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Les Russes n’aiment pas les faux-culs (Russia Insider)

par Alexander Mercouris 9 Août 2015, 21:12 Russie Grece Economie Prêt Tsipras Poutine

Les Russes n’aiment pas les faux-culs (Russia Insider)
Les Russes n’aiment pas les faux-culs
Par Alexander Mercouris
Russia insider
Traduit par Diane pour The Saker 

L’histoire que racontent les médias grecs, que la Russie a rejeté une demande de la Grèce portant sur 10 milliards de dollars, semble être une tentative de détourner les reproches dirigés vers Tsipras. Mais le vrai résultat est que cela va rendre furieux Poutine et le gouvernement russe.

Le gouvernement russe a officiellement démenti des articles parus dans le journal grec To Vimaselon lesquels, dans les heures qui ont suivi le référendum, Poutine a refusé un appel de Tsipras qui lui demandait 10 milliards de dollars pour soutenir une nouvelle drachme.

L’article, en fait, n’a aucun sens. Poutine n’aurait pas été en position d’accéder à une telle demande si jamais elle avait été formulée.

La Russie ne pourrait procurer 10 milliards de dollars à la Grèce dans un délai aussi court qu’en puisant dans son Fonds national de prévoyance. C’est interdit par les règles du Fonds qui empêchent celui-ci d’investir dans autre chose que des titres notés AAA. La note de la Grèce a le statut junk [à haut risque], donc un prêt à la Grèce aurait violé les règles du fonds.

Poutine a donné une fois l’ordre au fonds de prêter de l’argent à un emprunteur dont la cote de crédit ne remplissait pas les conditions pour un prêt. C’était en décembre 2013, lorsqu’il a accepté de prêter à l’Ukraine en utilisant de l’argent tiré du fonds.

Depuis lors, les Russes ont regretté cette décision. Inutile de dire que les Ukrainiens ont soutenu que puisque le prêt avait été accordé en violation des règles du fonds, cela en fait une dette privée – plutôt qu’une dette publique – ce qui les autorise à ne pas la payer.

Les Russes ne sont pas prêts à être mis de nouveau dans cette position et ils ont exclu à plusieurs reprises et publiquement un tel prêt à la Grèce. Il est inconcevable que Tsipras n’ait pas été conscient de cela lorsqu’il a parlé à Poutine puisque les Russes se sont exprimés plusieurs fois à ce propos.

La seule autre source de financement possible aurait pu être un pré-paiement de Gazprom comme partie d’un accord sur un gazoduc. Les Russes ont offert un tel pré-paiement en avril, lorsque Tsipras et le gouvernement grec l’ont rejeté – un fait que To Vima admet.

L’accord sur le gazoduc finalement signé en juin ne comprenait pas de pré-paiement et il est difficilement croyable que dans les heures suivant immédiatement le référendum, Tsipras ait pu croire que l’accord dans sa totalité ait pu être renégocié dans un délai très court pour accorder un tel pré-paiement.

Si Tsipras avait fait une telle demande à Poutine dans les heures suivant le référendum – ou même dans les semaines qui l’ont précédé – alors il aurait seulement renforcé l’impression des Russes qu’ils négociaient avec un amateur incapable de prendre une décision et à qui on ne peut pas faire confiance.

Il est beaucoup plus probable – et beaucoup plus cohérent avec les faits connus – que la demande pour les 10 milliards de dollars n’a jamais été formulée.

Tout au long de leurs discussions avec Tsipras, les Russes ont affirmé à plusieurs reprises qu’il ne leur avait pas demandé d’aide financière pour la Grèce, mais qu’ils considéreraient une telle demande si jamais il la faisait.

Il est possible que les Russes aient dit cela pour aider Tsipras à sauver la face, mais il est plus probable qu’ils disent la vérité.

Varoufakis, qui serait en mesure de savoir, n’a jamais mentionné une telle requête dans les récits détaillés qu’il a donnés sur les diverses négociations, et il est difficile de voir pourquoi il ne l’aurait pas fait si une telle demande avait effectivement eu lieu.

Pourquoi, si elle est fausse, cette histoire sort-elle maintenant ?

La réponse courte est que c’est à cause de la crise politique en Grèce. Alors que la crise s’approfondit, il devient urgemment nécessaire pour Tsipras et ses partisans de proclamer qu’il n’y avait pas d’alternative et de rejeter le blâme sur quelqu’un d’autre.

Cela semble être le motif derrière cette histoire, où Poutine, avec Téhéran et Beijing – qui auraient aussi rejeté les demandes d’aide de Tsipras – sont classés comme les gens qui ont laissé tomber la Grèce au moment où elle avait besoin d’aide, laissant Tsipras sans autre choix que de se soumettre aux injonctions de l’UE.

Malheureusement, cet incident pourrait avoir de graves répercussions.

J’ai déjà écrit au sujet de l’approche manipulatrice de Tsipras, qui aura offensé et rendu furieux les Russes.

Ce dernier incident est en train d’aggraver significativement les choses.

Poutine a fait savoir à plusieurs reprises que rien ne le met plus en rage que de voir ses conversations confidentielles avec des dirigeants étrangers utilisées à mauvais escient pour colporter des versions déformées ou inventées de choses qu’il a dites en privé.

Il s’est plaint publiquement de la manière dont Anders Fogh Rasmussen l’avait fait lorsqu’il était premier Ministre du Danemark.

Lorsque Jose Manuel Barroso, le président de la Commission européenne, a fait la même chose pendant la période la plus intense du conflit en Ukraine l’an dernier, Poutine a menacé de publier l’enregistrement sténographique de toute la conversation, forçant Barroso à un démenti public.

Si Poutine pense que Tsipras a fait la même chose, alors il aura irrémédiablement détruit la confiance que Poutine pouvait avoir en lui.

Poutine sera de toute façon plus prudent à partir de maintenant à propos de ce qu’il dit à tous les visiteurs qui viennent de Grèce pour le voir.

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