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La pseudo-gauche couvre la trahison de Syriza (WSWS)

par Alex Lantier 2 Août 2015, 09:42 Grece UE Dette Syriza Pseudo-gauche

Le vote parlementaire avec lequel le premier ministre grec Alexis Tsipras a fait passer en force mercredi plus de 900 pages de mesures d'austérité de l'Union européenne (UE) dictées par Berlin a parachevé la terrible trahison du peuple grec par Syriza (‘Coalition de la gauche radicale’).

Syriza a adopté l'austérité pratiquement du jour au lendemain comme si c'était la politique la plus naturelle du monde, répudiant et sa promesse de mettre fin au Mémorandum de l'UE et le vote contre l'austérité au référendum du 5 juillet. Ses mesures d'austérité et ses privatisations à hauteur de dizaines de milliards d'euros dévasteront la Grèce. Les conséquences seront catastrophiques pour des millions de travailleurs déjà confrontés à la faim, au chômage et au manque de soins.

Tsipras, qui pendant les élections de janvier s'était présenté comme un politicien très à gauche, s'est avéré être un banal et réactionnaire libéral. Les médias le comparent déjà à François Mitterrand, le chef du Parti socialiste élu président de la France sur un programme national de réformes en 1981 et qui, moins de deux ans après, avait renié son programme et lancé son « tournant de la rigueur » pour attaquer la classe ouvrière. Un parallèle plus adéquat, pour ce qui est de l'impact brutal de la politique de Tsipras, serait cet autre politicien français, Pierre Laval, qui s’était prétendu socialiste avant de devenir le bras droit du maréchal Pétain sous l'Occupation.

Pour contenir l’énorme colère des travailleurs et des jeunes en Grèce, une partie de Syriza se présente comme des dissidents de gauche afin de concocter des excuses, se regrouper politiquement et éviter qu’aucune leçon ne soit tirée de leur trahison. Une des déclarations de ces fripouilles est le « Communiqué de la Jeunesse de Syriza sur l'accord-mémorandum et l'avenir de Syriza ». Elle a été publiée sur International Viewpoint , un journal pseudo de gauche qui tente à tout prix d'empêcher que la révélation de la nature de Syriza ne nuise aux groupes similaires dont ils font la promotion internationalement, comme Podemos en Espagne et le NPA en France.

La Jeunesse de Syriza (JS) commence par faire porter la responsabilité de la politique de Tsipras à un prétendu coup d'Etat de l'UE. L'accord UE-Syriza du 13 juillet, écrit-elle, « est sans aucun doute une énorme défaite des forces de la Gauche radicale en Grèce. Le coup d'Etat sans précédent mené par les créanciers n'était que le dernier épisode d'une série d'actes de chantage pur et simple qui ont conduit le gouvernement dans une impasse politique suffocante ».

Il n'y a pas eu de « coup d'Etat » contre Syriza en Grèce. Tsipras est resté au pouvoir tout le temps et a supervisé, en consultation avec l'Union européenne, la planification, la négociation et l'adoption de mesures d'austérité draconiennes. L'UE a insisté, comme il fallait s’y attendre, sur l'austérité – c’est pour s’y opposer que Syriza avait été élu. Syriza a capitulé plusieurs fois: il a accepté de prolonger le Mémorandum d'austérité de l'UE en février, puis il a imposé de nouvelles mesures d'austérité en juillet.

Comme toujours dans les déclarations de la pseudo-gauche, la JS essaie de se cacher derrière un jargon abstrus conçu pour donner à sa politique réactionnaire des airs de profondeur. Elle proclame, « Il serait pourtant plutôt elliptique d'interpréter le résultat des négociations comme uniquement déterminé par les choix des créanciers. Nous sommes obligés d'évaluer négativement la sous-estimation du rapport des forces au sein de la zone euro, la conviction inébranlable que des arguments rationnels pourraient persuader les 'institutions' d'être en faveur d'un accord 'mutuellement bénéfique', mais aussi que la menace d'un Grexit [sortie de la Grèce de l'euro] pourrait jouer un rôle de catalyseur pour que notre proposition l'emporte. Tous ces points ont contribué de manière décisive à l'absence d'un plan alternatif de rupture... Tout cela a été un facteur décisif qui a fait que nous ayons été politiquement kidnappés ».

En clair, la JS affirme que la politique du gouvernement Tsipras est le résultat de notions erronées et d’espoirs mal placés qui se sont avérés sans fondement. En fait, la politique de Syriza était le produit de tromperies délibérées ayant leurs racines dans la nature de l'organisation. Syriza est arrivé au pouvoir parfaitement disposé à mettre en œuvre des mesures anti-ouvrières et à défendre le capitalisme en Grèce et en Europe. Le rôle des forces comme JS et la Plateforme de gauche a été de couvrir ces projets et d’occulter le caractère de classe de Syriza.

