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Syrie : La France a livré des armes aux miliciens kurdes (Opex360)

par Opex 360 10 Septembre 2015, 04:11 France Syrie Livraisons d'armes Le Drian Kurdes Guerre

Le 30 juin dernier, le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, était entendu par les députés de la commission de la Défense au sujet des opérations extérieures en cours.

Même si la trêve estivale explique la publication tardive du compte rendu de cette audition, le tableau de la situation – peu encourageant – brossé par le ministre n’a que peu évolué, à l’exception de la position de la Turquie, qui participe désormais aux opérations menées par la coalition anti-État islamique (EI ou Daesh) tout en lançant des raids aériens contre les rebelles kurdes du PKK dans le nord de l’Irak.

Aussi, les informations livrées lors de l’intervention de M. Le Drian devant les députés donnent une vue d’ensemble sur l’appréciation qu’a la France de l’évolution de l’EI, tant au Levant qu’en Libye.

1- Capacités de l’EI

Au 30 juin dernier, donc, la France évaluait à environ 10.000 le nombre de combattants de l’EI mis hors de combat depuis le lancement des opérations aériennes en Irak d’abord, puis en Syrie. Cette estimation rejoint celle faite par les États-Unis. Toutefois, ces pertes sont compensées par un « flux continu » de volontaires étrangers.

Au total, selon M. Le Drian, les effectifs de l’EI seraient de l’ordre de 30.000 à 40.000 hommes, dont 15.000 étrangers. Le ministre parle d’ailleurs d’ »armée terroriste », commandée par un « général en chef » tchétchène, un certain Omar al-Chichani. Ce dernier, de parents tchétchènes, a servi dans les forces géorgiennes avant de basculer dans l’islam radical au tournant des années 2010.

L’EI s’appuie également sur les tribus sunnites, « humiliées par le gouvernement al-Maliki [ndlr, qui est chiite] » ainsi que sur d’anciens membres des forces irakiennes de Saddam Hussein.

Ces troupes bénéficient de ressources relativement importantes, notamment grâce notamment aux taxes collectées par l’EI sur les trafics et la revente, à vil prix, de ressources pétrolières. En outre, elles récupèrent tout ce que les forces irakiennes ont laissé sur le terrain

2- Situation dans le nord de l’Irak

Au moment de l’audition de M. Le Drian, la ligne de front entre l’EI et les Peshmergas était stabilisée, les « Kurdes ayant atteint leur objectif territorial dans les zones disputées ».

Toutefois, fin août, les forces kurdes ont repris plusieurs villages (plus de 200 kilomètres carrés) alors contrôlés par les jihadistes, selon un communiqué de la Combined joint task force, c’est à dire la coalition internationale.

« Sur les fronts centre et sud, après plusieurs victoires tactiques, comme la prise de la ville de Ramadi dans l’Anbar, Daech marque une pause opérationnelle pour se réorganiser et renforcer ses défenses », a expliqué M. Le Drian, avant de pointer la porosité de la frontière avec la Syrie.

S’agissant de la reconquête des grandes villes tombées aux mains de Daesh, le ministre n’a pas caché que ce ne serait « pas pour demain ». « La formation des forces de sécurité irakiennes sera longue », a-t-il avancé. « Il faudra sans doute encore deux ou trois ans pour que les forces locales soient en mesure de mener la contre-offensive avec notre appui aérien – ce qui n’est guère réjouissant », a-t-il estimé.

En outre, a-t-il estimé, cette reconquête « ne peut se faire avec l’appui dominant des milices chiites, qui pourrait avoir l’effet inverse de celui recherché ».

Enfin, M. Le Drian a plaidé pour une solution intégrant les sunnites irakiens dans le « dispositif politico-militaire ». « Nos alliés de la coalition travaillent en ce sens, de même que les Saoudiens et les Qataris : ils vont les voir pour faire en sorte qu’ils se détachent d’une passivité ou d’une complicité avec Daech, pour les remettre dans le système des Forces de sécurité irakiennes (FSI) et du gouvernement irakien. Il faut aussi que le premier ministre irakien fasse preuve d’ouverture – et évite de retomber dans la dérive de son prédécesseur », a-t-il expliqué.

3- Situation en Syrie

La reconquête des territoires perdus en Irak sera facilitée quand la situation en Syrie se sera améliorée. Or, on n’en prend pas encore le chemin car elle « n’a jamais été aussi chaotique et la lisibilité est très faible ».

Outre le fait que l’EI y a conservé ses capacités d’actions (Palmyre) malgré l’action des milices kurdes, M. Le Drian ne donne pas cher pour la survie du régime syrien, qui « recule pour sa part sur tous les fronts, à l’est contre Daech, au nord contre les groupes insurgés alliés au Jabhat al-Nosra, mais aussi au sud, autour de Deraa ».

