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Jean-Yves Le Drian, l’ami urgentiste de l'Afrique (Libération)

par Jean-Louis LE TOUZET 31 Juillet 2015, 17:19 France Françafrique Le Drian Tournée

«Vous êtes socialiste et votre diplomatie s’appuie en partie sur une politique économique libérale, et en même temps vous faites la guerre, avec un déploiement de troupes comme jamais on n’en avait connu depuis la guerre d’Algérie. Avouez que c’est quand même ennuyeux.»

Tchad, Niger, Mali… Le Drian a développé sur le continent, où il vient d’entamer une longue tournée, une diplomatie sécuritaire. Au point de supplanter le Quai d’Orsay.

«Pour beaucoup de chefs d’Etat africains, qui voit Le Drian, voit Hollande», assure un diplomate. Mercredi soir, le ministre de la Défense a décollé pour un long déplacement sur le continent (Centrafrique, Congo-Brazzaville, Egypte et Djibouti), qu’il sillonne régulièrement.

Jean-Yves Le Drian, qui bénéficie jusqu’en Afrique de ses réseaux bretons et socialistes, est entré de plain-pied dans la diplomatie d’influence sécuritaire, tout en suivant sa pente naturelle : celle d’un homme qui a toujours côtoyé les militaires, fréquentant surtout les hommes de la «Royale» (la Marine nationale), tant à Lorient qu’à Brest. L’intervention au Mali en 2013 a mis en place cette lecture diplomatique d’urgence, souvent qualifiée aussi de réaliste, appuyée par des alliés de«pré-disposement».

Le Niger de Mahamadou Issoufou et surtout le Tchad d’Idriss Déby sont des appuis fidèles. Quant au chef de l’Etat malien, Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), l’Hôtel de Brienne n’en attendrait plus grand-chose. Il «a beaucoup déçu».

Virage. Si le Tchad est souvent qualifié de «bac à sable des militaires français», le pays qui a farouchement résisté à la colonisation pendant dix-sept ans au début siècle dernier est vu par cette diplomatie version Le Drian comme un allié «incontournable». Mais quand l’ambassadrice de France, Evelyne Decorps, assiste impuissante à l’expulsion, il y a un mois et sans motif, d’un journaliste de RFI par deux «simples flics», que dit-on ? Rien.«Une terrible gifle pour la diplomate et pour le Quai d’Orsay», souligne un observateur du virage «diplomatico-militaire» pris par la France dans la zone sahélienne.

Quant au Nigérien Issoufou, il a demandé la semaine dernière la tête d’Antoine Anfré, l’ambassadeur de France nommé l’an dernier et jugé «trop critique».

Idriss Déby, lui, connaît«les différences de logiques» entre le Quai et la Défense. Le Drian serait rentré dans la «géographie mentale» du chef d’Etat, qui veut la sécurité de son régime et celle du bassin du Tchad. Les deux hommes seraient extrêmement proches. La même source fait remarquer : «Vous êtes socialiste et votre diplomatie s’appuie en partie sur une politique économique libérale, et en même temps vous faites la guerre, avec un déploiement de troupes comme jamais on n’en avait connu depuis la guerre d’Algérie. Avouez que c’est quand même ennuyeux.»

Alors que Déby a un leitmotiv, «ma sécurité, c’est votre sécurité sur le bassin du lac», reste à savoir qui contrôle qui dans cette relation en sachant que le président tchadien «n’a pas d’amis». Pour faire simple : la France au Tchad, c’est l’armée. Rien que l’armée. «Et le boulot de l’armée, c’est de faire rouler des trains sans rails. L’armée ne fait pas de politique. Avec elle, c’est : l’objectif a été atteint, ou pas», souligne un ancien militaire.

Miettes. Aujourd’hui, en l’absence visible des Etats-Unis dans la zone, il reste deux puissances interventionnistes : la France et l’Afrique du Sud. Cette dernière est très active à travers ses compagnies de mercenaires et ses contrats diamantifères en Afrique centrale. Et la France ? «C’est le GIGN des sables», avec Le Drian en parfait général en chef de Hollande. Ainsi donc, pour le Quai, il ne resterait que des miettes en Afrique ? Pas grand-chose, en effet, si ce n’est le Burkina-Faso et le Bénin, avec Lionel Zinsou, esprit brillant, banquier d’affaires et ex-plume de Laurent Fabius, comme nouveau Premier ministre parachuté par Paris. Pendant ce temps, Le Drian vend frégates et Rafale tout en marquant de son empreinte la diplomatie française, du pas lent de la Légion.

Jean-Louis LE TOUZET

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