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"La Turquie a des intérêts communs avec les djihadistes" (Marianne.net)

par Marianne.net 11 Juillet 2015, 04:21 Syrie Turquie EI Djihadiste Terrorisme Collaboration Kurdes

La police turque a arrêté sur son territoire, ce vendredi, 21 membres présumés de l'Etat islamique. Cependant, jusqu'à présent, la Turquie a plutôt eu une position "non-interventionniste" dans le dossier syrien. Jean Marcou, co-éditeur du site de l’Observatoire de la vie politique turque et enseignant-chercheur à Science Po Grenoble, essaye de décrypter pour "Marianne" cette attitude.

Marianne : Jusqu'à présent, Ankara a opté pour la passivité dans le dossier syrien. Une telle attitude ne sert-elle pas de facto les intérêts de Daech ?
Jean Marcou
: La cible prioritaire de la Turquie reste le régime de Bachar Al-Assad, et de ce fait, on peut parler d’intérêts communs avec les djihadistes. La Turquie n'en a pas moins des relations conflictuelles avec Daech. Pendant l'été 2014, plus d'une quarantaine de personnes (des diplomates turcs et leurs familles) ont été enlevées par l'EI au consulat général de Mossoul. La Turquie n'a probablement pas songé assez vite à évacuer son consulat, alors que les Kurdes irakiens lui avaient proposé une assistance pour le faire. Elle a refusé, ce qui signifie sans doute qu'elle pensait que Daech n’oserait pas s'en prendre à ses ressortissants. Les services turcs ont dû par la suite négocier la libération de ces otages pendant deux mois. Le fait que la Turquie ait pu discuter avec Daech et obtenir gain de cause, même si elle a dû consentir à libérer plusieurs dizaines de djihadistes, est révélateur. Plus récemment, il y a eu l’épisode de la tombe de Suleiman Chah, une enclave turque en territoire syrien, que l'armée turque a dû évacuer en février dernier alors qu'elle était encerclée par Daech depuis un an.

Les députés kurdes accusent, de leur côté, Ankara de favoriser les djihadistes contre les Kurdes. Qu'en est-il vraiment ?
La Turquie craint la création d’une entité indépendante kurde dans le nord de la Syrie alors même que, de fait, celle-ci existe déjà. Nous assistons en fait à un coup de billard à plusieurs bandes. Car Ankara est parfois capable d’établir une relation avec les Kurdes de l’extérieur. Dans le cadre de sa stratégie régionale que l’on résume souvent par la formule « zéro problème avec nos voisins », elle s’est ainsi alliée avec le gouvernement kurde d’Irak du nord — même si cette relation a été un peu entamée du fait de la passivité turque pendant l’offensive de Daech l’année dernière. Cependant, les Kurdes irakiens ne sont pas les Kurdes syriens, et le gouvernement turc reproche à la branche militaire de ces derniers (YPG) d'être liée au PKK, le mouvement rebelle qui entretient une guérilla dans le sud-est de la Turquie depuis 1984. Lorsque les Occidentaux ont envisagé d'aider les YPG face à l'offensive Daech, on a vu la Turquie brandir le risque que ce soutien profite aussi au PKK. Ce qui inquiète la Turquie, ce sont non seulement les victoires des Kurdes syriens mais également le prestige qu’ils en retirent sur la scène internationale. Désormais, ils apparaissent sur le terrain comme le principal, voire le seul adversaire solide de Daech.

Le gouvernement turc a-t-il envisagé de mener une opération militaire en Syrie afin de contenir la progression de l’État islamique et des Kurdes ?
Le gouvernement en parle pour essayer de montrer qu'il fait quelque chose. La Turquie peine à trouver clairement une position car elle est prise en étau, coincée entre sa rhétorique de puissance régionale interventionniste, les réactions que provoquerait cette intervention et entre, aussi, sa tradition diplomatique consistant à ne pas s'impliquer dans les conflits de ses voisins. Les Turcs considèrent par ailleurs que le gouvernement de l'AKP s'est trop impliqué dans des problèmes de voisinage et qu'il en paye l'addition aujourd'hui. Pour une intervention en Syrie il faut que l'AKP obtienne l'aval du Parlement, ce qui risque de provoquer des débats très difficiles. Tant les Kurdes que les kémalistes et un peu, paradoxalement, le parti d'extrême droite nationaliste, sont hostiles à un engagement militaire. Les sondages ont bien montré également, depuis le début, que l'opinion publique n'est pas favorable à une implication en Syrie...

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