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La guerre en Libye s’est-elle déroulée comme on nous l’a racontée ? (Marianne)

par Marianne 1 Juillet 2015, 18:11 Libye France Françafrique Crimes contre l'humanité Sarkozy Cameron BHL Hillary Clinton

Avec la menace d’un Grexit et les récents attentats en France, en Tunisie et au Koweït, cet article de Mediapart est un peu passé à la trappe médiatique. Pourtant, il mérite le détour. Dans cette enquête revenant sur l’intervention française en Libye, Mediapart révèle la correspondance entre Hillary Clinton, alors secrétaire d’Etat américaine, et un de ses proches informateurs sur place. Des échanges de mails qui dévoilent une toute autre version de l’intervention que celle donnée alors par le gouvernement Sarkozy.

Nicolas Sarkozy et David Cameron entourant le président du Conseil national de transition, en septembre 2011, à Benghazi – PHILIPPE WOJAZER-POOL/SIPA

Nicolas Sarkozy et David Cameron entourant le président du Conseil national de transition, en septembre 2011, à Benghazi – PHILIPPE WOJAZER-POOL/SIPA

Sidney Bumenthal est un agent de renseignement méticuleux. Et, à en croire ses e-mails, très prolifique. Dans un article de nos confrères de Mediapart, il apparaît que cet ancien officier de la CIA, présent en Libye, a tenu Hillary Clinton, alors secrétaire d’Etat, très informée de la situation dans ce pays, fournissant à l’actuelle candidate à la présidence américaine des informations confidentielles au sujet de la stratégie française.

Début 2011, Bumenthal travaille en effet en collaboration avec des hommes d’affaires américains qui cherche à « se tailler des marchés dans la Libye post-Kadhafi », explique le pure-player. Membre de la Fondation Clinton, il inonde Hillary Clinton de « mémos » stratégiques entre février 2011 et décembre 2012. Des mails divulgués dernièrement par une commission d’enquête du Sénat américain.

Des intérêts militaires et économiques en jeu

« Ces mémos représentent la lecture, presque au jour le jour, de la guerre en Libye par l’administration américaine », écrit le journaliste. Une version fort différente de celle livrée par le gouvernement français. Sans surprise, les échanges de courriers indiquent que Nicolas Sarkozy voulait aller en Libye« pour des raisons militaires et économiques », y voyant notamment « une opportunité pour la France de se réaffirmer en tant que puissance militaire ». C’est, il est vrai, un secret de polichinelle. Néanmoins, il est piquant de noter qu’à l’époque des premières frappes aériennes, le président justifiait publiquement l’intervention militaire française « au nom de la conscience universelle qui ne peut tolérer de tels crimes. Nous le faisons pour protéger la population civile de la folie meurtrière ».

On découvre par ailleurs que, lors de plusieurs rencontres discrètes avec le Conseil national de transition (le CNT, cette organisation chargée de coordonner les combats contre le régime de Kadhafi et de préparer « l’après »), des officiers de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) ont activement fait valoir les intérêts français. Très proches des rebelles, ils « attendaient du nouveau gouvernement libyen de favoriser les entreprises françaises et les intérêts nationaux, en particulier dans le domaine pétrolier. »

BHL, le « VRP de Sarkozy » ?

Au fur et à mesure de la dizaine d’emails détonants décortiqués par le site Internet, on apprend que Nicolas Sarkozy, craignant que les islamistes acquièrent trop d’influence, a « mandaté » Bernard-Henri Lévy pour épier sur le terrain. « Il a demandé au sociologue (sic) Bernard-Henri Lévy, qui a de vieux liens avec Israël, la Syrie et d’autres pays du Moyen-Orient, d’utiliser ses contacts pour déterminer le niveau d’influence d’AQMI et des autres groupes terroristes au sein du CNT », explique Bumenthal. L’essayiste français est même décrit dans Mediapart comme le « VRP de Sarkozy » : « Des sources ayant un excellent accès à la DGSE indiquent que Lévy (…) travaille directement sous les ordres de Sarkozy », commente Bumenthal.

Jusque-là, BHL a toujours fait valoir une autre version, expliquant être allé sur place de son propre chef. A plusieurs reprises, il a d’ailleurs raconté dans les médias les conditions de son premier appel au président de la République pour le convaincre de recevoir à l’Elysée les membres du CNT, ces « Massoud libyens » comme il les appelle alors… « Les hasards de la vie font que, sans avoir le téléphone portable du président ni de Madame Bruni, expliquera-t-il notamment sur le plateau d’On n’est pas couché, j’avais le standard de l’Elysée dans mon téléphone… »

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