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Crise grecque : pourquoi Washington soutient-il Syriza ?

par Idées de la Tripartition sociale 12 Juillet 2015, 09:24 Syriza Grece Tsipras Obama Varoufakis USA UE Dette FMI

Quelques jours après son élection, le tout nouveau gouvernement Syriza recevait un soutien de taille et qui étonne les commentateurs : le gouvernement américain lui-même.

Pour saisir les raisons d'un tel soutien, l'auteur présentait dans un précédent article l'hypothèse que le vrai enjeu de la crise grecque est le processus de fédéralisation de l'Europe. Cette analyse se trouve corroborée par l'étude d'un discours récent du ministres des finances Yanis Varoufakis. Elle rejoint aussi tant les vues de l'Union Populaire Républicaine (UPR) que celles d'analystes comme F. William Engdahl et Paul Craig Roberts.

Dans un discours tenu à la Fondation Hans-Böckler à Berlin (8 juin 2015) le ministre grec des finances du gouvernement, Yanis Varoufakis, confirme tout à fait qu’au-delà de la question grecque, l’enjeu est l’achèvement d’une Europe fédérale qui découle d'une "union politique" :

« Visiblement, nous avons besoin d’une union politique. Mais de quelle sorte ? N’oublions pas que l’Union soviétique était une union politique, même si nous ne souhaitons pas l’imiter. Non, l’objectif de l’Europe est une union politique démocratique, qui plaise à ses peuples. »

Face au problème d’ une « union monétaire asymétrique » avec des pays à forts excédents commerciaux et d’autres à forts déficits, quelle est donc cette « union politique démocratique » selon Varoufakis ?

Il rejette tout d’abord une union politique basée sur l’austérité et les politiques néo-libérales car elle déboucherait sur le « tribalisme nationaliste » :
« quelques leaders européens [entendre Angela Merkel ] pensent que sacrifier la Grèce, telle une Iphigénie moderne, permettra de mettre le cap sur l’union politique grâce à une discipline que la crainte du « Grexit » . [...] Voulons-nous une union politique qui n’admette aucun écart par rapport à la doctrine néolibérale et tente d’abattre, au détriment de la démocratie, les pro-européens perturbateurs du genre du gouvernement Syriza. Laissez-moi présager que, si l’Europe opte pour cette dernière solution, elle sera finalement dominée par des antieuropéens qui haïssent l’Europe et tout ce qu’elle incarne, et qui veulent la ramener au tribalisme nationaliste qui a causé tant de morts au cours des siècles. »

En revanche il propose une Europe unifiée par un mécanisme de « recyclage des excédents », c’est-à-dire de transferts des excédents allemands vers les pays du Sud comme la Grèce via les instruments financiers du Mécanisme européen de stabilisation financière (MESF). L’idée est de transformer les dettes envers la BCE et le FMI par des dettes envers le MESF, donc d’augmenter l’exposition des autres pays et de resserrer les liens d’inter-dépendance politique.

« La grande question devient donc : est-il possible de donner davantage de souveraineté aux peuples de notre union monétaire asymétrique tout en introduisant un mécanisme efficace, non-toxique, de recyclage des excédents ? »

Ce "mécanisme efficace" est donc de continuer d’augmenter le volume des obligations envers le MESF, ce qui débouchera inéluctablement à une union politique, donc à une Europe fédérale.

Yanis Varoufakis se place lui-même dans une grande continuité historique. Il se réfère au « Discours de l’Espoir » du secrétaire d'État des États-Unis J. Byrnes en 1946 qui est le fondement de la reconstruction de l’Allemagne sous le contrôle des USA. Yanis Varoufakis en désigne l'auteur de ce discours comme John Kenneth Galbraith dont il est un proche ami du fils, James Kenneth Galbraith. 69 ans plus tard Yanis Varoufakis appelle à un nouveau « Discours de l’Espoir », tenu cette fois par Angela Merkel, pour bel et bien achever le grand projet américain des « États-Unis d’Europe ».

Preuve de ce lien avec les milieux américains, il a bénéficié du soutien discret du gouvernement américain qui a forcé le FMI à publier un rapport très critique sur l’insoutenabilité de la dette grecque, à un moment très favorable pour le gouvernement d'Aléxis Tsípras.

Ce jeu très trouble a été dénoncé dès l'élection de Syriza en janvier 2015 par l'Union Populaire Républicaine. Il a est également décrit par des spécialistes des turpitudes de la politique à Washington. L'économiste américain F. William Engdahl se pose la question si Yanis Varoufakis n'est pas "le cheval de Troie" des intérêts de Washington à l'intérieur de l'Europe :

« Je viens à la conclusion réticente que loin d'être le champion du peuple grec malheureux, Varoufakis fait partie d'un jeu beaucoup plus grand et très sale. »

L'économiste américain décrit le parcours de Yanis Varoufakis, naturalisé australien et qui a passé 30 ans dans les milieux de la pensée néo-libérale anglo-saxons. Il s'appuie aussi sur l'analyse de Paul Craig Roberts qui résume tout le problème :

« la crise de la dette souveraine grecque est utilisée pour créer un précédent qui s’appliquera à tout gouvernement de l’UE. Les États membres cesseront d’exister comme États souverains et la souverainité reposera dans l’UE. Ces mesures que l’Allemagne et la France promeuvent mettront ainsi fin à terme à leur propre souverainité dont déjà très peu aujourd’hui subsiste du fait qu’elles n’ont pas de monnaie indépendante et que leur politique étrangère est asservie à celle de Washington. »

Cette analyse se trouve corroborée par les fermes appels à la cohésion de la zone Euro lancés tant par la Chine que par les États-Unis. Ce remarquable accord de vue des deux grands concurrents mondiaux montre bien à qui profite réellement l'Euro. Ainsi les grandes difficultés du peuple grec sont sciemment et cyniquement utilisées pour des buts de domination hégémonique sur les États européens.

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