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Grèce : quelle leçon pour la Russie ? (PCR)

par Paul Craig Roberts 20 Juillet 2015, 19:40 Grece USA UE Dette

Grèce : quelle leçon pour la Russie ? (PCR)
Grèce : quelle leçon pour la Russie ?
Par Paul Craig Roberts
PCR

Article originel : Greece's Lesson For Russia
Traduction Gabriel pour le Saker

«Aujourd’hui, la dette de la Grèce ne peut être soutenue au travers de mesures d’allégement qui vont bien au-delà de ce que l’Europe a été disposée à envisager jusqu’à présent.»Déclaration du Fonds monétaire international

La leçon que la Russie, la Chine et l’Iran peuvent tirer de la crise financière actuelle en Grèce est qu’il est nécessaire d’éviter totalement toute relation financière avec l’Occident. On ne peut tout simplement pas faire confiance à l’Occident ; Washington est engagé dans une relation hégémonique économique et politique avec tous les autres pays et utilise le Système financier occidental pour geler, confisquer et sanctionner leurs actifs.

Les pays qui ont des politiques étrangères indépendantes mais aussi des actifs en Occident ne peuvent s’attendre à ce que Washington respecte leurs droits de propriété ou leurs propriétés. Washington fige ou vole les actifs des autres pays ou, comme pour la France, inflige des amendes de plusieurs milliards de dollars afin de contraindre les autres pays à être en conformité avec la politique de Washington. L’Iran, par exemple, a perdu $100 Mds, environ un quart du PIB iranien, simplement pour avoir désiré faire valoir ses droits en vertu du Traité de non-prolifération.

Des journalistes russes m’ont demandé si le désir d’Obama de conclure un accord avec l’Iran pouvait induire l’espoir qu’un accord puisse être atteint sur l’Ukraine. La réponse est non. En outre, comme je l’expliquerai plus tard, l’accord avec l’Iran n’implique pas grand-chose qui puisse inquiéter Washington.

Il y a trois jours (le 14 juillet), un officier militaire de haut rang, le général Paul Selva, le troisième en trois jours, a déclaré au Sénat américain que la Russie est «une menace existentielle pour notre nation (les USA)». Un peu avant, le Sénat avait entendu la même chose de la part du Commandant de la Marine américaine Joseph Dunford, et du secrétaire de l’Armée de l’air. Quelques jours auparavant, le Président du Grand État-Major avertissait que la Russie représentait une menace hybride .

Washington s’est investi à fond dans l’instrumentalisation de l’Ukraine contre la Russie. Tous les conflits sont déclenchés par le gouvernement fantoche de Washington à Kiev. La Russie est accusée de tout, y compris de la destruction de l’avion malaisien. Washington utilise de fausses accusations pour contraindre l’UE à des sanctions contre la Russie qui ne sont pas dans l’intérêt de celle-ci. Washington a réussi à contraindre l’Europe à mettre à mal les relations politiques et économiques entre l’Europe et la Russie et à provoquer un état conflictuel, et Washington n’acceptera certainement aucun règlement de la crise ukrainienne. Même si Washington voulait le faire, vu que sa position ne repose sur rien d’autre que de la propagande, il devrait se désavouer afin de parvenir à un accord.

Malgré tout, le Président et le ministre des Affaires étrangères de la Russie continuent de parler des États vassaux de l’UE, et de Washington, comme de nos partenaires. Peut-être Poutine et Lavrov sont-ils sarcastiques? La chose la plus certaine aujourd’hui est que Washington et ses vassaux ne sont pas des partenaires de la Russie. [Depuis une semaine Poutine parle d’adversaires géopolitique» et non plus de partenaires, NdT]

La Doctrine Wolfowitz, base de la politique étrangère et militaire américaine, déclare que le développement de la Russie ou de tout autre pays ne peut pas être toléré parce que les États-Unis sont une superpuissance et qu’ils ne peuvent admettre aucune contrainte sur leurs actions unilatérales.

Tant que cette doctrine régnera à Washington, ni la Russie, ni la Chine, ni l’Iran ne sont en sécurité, sans parler de l’accord nucléaire avec qui ne sera pas sûr. Tant que l’Iran aura une politique étrangère indépendante, aucun accord nucléaire ne protégera l’Iran, parce que tout conflit politique significatif avec Washington pourra induire de nouvelles justifications pour des sanctions.

