répression" "tragique" organisée par la France au Cameroun ( en "Sanaga maritime" et en "pays bamiléké") dans les années soixantes tout en renvoyant les Camerounais aux archives françaises et à l'Histoire sans évoquer bien sûr la moindre réparation. D'ailleurs on ne lui a même pas posé la question dans la salle. Faut dire que le climat et l'ambiance françafricaine dictatoriale ne s'y prêtait pas trop. Les Camerounais devront se contenter de la déclassification des archives...pour le moment !

Cette conférence de presse est à bien des égards surréaliste entre le "chef de guerre" français et le dictateur Paul Biya : Ce dernier fait une longue introduction sur les promesses de démocratisation du Cameroun alors qu'il est au pouvoir depuis près de 33 ans.

Hollande fait un court passage sur le passé "douloureux" entre la France et le Cameroun et parle de la lucidité avec laquelle la France regarde son passé mais on ne sait pas de quoi il parle exactement. Il ne le précise pas. Il s'agit probablement d'une référence à la terrible guerre menée par la France au Cameroun. Puis c'est le discours sur la coopération militaire entre la France et le Cameroun dans la sous-région contre le terrorisme et la mise en lumière de la grandeur de la France en Centrafrique qui a empêché des massacres. Une brève cursive sur les droits de l'homme au Cameroun mais Hollande rassure tout de suite son auditoire en déclarant qu'il y a déjà une coopération judiciaire entre Paris et Douala. Nous voilà rassuré ! Puis longue litanie sur la conférence sur le climat qui se tient à Paris prochainement.
Puis long discours de propagande sur le soutien de la France solidaire avec l'Afrique pour lui apporter l'indépendance et retour sur la croissance des entreprises ... françaises. Et Hollande déclare qu'il ne vient pas "seulement" pour les nombreuses entreprises françaises qui l'ont accompagné pour décrocher des contrats et pour ramener "la croissance pour l'Afrique et pour la France..." mais vient aussi porter les principes d'un développement dont l'Afrique doit être le continent bénéficiaire. (sans commentaires)

Puis viennent les questions des journalistes :
Première intervention d'un journaliste de la Nouvelle Expression sur "la très grande proportion à accorder les projets d'exécution aux entreprises françaises" dans le cadre du contrat de désendettement et de développement de l'AFD et il en vient à demander "une inflexion en faveur des entreprises camerounaises".
Puis il intervient sur le conflit historique émanant de la période d'administration coloniale du Cameroun et demande une déclassification des archives françaises.

Sur la question des entreprises, Hollande avec la langue de bois qui lui sied s'embrouille et déclare qu'il faut un partenariat avec les entreprises nationales tout en reconnaissant que celui-ci est plutôt rare.
Sur la question de l'histoire, Hollande parle d'épisode excessivement "tourmenté" et même "tragique". (les camps de concentration, les massacres commis par l'armée française relevant de crimes contre l'humanité sont en quelque sorte qualifiés de "tourmentés" voir de "tragiques")
Néanmoins c'est la première fois qu'un homme politique français de premier plan parle des épisodes de répression de la France en "Sanaga maritime" et au "pays Bamiléké" et est "prêt à ouvrir les livres d'histoire et les archives". Cela ne lui coûtera sans doute pas grand chose mais c'est déjà un début pour ce qui relève de crimes contre l'humanité. Dans l'audience, personne n'a osé demandé de réparations alors que le problème se pose tant la guerre menée par la France au Cameroun fut terrible et ravagea le pays sous l'omerta du magistère intellectuel et politique français.


Biya n'interviendra pas à ce sujet, il est lui-même issu du système néocolonial mis en place par la France après les "indépendances" et qui l'a porté au pouvoir en 1982 ; Ahidjo mis en place par l'armée française lui cèdera le pouvoir. Le régime Biya est dans la continuité du régime installé par la France après la terrible "répression tragique" que l'armée française a imposé aux Camerounais. Tout droit sorti du système françafricain criminel de la Vème République expliquant les liens et connivences entre les deux chefs d'état. On remarquera aussi que la France peut se débarrasser des chefs d'état françafricains quand ceux-ci n'exécutent plus le cahier des charges pour lesquels ils ont été mis en place, on pensera notamment à Bozizé en RCA.

Un journaliste de France 2 déclare que le Président Biya est en place depuis 1982 et lui demande si il a l'intention de partir un jour notamment lors des prochaines élections qui auront lieu dans 3 ans.

Biya lui répond qu'il n'a "pas acquis le pouvoir de manière dictatorial et qu'il a toujours été élu par le peuple" et qu'il a le temps de réfléchir et que le temps venu les Camerounais seront si il prendra sa retraite.

...

Un journaliste de JAI pose la question de l'emprisonnement de l'avocate française Maître Lydienne Yen-Eyoum aux deux Présidents.
Hollande renvoie aux justices respectives des deux pays.
Biya souligne que la justice au Cameroun est totalement indépendante du pouvoir exécutif (on se retient de rire dans la salle). Biya va jusqu'à considérer, selon ses propres mots que "beaucoup d'opposants ici vivent en liberté et débattent librement ", nous voilà donc rassuré, pour les autres, on l'est un peu moins... Puis Biya évoque l'implication de l'avocate en question dans un scandale de corruption pour lequel elle a été condamnée. Selon les aveux de Paul Biya elle aurait détourné "un milliard" mais il poursuit en déclarant qu'il pourrait faire un geste si la constitution lui permet "au moment venu".

Hollande vole à son secours en déclarant qu'il a parlé à Paul Biya de l'affaire tel que lui a demandé la famille de l'avocate mais que Biya a beaucoup fait dans la lutte contre le terrorisme pour libérer bon nombre de Français pris en otage au Cameroun par des terroristes...

Fin de la conférence, applaudissement...

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