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Canada - Campagne fédérale 2015: l'Afrique, un enjeu occulté ? (Cameroon Voice)

par El hadji Coly 27 Septembre 2015, 05:52 Canada Afrique Campagne electorale 2015

Canada - Campagne fédérale 2015: l'Afrique, un enjeu occulté ? (Cameroon Voice)

L'Afrique ne semble plus faire partie des petits papiers du Canada, cela se traduit non seulement sur le terrain avec la fermeture des bureaux et des ambassades mais également dans la campagne électorale. Cette préoccupation n'a jamais tenu le haut du pavé dans les débats des politiciens, loin de là.

Afin de remettre au goût du jour un enjeu jusqu'à présent négligé, Amina Gerba, présidente d'Afrique Expansion, a réuni au Centre Sheraton ce mardi, les représentants des partis politiques canadiens.

Le hic? Seules Mélanie Joly, candidate libérale dans la circonscription d'Ahuntsic-Catierville et Hélène Laverdière, candidate NPD dans Laurier-Sainte Marie ont répondu à l'appel. Le parti Conservateur et le Bloc Québécois sont aux abonnés absents.

Un silence révélateur

Une absence qui révèle un certain désengagement voire un désintérêt politique qui se poursuit depuis quelques années.

''Avant le Brésil avait le même nombre d'ambassade que le Canada et maintenant, il en a deux fois plus, parce que le Canada a fermé des ambassades, des bureaux et des antennes. En Afrique du Sud, alors que le Canada avait été un joueur de premier plan dans la lutte contre l'apartheid. Il n'y a pas eu de visite depuis 15 ans maintenant. On sabré au niveau de l'aide international, l'Afrique en a écopé particulièrement", déplore Hélène Laverdière, ancienne diplomate à Dakar.

Même son de cloche du côté libéral qui souligne la place laissée vacante.

"Il y a d'autres pays qui ont vu cette opportunité là... Notamment la Chine. Quand on regarde les investissements de la Chine en Afrique en 2002, ils étaient de 25 milliards et ils sont maintenant de 175 milliards de dollars. D'autres pays ont vu de l'intérêt face à l'Afrique, le Brésil, l'Inde et la Corée. L'Afrique pourrait devenir un moteur de croissance à partir du moment où le Canada décide de s'y réinvestir", explique-t-elle avec aplomb.

Canada - Campagne fédérale 2015: l'Afrique, un enjeu occulté ? (Cameroon Voice)

L'Afrique, un nouvel eldorado économique ?

Face à la morosité ambiante, l'Afrique présente en effet de séduisante caractéristiques économiques: un taux de croissance moyen de 5.5% depuis 2000, une population jeune (41% de la population africaine a moins de 15 ans), une forte croissance démographique si bien qu'un terrien sur trois sera africain en 2100.

Canada - Campagne fédérale 2015: l'Afrique, un enjeu occulté ? (Cameroon Voice)

La richesse par habitant a crû de 3,5 % par an depuis une décennie. Huit "lions" africains affichent un revenu par habitant de 10 000 dollars (7 832 euros), supérieur à celui des BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine).

Pourtant l'indifférence persiste, Mélanie Joly avance une explication.

"La politique internationale du Canada a été longtemps fondée sur des valeurs de tolérance, de paix, de liberté et d'ouverture. Ce que Monsieur Harper a fait durant les 9 dernières années, il s'est acharné à démontrer que le Canada est un pays interventionniste d'un point de vue militaire, craintif dans l'immigration et somme toute conservateur dans ses valeurs. Il a détruit 50 ans de legs du Canada dans le monde en tant que négociateur et défenseur de la paix."

Immigration: Quand le Canada serre la vis

Le Canada qui était jadis une terre promise devient de plus en plus un mirage que ce soit pour les travailleurs, les étudiants, les investisseurs ou encore les festivaliers africains. L'obtention d'un visa relève du parcours du combattant. Le gouvernement brandirait le motif de la sécurité pour les refuser. D'autant plus que les demandes pour l'Afrique Subsaharienne et l'Afrique de l'ouest ont toutes été centralisées à Dakar.