Dans la déclaration la plus révélatrice peut-être, la JS écrit qu’« une longue indulgence de Syriza pour l'aspect technique des négociations, l'attente d'un ‘compromis honorable’ considéré comme certain, n’ont laissé aucun espace pour l'enthousiasme et le dynamisme que la participation de la société aurait créé contre la domination des technocrates... »

Qu'est-ce que cela signifie? Tsipras et Syriza ont éternisé leurs discussions, ont joué la montre et ont fait tout ce qu'ils pouvaient pour désorienter l'opposition populaire.

Après la retentissante victoire du « non », personne ne peut prétendre que la classe ouvrière et les couches les plus pauvres en Grèce ne voulaient pas lutter. Ce vote du « non » a provoqué un large soutien et l'enthousiasme dans la classe ouvrière à travers l'Europe. L’obstacle principal était le fait que Syriza était fermement opposé à la mobilisation de la classe ouvrière en lutte contre l'UE et l'austérité.

Reflétant les intérêts de secteurs de la bourgeoisie grecque et ceux de la classe moyenne aisée, Syriza cherchait désespérément à éviter une rupture avec l'UE et de garder l’euro comme monnaie. Il était prêt à accepter un accord avec l'UE presque sans conditions afin de l’imposer à la classe ouvrière.

La JS ne dit rien sur pourquoi Syriza a laissé l’UE et les technocrates grecs imposer tranquillement leurs attaques aux travailleurs. Il attaque le groupe parlementaire « incompétent » de Syriza, ainsi que la « sous-alimentation politique des instances dirigeantes du parti », et même « l'insuffisance du mécanisme du parti (et de l'organisation de la jeunesse) ». Néanmoins, il ne veut rien changer de fondamental dans la ligne politique de Syriza.

Syriza est fondé sur un modèle politique commun à d'innombrables organisations petite-bourgeoises et de la pseudo-gauche, la création d'un parti autour d'une personnalité médiatique, inévitablement une fripouille de droite. « Sexy Alexi » joue au sein de Syriza le rôle de Pablo Iglesias au parti Podemos en Espagne, d'Olivier Besancenot au Nouveau Parti Anti-capitaliste en France, ou de Beppe Grillo du Mouvement Cinq Etoiles en Italie. Ce sont des organisations dont la politique peut être manipulée et retournée par le capital financier chaque fois que cela est nécessaire.

La JS exige la tenue immédiate de réunions d'urgence internes de Syriza pour discuter de comment préserver la « victoire historique » représentée par son arrivée au pouvoir et des conséquences de son imposition du nouveau mémorandum d'austérité de l'UE.

En tenant de telles réunions, écrivent-t-ils, Syriza « doit protéger tous ses membres contre des attaques personnelles, qui dans leur méthode sont étrangères aux principes et aux valeurs de la gauche. Il est inconcevable, dans ce contexte, d’écarter l'importance majeure du résultat du référendum. Dans ce cas, le gouvernement a réussi à faire du peuple un protagoniste, en choisissant de lui donner la parole, contre l'extrême chantage, l'asphyxie financière, les banques fermées, la frénésie des médias ... [I]l porte en lui une dynamique victorieuse ».

L'arrivée au pouvoir de Syriza n'a pas été une victoire historique, mais une fraude historique et la JS sert simplement de couverture à cette fraude. Tout en insistant sur le fait qu'il ne devrait y avoir aucune critique du rôle de Syriza, elle présente le référendum de Tsipras – qui a aussitôt imposé l’austérité de masse au peuple grec – comme une victoire de plus.

Ces arguments sont typiques de la pseudo-gauche, ils veulent coûte que coûte bloquer l'émergence d'un mouvement politique indépendant de la classe ouvrière, maintenir leur influence autant que possible sur les masses, et faire élire des gouvernements semblables en Espagne, en France et ailleurs. Leur trahison du peuple grec est un avertissement à la classe ouvrière internationale de ce que la politique de Podemos en Espagne, du Front de gauche en France, ou de nombreux groupes pseudo de gauche similaires feraient s’ils arrivaient au pouvoir.

On ne peut surmonter l’impact de la trahison en Grèce qu'à travers une critique implacable du rôle politique et de classe joué par les formations de la pseudo-gauche en tant qu’agences petite-bourgeoises et antimarxistes du capital financier.

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