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La troublante tournée africaine de Hollande... (Le Parisien)

par Éric Hacquemand 2 Juillet 2015, 19:02 France Françafrique François Hollande Cameroun Bongo Biya Dictatures néocolonialisme

La troublante tournée africaine de Hollande…
Par Éric Hacquemand 
Le Parisien
En plaisantant avec le président du Gabon, Ali Bongo, le 15 juin au Bourget (ci-dessus), en rendant une visite officielle après-demain au Camerounais Paul Biya (en bas à gauche) et à l’Angolais José Eduardo dos Santos (en bas à droite) demain, François Hollande compose avec les autocrates africains, contrairement à ses intentions affichées lors de la campagne de 2012, (Sipa/Romuald Meigneux ; AP/François Mori ; Remy de la Mauviniere.)

En plaisantant avec le président du Gabon, Ali Bongo, le 15 juin au Bourget (ci-dessus), en rendant une visite officielle après-demain au Camerounais Paul Biya (en bas à gauche) et à l’Angolais José Eduardo dos Santos (en bas à droite) demain, François Hollande compose avec les autocrates africains, contrairement à ses intentions affichées lors de la campagne de 2012, (Sipa/Romuald Meigneux ; AP/François Mori ; Remy de la Mauviniere.)

François Hollande part trois jours au Bénin, en Angola et au Cameroun, n’hésitant pas à serrer la main d’autocrates au nom de la lutte contre le terrorisme et la défense de nos intérêts économiques.

« Comme prévu, ils vont te faire un prix ! » Capté par les caméras de télévision, le trait d’humour lancé par François Hollande au président du Gabon, Ali Bongo, devant une démonstration de Rafale le 15 juin lors du Salon aéronautique du Bourget, en dit long. Confronté à la menace terroriste, le chef de l’Etat, attendu ce soir au Bénin, première étape d’une mini-tournée sur le continent noir, est désormais contraint de composer avec certains autocrates africains.

Demain, le chef de l’Etat est ainsi attendu en grande pompe en Angola par le président José Eduardo dos Santos, au pouvoir depuis… 1979. Et, le lendemain, direction Yaoundé, où le président du Cameroun, Paul Biya, règne depuis bientôt trente-trois ans.

« Ces poignées de main sont une erreur et même une faute, car la démocratie et l’alternance, c’est aussi pour les Africains », dénonce l’ex-secrétaire d’Etat franco-togolais Kofi Yamgnane, qui n’a pas oublié les proclamations du candidat Hollande lors de la campagne présidentielle de 2012, notamment celle du 22 janvier. « Présider la République, c’est ne pas inviter les dictateurs en grand appareil à Paris », avait alors lancé le candidat PS au meeting du Bourget. Ce qui n’empêchera pas le Congolais Denis Sassou Nguesso (au pouvoir depuis 1997) de faire coup double le 7 juillet à Paris, où il sera reçu par François Hollande mais aussi par le Premier ministre, Manuel Valls… Comme si les bonnes intentions du début du quinquennat avaient désormais du plomb dans l’aile.

« A la suite de son élection, François Hollande et son équipe ont tenté de mettre en place une nouvelle relation avec les décideurs africains », reconnaissent Aline Leboeuf et Hélène Quénot Suarez, chercheuses à l’Institut français des relations internationales (Ifri). Et ce, d’autant plus facilement que le nouveau président ne les connaît pas. L’Afrique de Hollande ? Un stage ENA à l’ambassade de France à Alger et, moins connu, quelques jours en 1979 dans la Somalie prosoviétique de Siyaad Barre avec les copains de l’époque, Jean-Pierre Jouyet ou Jean-Maurice Rippert, après avoir été refoulés d’Ethiopie. Comme Nicolas Sarkozy au début de son mandat, le nouveau chef de l’Etat fait alors le tri, valorisant les dirigeants africains « bien élus », mais tentant de marginaliser les caciques. Alors qu’il voulait briguer un cinquième mandat, le président du Burkina Faso, Blaise Compaoré, est ainsi lâché en 2013.

Mais voilà, comme Nicolas Sarkozy en son temps, Hollande s’est mué en « chef de guerre », l’obligeant à réviser son logiciel africain. L’opération Serval contre les jihadistes au Nord-Mali en décembre 2013 ? Impossible sans le concours de l’armée du Tchadien Idriss Déby, installé par les Français il y a… vingt-cinq ans. La libération de la famille Moulin-Fournier retenue en otage pendant deux mois en avril 2013 par Boko Haram ? « Sans le concours de Paul Biya, cela n’aurait sans doute pas été possible », reconnaît un diplomate de haut rang. Sans compter que les militaires français ont besoin du Cameroun pour l’opération Sangaris en République centrafricaine. Le sous-sol riche d’hydrocarbures de l’Angola ? « Ce pays a un petit côté Qatar africain, difficile de passer à côté », poursuit le même diplomate. Surtout à un moment où la diplomatie économique fait figure de priorité pour François Hollande, désormais converti à un principe : la realpolitik.

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