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Ménard : Après les fiches, l'affiche ! (Bakchich)

par Erwan Cézor 27 Septembre 2015, 10:39 Menard Beziers France Migrants FN AFP Medias

Ménard : Après les fiches, l'affiche!Par Erwan CézorBakchich

Encore sur le devant de la scène médiatique pour avoir insulté un enseignant qui refusait de lui serrer la main, Robert Ménard a fait montre d'une grande prouesse artistique en trafiquant une photo de l'AFP. L'existence médiatique est-elle l'obsession du maire de Béziers ? Fait-il le beau pour que Marine Le Pen ne l’oublie pas, au cas où, couronnée en 2017, elle chercherait un ministre de la propagande ? Qu'elle se rassure, en la matière, Ménard assure.

La photo s’est affichée à la Une des 40 000 exemplaires du numéro 15 du « journal municipal de Béziers ». Ce magazine, tout en couleurs, distribué gratuitement dans les boîtes aux lettres des Biterrois, a été lancé dans la foulée de l'avènement de Robert Ménard, en mars 2014, à la mairie de la cité audoise. Le cliché, pris en Macédoine au mois de juin dernier, par un journaliste polonais de l’AFP, Anatowski, montre des réfugiés amassés sur le quai d’une gare, devant un train. Sauf que l’ancien président de l’Organisation « Reporters sans frontières », directeur de publication et responsable éditorial du titre de Béziers, s’est permis d’ajouter sur la photo originale les mentions suivantes : « Béziers 3875 kms » et « Scolarité gratuite, allocations et logements pour tous ! ». Sans oublier le titre racoleur « Ils arrivent ! ». Ce montage est une première dans l’histoire de l’AFP selon le rédacteur en chef du service photos, Eric Baradat, lequel accuse aussi Ménard de ne pas avoir payé la photo. Mais l'édile récuse, affirmant s’être acquitté de la somme de 903 euros HT pour le cliché. Bref, avec ce photo-montage, le premier magistrat de Béziers veut laisser entendre aux esprits faibles, terreau électoral du Front National, faut-il croire, que l’immense majorité de ces hommes et femmes s’apprêtent à envahir, à piller, à ruiner leur ville ! P’tit problème éthique : pour assouvir sa soif de populisme, Robert Ménard s’est autorisé une entorse à la loi de la presse. La contrefaçon de clichés est interdite. Lui, l’ancien défenseur des libertés de la presse, lui qui reproche aux jeunes biterrois en scooter de ne pas respecter les lois, a largement glissé sur la réglementation. L’AFP a d’ailleurs assigné en justice la ville de Béziers et son maire pour contrefaçon. L’agence d’informations et son photographe réclament 30 000 euros de dommages-intérêts.

Besoin pathologique d’exister médiatiquement

Comme souvent, pour se défendre face à la polémique, Robert Ménard campe à merveille le rôle de la victime d’un grand complot organisé par, dixit, « une coalition médiatique de bobos de gauche, de parisiens jaloux, de partisans de la bien-pensance ». Un paradoxe pour quelqu’un qui se dit victime de censure car ses propos ont été repris partout, que ce soit en presse écrite, à la radio ou à la télé. A chacun de ces buzz orchestrés avec minutie, les médias accourent dans le sud de la France, friands ce ces polémiques stériles. Dans le langage médiatique, Robert Ménard est ce qu’on appelle un « bon client ». Ces dernières frasques sur les réfugiés (photo montage + visite devant les caméras) lui ont « offert » la possibilité de s’exprimer sur la plateau du Grand Journal le mardi 15 septembre 2015. Face à Maïtena Biraben, Robert a pu, comme au café du coin, diffuser ses idées.

Le maire de Béziers utilise aussi la défense des écoliers punis par la maîtresse : « Oui, mais si c’est lui qui fait le mal, on lui dit rien, alors que moi tt le monde me tombe dessus ! ».