Un accord nucléaire avec l’Iran entraînerait le dégel de $100 Mds en avoirs iraniens occidentaux sous séquestre. J’ai entendu hier un membre du Conseil des relations étrangères déclarer que l’Iran devrait investir ses $100 Mds dans des entreprises américaines et européennes. Si l’Iran faisait cela, le gouvernement iranien se mettrait sous la coupe d’encore plus de chantage. Investir n’importe où dans l’Ouest signifie que les actifs de l’Iran pourraient être gelés ou confisqués à tout moment.

Si Obama démettait Victoria Nuland, Susan Rice et Samantha Power et remplaçait ces néoconservateurs par des diplomates plus sains d’esprit, les perspectives s’amélioreraient. Ainsi la Russie, la Chine et l’Iran auraient une meilleure possibilité d’atteindre un compromis avec les États-Unis dans des conditions autres que de vassalité. [Sur ces points, il me semble que PCR nage dans un optimisme béat : ce ne sont ni Rice, ni Nuland, ni Power, ni même Obama, qui fixent la politique étrangère des USA – NdT]

La Russie et la Chine, s’étant sorties d’un système économique communiste qui fonctionnait mal, considèrent naturellement l’Occident comme un modèle. Il semble que la Chine soit tombée éperdument amoureuse du capitalisme occidental. La Russie peut-être un peu moins, mais les économistes dans ces deux pays sont les mêmes que les économistes néolibéraux de l’Occident, ce qui signifie qu’ils sont involontairement des serviteurs de l’impérialisme financier occidental. Pensant à tort qu’ils sont fidèles à l’économie [à la science économique – NdT], alors qu’ils sont fidèles à l’hégémonie de Washington.

Avec la déréglementation qui a commencé durant la présidence Clinton, le capitalisme occidental est devenu socialement dysfonctionnel. Aux États-Unis et dans tout l’Occident le capitalisme ne sert plus le peuple [l’a-t-il jamais servi ou bien PCR a-t-il fumé un joint? – NdT]; le capitalisme sert les propriétaires et gestionnaires de capital et personne d’autre.

C’est pourquoi l’inégalité des revenus aux États-Unis est désormais aussi mauvaise ou pire que durant l’ère des barons voleurs des années 1920. La régulation des années 1930 [le New-Deal- NdT], qui avait fait du capitalisme, un système économique fonctionnel, a été abrogée. Aujourd’hui en Occident, le capitalisme mondial est un mécanisme de pillage. Le capitalisme non seulement pille la force de travail, mais il pille des pays entiers, comme la Grèce, qui est forcée par l’UE à vendre les biens nationaux grecs aux acheteurs étrangers.

Avant que Poutine et Lavrov ne se réfèrent à nouveau à leurs partenaires américains, ils doivent réfléchir à l’absence de bonne volonté de l’Union européenne envers la Grèce. Lorsqu’un membre de l’Union européenne est lui-même pillé et enterré par ses associés, comment la Russie, la Chine et l’Iran pourraient-ils s’attendre à être mieux traités? Si l’Occident n’a aucune bonne volonté envers vers la Grèce, où pourrait se trouver une quelconque bonne volonté de l’Occident envers la Russie?

Le gouvernement grec a été forcé de capituler devant l’UE, en dépit du soutien reçu par référendum, parce que les Grecs ont cru pouvoir compter sur la bonne volonté de leurs partenaires européens et ont sous-estimé la ruse du 1%. Le gouvernement grec ne s’attendait pas à l’attitude impitoyable de ses collègues des gouvernements membres de l’UE. Le gouvernement grec a réellement pensé que son analyse experte de la situation de la dette grecque et de l’économie auraient un poids dans les négociations. Cette attente a laissé le gouvernement grec sans un plan de sauvegarde. Le gouvernement grec n’a jamais réfléchi à la façon de s’y prendre pour quitter l’euro et mettre en place un système bancaire et monétaire indépendant de l’euro. Le manque de préparation pour cette issue a laissé le gouvernement sans aucune alternative face aux diktats de l’UE.

