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La Grèce fait défaut sur sa dette, Syriza propose d’autres mesures d'austérité (WSWS)

par Chris Marsden 2 Juillet 2015, 09:08 Grece UE Referendum Austérité Tsipras Syriza

Les ministres des Finances de la zone euro ont rejeté mardi une offre de plus du gouvernement dirigé par Syriza d’imposer des mesures d’austérité en échange d’un nouveau plan de sauvetage de l’Union européenne (UE) de 30 milliards d’euros.

Sans financement supplémentaire, la Grèce a laissé passer le délai de remboursement de la dernière tranche de son prêt au Fonds monétaire international (FMI).

Cette dernière manœuvre du Premier ministre grec Alexis Tsipras fut annoncée à l’issue d’une matinée dominée par des rumeurs que son gouvernement discuterait l’abandon de toute opposition et l’adoption intégrale des exigences de la « troïka », l’UE, le FMI et la Banque centrale européenne (BCE), qu’il avait rejetées auparavant.

Le quotidien grec Kathimerini a affirmé que Tsipras était prêt à aller à Bruxelles pour discuter d’une nouvelle offre du président de l’UE, Jean-Claude Juncker. Il aurait téléphoné à Juncker, au chef de la BCE, Mario Draghi, et au président du Parlement européen Martin Schultz alors que les députés de Syriza téléphonaient à son bureau l’exhortant à accepter toute transaction proposée.

Juncker avait apparemment laissé entrevoir la possibilité d’un allégement de la dette, mais seulement si Tsipras faisait campagne pour un « oui » au prochain référendum sur les demandes de la troïka et s’il acceptait les conditions du premier accord de novembre de 2012.

Peu après, la chancelière allemande Angela Merkel a dit qu’elle n’avait entendu parler d’aucun changement depuis l’ultimatum de vendredi dernier qui avait incité Tsipras à annoncer leréférendum du 5 juillet.

L’offre de Tsipras montre que son appel à un référendum sur l’austérité de l’UE, comme son appel mardi à y voter « non », sont des manœuvres politiques cyniques. Tsipras a déjà dit que, même si le « non » l’emportait, il s’en servirait pour continuer à négocier avec l’UE. Mardi, moins de 24 heures après avoir lancé son prétendu défi, il reprenait sa sébile de mendiant et cherchait à négocier des prêts avec l’UE en échange de mesures austéritaires rejetées par le peuple grec.

Depuis son arrivée au pouvoir en janvier sur la base de l’hostilité populaire aux exigences de rigueur des banques européennes, Syriza a cherché plusieurs fois à parvenir à un accord qui préserve le cadre des plans de sauvetage. Il poursuit cette stratégie, qui reflète les intérêts de secteurs de la bourgeoisie et de la petite-bourgeoisie grecques, avec son appel à un référendum.

« Dès le début, nous avons clairement dit que la décision de tenir un référendum n’était pas la fin, mais la continuation des négociations pour de meilleures conditions pour le peuple grec, » a déclaré le gouvernement Syriza dans un communiqué. « Le gouvernement grec cherchera jusqu’à la fin un accord viable au sein de l’euro. »

La proposition d’un nouveau plan de sauvetage énoncée dans une lettre de Tsipras était un autre effort de Syriza pour formuler un programme austéritaire de sauvage assez brutal pour être agréable aux créanciers, mais qui incluait un allégement de la dette garantissant la viabilité à long terme du capitalisme grec.

Elle consiste à emprunter 30 milliards d’euros de plus sur une période de deux ans venant des 500 milliards d’euros du Mécanisme de stabilité européen de la zone euro. Tout en contournant le FMI, il permettrait un certain allégement de la dette. Bien que cela ne soit pas spécifié, la proposition signifierait accepter la majeure partie des mesures d’austérité exigées par l’UE. Une source de l’UE a dit à Reuters que la proposition grecque « se rapprochait » de ce qui était exigé.

Le premier ministre de Malte, Joseph Muscat, a rapporté plus tard que la Grèce était prête à suspendre le référendum prévu dimanche si un accord était conclu ou à « demander aux gens de voter « oui » et pas « non ».

Tsipras a demandé une brève extension du programme de sauvetage en cours, qui expirait mardi, pour couvrir la période jusqu’au référendum et un peu au-delà – dans des conditions où au vu de chiffres de la BCE une insolvabilité bancaire ne serait qu’une question de jours.

