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Exclusif : Comment la France a empêché la reconquête armée de Kidal par les forces maliennes (Procès-Verbal)

par Tiékorobani 26 Août 2015, 01:36 Mali France Françafrique Colonialisme Armée française Occupation militaire Kidal Articles de Sam La Touch

Les casques bleus de la Minusma ont unilatéralement établi, le mardi 18 août 2015, une zone de sécurité autour de la ville de Kidal. En s’interposant, de sa propre initiative, entre les combattants de la CMA (rébellion) et du GATIA (pro-gouvernement), la MINUSMA, d’ordinaire lente à réagir, a suscité l’indignation du gouvernement malien qui, par la voix de son porte-parole, Choguel Maiga, a demandé pourquoi la force onusienne ne se manifestait pas sur d’autres théâtres de violences.

Plans maliens

En fait, il ressort de nos investigations que le gouvernement malien, sans le crier sur les toits, avait décidé la reconquête armée de Kidal. Comme il ne pouvait le faire ouvertement (accords de paix oblige), il en a chargé le GATIA, un conglomérat de miliciens pro-gouvernemental et dirigé par le général touareg loyaliste Aladji Gamou. Il fallait, pour lancer les hostilités, trouver un bon prétexte. Ainsi, des éléments armés du GATIA se rendent à Kidal pour, à leurs dires, “visiter des parents”. Bunkerisée dans la ville depuis mai 2014, date de la dernière bataille rangée contre l’armée malienne, la CMA voit dans cette “visite familiale” une provocation. Elle réagit par des coups de feu. Ce qu’elle ignore, c’est que tout près de là, le GATIA avait massé des forces puissantes qui, comme prévu, foncent sur Kidal. Selon des sources bien informées, “tout prêtait à croire que la CMA aurait été vite écrasée et la ville de Kidal récupérée par le GATIA”.

Visées françaises

Problème : si Kidal retombe dans les mains du Mali, il en coûtera beaucoup à la France. Pour de nombreuses raisons. D’abord, l’ancienne puissance coloniale veut provoquer l’autonomie de cette région pour payer sa dette morale envers les rebelles de la CMA auxquels elle fait, depuis longtemps, miroiter l’indépendance. Ensuite, la France projette secrètement de faire main basse sur les ressources minérales de la région en n’ayant pour seuls interlocuteurs que les rebelles, moins structurés et moins gourmands que l’Etat du Mali. En outre, la région de Kidal occupe, depuis 2013, une place de choix dans le dispositif français de contrôle militaire du Sahel et de lutte contre le terrorisme. Enfin, la France, comme nous l’avons souvent rappelé dans ces colonnes, entend respecter son pacte avec l’Algérie: faire de Kidal un déversoir et un espace de trafic des terroristes et narco–jihadistes en provenance de l’Algérie afin que ce pays ne retombe pas dans la guerre civile.

C’est pour toutes ces raisons géo-stratégiques aussi impérieuses les unes que les autres que la France décide illico presto de bloquer par la force l’avancée du GATIA. L’ordre et les moyens sont immédiatement donnés à la MINUSMA pour se déployer autour de Kidal pour créer une force-tampon de 20 km entre la CMA, menacée de défaite, et le GATIA, dont les troupes avancent à tombeau ouvert. “Nous avons été sommés d’arrêter notre offensive, sous peine d’être bombardés par les casques bleus”, nous raconte un haut responsable du GATIA.

La morale de l’histoire coule de source: le Mali est bel et bien recolonisé, ne serait-ce qu’en partie. Aucune solution ne sera trouvée à la crise du nord sans l’abandon total ou partiel de la souveraineté malienne sur le nord. Ainsi le veut la France !

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