"A chaque fois lors des conférences, il y a cette phrase "Je veux saluer les 20% d'africains qui ne sont pas là à cause des visas". Il semblerait plus facile d'avoir un visa américain qu'un visa canadien de 6 jours", fait remarquer le journaliste, Jean Louis Roy qui arbitre le débat.

"Je l'ai eu a vivre moi même lorsque j'étais au Sénégal. C'est le système au complet qu'il faut revoir, au niveau de l'immigration. Il y a des changements important à faire au niveau des travailleurs étrangers" conclut la candidate du NPD.

La reconnaissance des diplômes demeure un problème récurent. Des personnes cultivées voient leur qualification non retenues au Canada et doivent repartir de zéro. Une épineuse question qui occupe les esprits depuis 15 ans.

"On en entend beaucoup parler, ce sont les provinces au Canada qui ont cette compétence là, ce qu'on peut faire c'est que le fédéral peut travailler avec les provinces et surtout avec les ordres professionnels qui ne reconnaissent pas les diplômes. On devrait développer de nouveaux parcours d'intégration. Valoriser l'immigration et valoriser la diversité", tonne la candidate libérale.

Le Match NPD-Parti Libéral

Ce premier débat inédit qui a opposé deux pointures du monde politique laisse quelque peu sur sa faim, dans la mesure où les candidates se sont contentées de dresser un constat de la situation et de pointer du doigt le mandat du gouvernement Harper sans pour autant proposer de mesures concrètes.

"On va devoir réinvestir dans notre personnel diplomatique. Pas possible de donner un chiffre, c'est une question de symbole" expliquait l'ancienne avocate sur le nombre de d'ambassade à rouvrir à l'étranger.

Toutefois, la seule annonce est venue de l'ex-candidate à la mairie de Montréal, qui propose d'accueillir 25.000 réfugiés syriens d'ici janvier 2016 et d'investir 100M$ de plus pour accélérer les demandes d'asiles et de parrainage. Une somme équivalente sera adressée au Haut Commissariat des Nations Unies (HCR) pour les réfugiés afin de soutenir les populations en Syrie et dans les régions voisines.

Olivier Arvisais, chargé de cours à l'UQAM et spécialiste des problématiques relatives aux réfugiés avance qu'il serait difficile pour les libéraux de tenir cet engagement étant donnée qu'il n'y plus d'agents d'Immigration Canada sur le terrain qui travaillent de concert avec le HCR.

Après quelques échanges de courtoisie, les candidates se sont écharpées sur d'autres questions.

"Il ne faut pas négliger la coopération au développement car la croissance économique ne mène pas au développement. La bonne gouvernance, l'éducation et le renforcement des institutions sont des points essentiels. Sans vouloir faire trop de politique, les budgets pour la coopération et le développement ont été sabrés sous les conservateurs et sous les libéraux", accuse Hélène Laverdière.

" J'ai bien hâte de voir le cadre financier du Nouveau Parti Démocratique... On parle d'investissement mais aussi de rééquilibre budgétaire, nécessairement il faut avoir une cohérence dans le discours", réplique la candidate libérale.

Même échange d'amabilité sur la question de la reconnaissance des diplômes.

"Peut être, il faudrait essayer un nouveau gouvernement, un parti qui a travaillé très fort et qui s'appelle le NPD", glisse Hélène Laverdière à la fin de l'exposé de son interlocutrice.

"Il faut une nouvelle génération de politiciens" assène Mélanie Joly.

Dans cette opération séduction, Madame Joly s'est détachée grâce à sa communication bien ficelée. Aussitôt arrivée, elle a salué tout le monde dans la salle personnellement, distribué ses tracts, et semblait plus à l'aise sur le dossier africain. Sans véhémence, elle a contenu chacune des attaques de son opposante.

Madame Laverdière qui avait pourtant officié au Sénégal est apparu plus hésitante dans son argumentation mais elle a été la seule à évoquer du bout des lèvres des sanctions pour "nos entreprises ne respectent pas des lois fondamentales".

Espérons que ces intentions ne reste pas lettre morte.

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