Le Financial Times a noté que les responsables de la zone euro avaient suggéré il y a quelques mois de permettre au plan de sauvetage actuel d’expirer pour que le gouvernement grec puisse négocier un nouveau programme, dont un possible allégement de la dette.

« Mais si un tel plan a bien été discuté, il a été décidé qu’Athènes épuisait trop vite ses dernières liquidités pour commencer une suite de négociations sur un nouveau programme – pourparlers qui prennent habituellement des semaines, voire des mois, pour conclure... Les responsables sont de plus en plus inquiets que les banques grecques pourraient s’effondrer ces prochaines semaines, et un nouveau programme devrait être en place avant le 20 juillet, quand un paiement de liaison de 3,5 milliards d’euros est dû à la [BCE], » écrit-il.

Tsipras a effectivement offert à l’UE un moyen de court-circuiter ce processus.

Les gouvernements européens ont répondu à chaque appel de Syriza en accentuant leur exigence d’une attaque plus étendue de la classe ouvrière. Ils sont bien conscients que Syriza est attaché à la défense du capitalisme et opposé à tout effort visant à mobiliser la classe ouvrière contre l’austérité. Ils veulent aussi faire de la Grèce un modèle pour des mesures similaires dans toute l’Europe.

Mardi, Mme Merkel a déclaré aux députés allemands qu’il n’y aurait pas de nouvelles discussions avec la Grèce après le référendum. « Le programme se termine ce soir, à minuit précis. Et je n’ai aucune autre information fiable [sur autre chose] », dit-elle.

Jeroen Dijsselbloem, le président de l’Eurogroupe, a annoncé une téléconférence des ministres des Finances pour discuter de la proposition de la Grèce ce soir-là, alors que Tsipras, Varoufakis et l’équipe de négociation grecque se réunissaient à Athènes.

Après seulement une heure, les ministres des Finances ont rejeté l’appel de Tsipras pour une extension du financement existant de la BCE aux banques grecques.

Certains ministres ont suggéré qu’une restructuration de la dette était elle aussi impossible. Cependant, une source du gouvernement grec a déclaré que les pourparlers reprendraient mercredi « pour permettre aux ministres des Finances d’examiner les propositions du gouvernement grec. »

Un rapport élaboré par la troïka et fuité mardi au Guardian, conclut que la Grèce ferait face à « un niveau insoutenable de dette en 2030, même si elle approuvait l’ensemble des réformes fiscales et de dépenses exigé d’elle. »

Même dans les scénarios les plus optimistes prévoyant 15 ans de « croissance forte et soutenue, » l’estimation de base du FMI était que la dette de la Grèce s’élèverait encore à 118 pour cent du PIB en 2030. Ces scénarios s’appuyaient tous sur un troisième programme de sauvetage de 35 milliards d’euros – 5 milliards d’euros de plus que ce que Tsipras a demandé.

La crainte que la politique de l’UE ne soit pas financièrement viable a déjà suscité une intervention des États-Unis. Le Secrétaire au Trésor américain, Jack Lew, a exhorté Tsipras, la chef du FMI, Christine Lagarde, Schäuble et le ministre français Emmanuel Macron à trouver une solution « durable » afin de sauvegarder l’économie mondiale. Des préoccupations similaires ont été exprimées par le président américain Barack Obama dans ses discussions avec Mme Merkel.

Gary Hufbauer de l’Institut d’économie internationale Peterson a dit à la Voix de l’Amérique que « Les États-Unis craignaient que le chaos en Grèce ne soit contagieux et ne mène à des doutes sur le Portugal, l’Espagne et l’Italie, ne cause des ennuis et provoque la désunion dans la détermination de l’Europe à l’égard de la Russie au sujet de la situation ukrainienne. »

De plus, le Financial Times écrivait le 23 juin que le fardeau de la dette grecque d’au moins 175 pour cent du PIB « ne faisait pas de la Grèce l’emprunteur le plus risqué pour ceux qui investissent dans les obligations. » Il citait l’Ukraine comme investissement le plus dangereux. Les deux pays figuraient alors sur une liste de 11 pays « en grave danger de défaut de paiement selon l’agence mondiale de notation de crédit Moody. » Parmi ces pays il y avait notamment le Venezuela, l’Équateur, l’Argentine, Grenade et Puerto Rico.

(Article paru d'abord en anglais le 1er juillet 2015)

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