« Petit tyran domestique »

Depuis qu’il est devenu le premier magistrat de la ville de Béziers, grâce au soutien appuyé du Front National, Robert Ménard, en habile connaisseur des pratiques médiatiques, multiplie les provocations, les polémiques pour toujours apparaître dans le radar médiatique. Couvre-feu pour les mineurs, crèche de Noël au cœur de la mairie, interdiction d’étendre le linge au balcon, interdiction des manifestations anti-corridas, fichage des écoliers musulmans, armement de sa police municipale… quelques exemples de décisions prises par le nouvel homme fort de Béziers qui ont enflammé les réseaux sociaux et repris par les médias qui, à chaque fois, tombent dans le panneau.

Déjà quand Robert Ménard était à la tête de « son » mouvement « Reporters Sans Frontières », qu’il a cofondé en 1985 du côté de Montpellier, le journaliste avait compris que pour exister dans cette société de l’image, il fallait monter des opérations spectaculaires, sur le modèle des activistes écologiques de Greenpeace par exemple. C’est lui qui, en 2008, à l’occasion du passage de la flamme olympique à Paris, s’était enfermé, à Paris, dans l’église Notre Dame avec un drapeau « Free Tibet » pour protester contre la tenue des Jeux Olympiques en Chine, pays accusé de martyriser ses journalistes. Mais au fil des années, les relations se tendent au sein de l’ONG. Pour Rony Brauman, fondateur, « J'ai vu l'autre Ménard, le petit tyran domestique, sortir de sa chrysalide. Il a un ego exagérément enflé, qui le pousse à être excessif. ». Alla Lazaréva, ancienne correspondante de RSF, tient des propos similaires : « Monsieur Ménard aspire trop à substituer sa propre personne à la cause entière de la liberté de la presse ». En 2007, un ouvrage « La Face cachée de Reporters Sans Frontières » offre le portrait d’un homme au double discours : « défenseur autoproclamé de la liberté d’expression, il déteste néanmoins qu’elle entrave ses intérêts ou ceux de ses alliés français et nord-américains. Toujours selon l’auteur « la pieuvre activée par Robert Ménard était capable d’intervenir simultanément pour que les bouches s’ouvrent en Asie et se ferment en France. » En 2008, il décide de démissionner de la présidence de Reporters Sans Frontières pour mieux se consacrer à la défense de la liberté de la presse en direct ….. du Qatar : un modèle de démocratie, n’est-ce pas

  La photo détournée de l'AFP, by Ménard. En Une des 40 000 exemplaires du journal municipal.

La photo détournée de l'AFP, by Ménard. En Une des 40 000 exemplaires du journal municipal.

Son rêve : Ministre de la « propagande » de MLP en 2017

C’est lui qui le dit. C’est sa rencontre avec celle qui deviendra sa femme, la quatrième de sa vie, Emmanuelle Duverger, qui lui a permis d’exposer au grand jour son côté réactionnaire. « Elle m’a apporté quelque chose : je n’ai plus honte de ce que je pense ». Le couple organise régulièrement à Béziers des évènements où la crème de la pensée d’extrême-droite vient délivrer ses bonnes paroles (Soral, Camus, Zemmour). Aujourd’hui, dès qu’il le peut, celui qui a poussé son premier cri le 6 juillet 1953 à Oran, n’hésite pas à complimenter la personnalité de la chef du FN Marine Le Pen. « Elle pose des questions qui sont des vraies questions. Contrairement à ce que disent les gens, elle apporte des réponses qui sont des réponses […]. Elle piétine une classe politique qui est dans l'incapacité totale de résoudre les problèmes qu'il y a ».

Le matin, en se rasant, Robert Ménard doit penser à un poste de ministre de la propagande au sein du gouvernement de Florian Philippot, sous la présidence de Marine Le Pen. Le fondateur du site d’informations www.bvoltaire.com pourrait mettre au pas tous les journaux qui n’accepteraient pas de relayer la parole Lepéniste....

J’ai une question pour vous, Robert : quel discours tiendrez-vous à un lycéen qui se sera amusé à trafiquer une photo officielle de vous, maire de Béziers, ajoutant, par exemple, une certaine petite moustache rectangulaire, une photo qui serait titrée : « Il arrive ! » ?. On en reparle.

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