Et, d’après le ministre, il a « tendance, de fait, à se recentrer sur une ‘petite Syrie’ ne correspondant même plus à ce qu’on appelait la ‘Syrie utile’.

« Nous nous trouvons donc confrontés à une situation d’atomisation croissante du théâtre syrien, dans lequel aucune force ne semble aujourd’hui en mesure de prendre le dessus militairement. Tout le monde se bat contre tout le monde dans une situation de chaos, où il est parfois difficile d’identifier qui combat pour qui et contre qui », a expliqué M. Le Drian.

Toutefois, le ministre a indiqué que la France continue d’aider les « groupes identifiés comme étant liés à l’armée syrienne libre » ainsi que les Kurdes syriens, ces derniers ayant bénéficié de « livraisons d’armes au moment des opérations de Kobané de manière relativement peu visible ».

4- Quid de Bachar el-Assad?

Sans surprise, surtout après les propos récemment tenus par le président Hollande à son sujet, Bachar el-Assad ne fait pas partie, pour Paris, de la solution pour la Syrie.

« Je rappelle que Bachar al-Assad ne combat pas celui-ci [ndlr, l'EI], ce qui n’est pas sans poser de questions – les Russes se demandant par exemple s’il ne faudrait pas trouver une voie de sortie permettant un gouvernement transitoire à même d’agir contre Daech par l’ouest alors que la coalition agit par l’est », a résumé M. Le Drian.

Toujours au sujet de Bachar el-Assad, le ministre a rappelé que la « la position de la France consiste à le combattre » car « la solution politique est sans lui, mais non sans les éléments alaouites, voire du gouvernement actuel ». Et d’ajouter que « c’est lui [Bachar el-Assad] qui a libéré les prisonniers ayant constitué Daesh, dont il achète aussi le pétrole, vendu également à des acheteurs clandestins ».

5- La question kurde

Les milices kurdes syriennes (YPG) ont réussi à mettre en échec les jihadistes de l’EI à plusieurs reprises, que ce soit Kobané, ou, plus récemment, à Tall Abyad.

« Les Kurdes de l’YPG ont repris leurs positions et ont réussi à faire la jonction avec une partie plus à l’est. Du coup, les Kurdes de Syrie sont à proximité des Kurdes d’Irak, du PDK, voire en liaison avec eux – ce qui préoccupe beaucoup les Turcs, qui voient là une frontière à peu près tenue entre les forces kurdes, même s’il n’y a pas une grande entente entre l’YPG et le PDK », a relevé M. Le Drian. D’où l’explication de la position actuelle de la Turquie?

6- Grosses inquiétudes en Libye

S’agissant de la Libye, M. Le Drian a été clair : « il y un risque de dérive à la syrienne », ce que l’intervention militaire de 2011 était censée éviter…

Pour rappel, le pays compte deux gouvernements : l’un, reconnu par la communauté internationale, s’est replié à Tobrouk, l’autre, soutenu par la milice à dominante islamiste Fajr Libya est installé à Tripoli. Les groupes jihadistes, à commencer par l’EI, profite de cette rivalité pour étendre leur main-mise sur le pays.

En juin, l’EI contrôlait « près de 200 kilomètres de bande côtière à l’est de Syrte » et « continuait à progresser ». Depuis, il accentué son contrôle de Syrte en y éradiquant toute résistance. Toutefois, il a subi un revers à Derna, d’où il a été chassé par des groupes jihadistes proches d’al-Qaïda.

Là encore, la priorité est donné à un règlement politique de la crise libyenne, c’est à dire qu’il s’agit de faire en sorte que les deux gouvernement rivaux puissent se mettre d’accord. Depuis le début de l’été, on ne peut pas dire que le dossier ait avancé significativement.

« En Libye, s’il n’y a pas d’accord politique, Daech gagnera militairement – c’est le seul à pouvoir le faire. Je crains en outre que les migrations vers l’Europe ne se fassent à partir du littoral tenu par lui, ce qui n’est pas encore le cas aujourd’hui. La situation risque d’être encore plus difficile le jour où les combattants étrangers de cette organisation situés au Levant – qui sont environ 15 000 – commenceront à arriver sur place », a affirmé M. Le Drian.

« S’il n’y avait pas d’accord, il faudrait que les pays voisins puissent, avec le soutien européen, prendre des initiatives pour pousser les acteurs à s’entendre, sachant que personne n’envisage d’engager des troupes au sol dans ce pays », a-t-il aussi estimé.

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