La fin de la souveraineté budgétaire de la Grèce, c’est ce qui se prépare pour l’Italie, l’Espagne et le Portugal et finalement pour la France et l’Allemagne. Comme Jean-Claude Trichet, l’ancien directeur de la Banque centrale européenne, l’a dit, la crise de la dette souveraine a démontré qu’il est temps de rapprocher l’Europe au-delà d’un «concept strict de la nation». La prochaine étape de la centralisation de l’Europe est la centralisation politique. La crise de la dette grecque est utilisée pour établir le principe selon lequel, être membre de l’Union européenne signifie qu’on a perdu sa souveraineté.

L’idée, répandue dans les médias financiers occidentaux, qu’une solution aurait été imposée aux Grecs est un non-sens. Rien n’a été résolu. Les conditions auxquelles le gouvernement grec a acquiescé rendent la dette encore moins aisée à rembourser. Dans peu de temps la question sera à nouveau d’actualité. Ainsi que John Maynard Keynes l’a décrit clairement en 1936, et comme le savent tous les économistes, induire une baisse des revenus des consommateurs en réduisant les retraites, l’emploi, les salaires et les services sociaux, réduit la consommation et la demande d’investissement, ainsi que le PIB et les résultats, dans l’ensemble, induisent des déficits budgétaires qui doivent être couverts par l’emprunt. La vente d’actifs publics aux étrangers transfère des flux de revenus de l’économie grecque dans des mains étrangères.

Le capitalisme brut et non réglementé, a prouvé au XXIe siècle son incapacité à produire de la croissance économique partout en Occident. En conséquence, les revenus moyens des familles baissent. Les gouvernements dissimulent le déclin en sous-estimant l’inflation et en ne comptant pas comme chômeurs les découragés qui, incapables de trouver un emploi, ont cessé d’en chercher un. En ne comptabilisant pas les chômeurs hors statistiques aux États-Unis on est en mesure de parler d’un taux de 5,2 % de chômage. Intégrer les chômeurs non déclarés porte le taux de chômage à 23,1 %. Un taux de 23 % de chômage n’a rien à voir avec une quelconque reprise économique.

Même le langage utilisé en Occident est frelaté. Le renflouement grec ne renflouera pas la Grèce. Le plan de sauvetage renfloue les détenteurs de la dette grecque. Bon nombre de ces détenteurs ne sont pas les créanciers originaux de la Grèce. Lesauvetage consiste à permettre aux fonds spéculatifs [hedge funds] occidentaux impliqués dans la dette grecque de rembourser les actionnaires. L’argent du plan de sauvetage ne va pas à la Grèce, mais à ceux qui ont parié sur le paiement de la dette. Selon des médias, l’assouplissement quantitatif de la BCE a été utilisé pour acheter de la dette grecque aux banques privées, les soulageant ainsi de leurs prêts risqués; donc la question de la dette n’est plus une question de créancier.

La Chine semble ignorer le risque pris en investissant aux États-Unis. Quand les nouveaux riches chinois achètent des communautés résidentielles en Californie, ils oublient l’expérience des Nippo-américains, parqués dans des camps de détention pendant la guerre de américano-japonaise [1941-1945]. Les entreprises chinoises achètent des entreprises et des dépôts de minerai aux États-Unis. Ces acquisitions rendent la Chine vulnérable au chantage sur les différends en politique étrangère [pouvant entraîner des gels d’actifs, NdT].

Le mondialisme prôné en Occident est incompatible avec l’unilatéralisme de Washington. Aucun pays possédant des actifs dans le système financier occidental ne peut se permettre d’avoir des divergences politiques avec Washington. La Banque de France a payé une amende de $9 Mds pour avoir désobéi au diktat de Washington dans ses pratiques de prêts, qui l’a menacée d’interdire d’opérer aux États-Unis. Le gouvernement français n’a pas pu protéger la Banque française du pillage par Washington.

C’est une preuve de l’inconsistance actuelle, qui montre que l’incohérence flagrante du mondialisme face à l’unilatéralisme américain est passée inaperçue.

Par Paul Craig Roberts – Le 17 juillet 2015

Paul Craig Roberts a été secrétaire adjoint au Trésor pour la politique économique et rédacteur en chef adjoint du Wall Street Journal. Il a été chroniqueur à Business Week, Scripps Howard News Service, et Creators Syndicate. Il a occupé de nombreux postes universitaires. Ses articles sur internet ont attiré l’attention mondiale. Les derniers livres de Roberts sont : L’échec du capitalisme du laissez faire et la dissolution économique de l’Occident et Comment l’Amérique fut perdue.

Traduit par Gabriel

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