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Les banques centrales soutiennent les bulles financières mondiales (WSWS)

par Andre Damon 1 Septembre 2015, 10:25 Banques centrales Bulle financiere Speculation Crise Economie

La semaine dernière, les marchés boursiers mondiaux ont connu la plus grande chute depuis la crise de 2008. Lors de l’ouverture des marchés américains lundi, l’indice Dow Jones a reculé de plus de 1.000 points, sa plus forte baisse en un jour de toute son histire. À la fin de la semaine, cependant, les marchés américains et européens avaient entamé une controffensive et récupéré une grande partie de ce qu’ils avaient perdu.

Il n'était pas difficile d'expliquer la remontée des bourses. Le New York Times a commenté, « Une fois de plus, la Réserve fédérale a contribué à sauver la journée pour les investisseurs », qui ont été « inspirés par des paroles apaisantes d’un responsable influent de la Réserve fédérale ». C'est ainsi que le Times décrit la promesse de nouvelles perfusions de liquidités dans le système financier, ce qui alimente la hausse continuelle des cours des bourses.

Le Times évoquait les commentaires de William Dudley, le président de la Banque de réserve fédérale de New York qui est un allié clé de la présidente de la Réserve fédérale, Janet Yellen. Il a dit que la détérioration de l’économie américaine rend « moins convaincant » l'argument qu'il faudrait relever des taux d’intérêt.

Que la Fed relève ou non les taux d’intérêt d’une petite quantité lors de sa réunion le mois prochain, elle promet ainsi de faire tout son possible pour gonfler la bulle qui risque d'éclater sur Wall Street.

Le même jour, un membre du Conseil exécutif de la Banque centrale européenne, Peter Praet, a précisé que la BCE irait encore plus loin pour élargir son « assouplissement quantitatif », qui fait fonctionner la planche à billets. « Il devrait n’y avoir aucune ambiguïté sur la volonté et la capacité du Conseil d’administration à agir si nécessaire, » a-t-il déclaré.

Ces annonces se rajoutent aux initiatives prises par la banque centrale chinoise ce mardi de réduire son taux d’intérêt cible, et simultanément de réduire les exigences de réserves des banques, envoyant encore un autre flot d’argent dans l’économie au-dessus de 900 milliards de renminbis (140 milliards de dollars) qu’il est estimé d’avoir injectés en juin et juillet.

Ainsi, sur la base de quelques commentaires à demi-mot de responsables des banques centrales, on a du moins partiellement inversé la plus grande crise boursière depuis 2008.

Ceci souligne une réalité fondamentale du capitalisme contemporain. La montée des bourses depuis 2009, au courant de laquelle les trois grands indices boursiers américains ont triplé en valeur, est le produit non pas d’une véritable reprise économique, mais de perfusions continues de liquidités des banques centrales mondiales.

C'est le résultat d’une longue évolution. Au cours des décennies, la création de richesses pour l’élite financière s'est séparée de plus en plus de toute activité productive pour dépendre de plus en plus directement à la spéculation. Raymond Dalio, le chef de Bridgewater Associates, a dit : « L’argent qu'on fait en fabricant des trucs est dérisoire par rapport aux sommes qu'on réalise en manipulant l'argent ».

Dalio, dont la richesse a triplé depuis 2008, a insisté cette semaine pour que la Réserve fédérale réponde à la tourmente sur les bourses par un nouveau cycle d’assouplissement quantitatif.

En fait, l’économie mondiale dépend si étroitement de liquidités gratuites que l’ancien secrétaire au Trésor, Lawrence Summers, a dit qu'un niveau de « croissance satisfaisante, si cela peut être atteint, nécessite des taux d’intérêt très bas que nous avons seulement vus historiquement lors de crises économiques ». Il conclut que « les nouvelles conditions exigent de nouvelles politiques. »

Bien sûr, la richesse de l’élite financière ne vient pas de nulle part. L'inflation continuelle de bulles financières est fondée sur un transfert massif de richesses de la classe ouvrière vers les banques, les investisseurs et les super-riches. Le corollaire de la hausse des bourses est la poursuite continuelle de l'austérité, de coupes salariales, et d'attaques sur les soins médicaux et sur les retraites.

Ces processus sont les plus en évidence aux États-Unis. Après le krach de 2008, l’Administration Obama et la Réserve fédérale ont mis des milliers de milliards de dollars à la disposition des banques et des institutions financières. La part de la richesse nationale détenue par les 0,1 pour cent de la population les plus riches a augmenté de 17 pour cent en 2007 à 22 pour cent en 2012.

La même période a connu une baisse sans précédent des revenus des travailleurs. Selon une récente enquête de la Réserve fédérale, entre 2007 et 2013, le revenu d’un ménage américain typique a diminué de 12 pour cent. Le médian des ménages américains gagne maintenant 6.400 dollars de moins par année qu'en 2007.

Alors que les bulles financières menacent d'éclater, les inquiétudes montent que les politiques d'argent facile atteignent une certaine forme de dénouement, et que les capacités d'intervention des banques centrales se tarissent. L’assaut de l’élite dirigeante sur la classe ouvrière sera d’autant plus féroce, aux États-Unis et à travers le monde.

Comme l'écrivait le WSWS en 2009, « La caractéristique la plus essentielle d'une crise historiquement importante est qu'elle conduit à une situation où les forces majeures de classe au sein du pays touché (voire les pays touchés) sont obligés de formuler et d'adopter une position indépendante par rapport à la crise. »

La classe dirigeante a répondu à la crise par l’élargissement énorme de sa propre richesse sociale et ses privilèges au détriment de la grande majorité de la société. Cette poussée ne fera qu’intensifier dans les mois et années à venir. La classe ouvrière doit avancer son propre programme, basé sur une compréhension des forces qu’il confronte : une aristocratie financière impitoyable, les institutions politiques qui sont achetées et payées par les banques et les sociétés géantes, et un système social mondial, le capitalisme, qui a atteint une impasse historique.

(Article paru en anglais le 31 août 2015)

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