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Un journal allemand proche de Die Linke calomnie les réfugiés (WSWS)

par Christophe Dreier 15 Septembre 2015, 08:04 Allemagne Die Linke Migrants

La crise des réfugiés fonctionne comme un catalyseur politique et exacerbe les conflits sociaux et politiques. Alors que de nombreuses personnes dans la population travailleuse se sont montrées incroyablement solidaires des réfugiés, les élites dirigeantes tentent d'exploiter la situation pour faire passer un programme réactionnaire.

Celles-ci cherchent à utiliser la situation des réfugiés dans le but d'attaquer les droits sociaux et démocratiques élémentaires, baisser le niveau de vie de tous les travailleurs et lancer de nouvelles interventions militaires en Afrique.

Dans le même temps, elles veulent étouffer l'opposition à cette politique, d'autant plus qu'elle se manifeste à travers la solidarité pour les réfugiés, en soutenant des campagnes racistes et anti-réfugiés. Le journal Junge Welt, proche de Die Linke (La Gauche, parti frère du PG de Jean-Luc Mélenchon en France), appuie cet ordre du jour.

Vendredi dernier, le responsable du service économique de ce journal, Klaus Fischer, a publié un article où il présentait la solidarité avec les réfugiés comme étant surtout un «outil de marketing » du patronat allemand et les réfugiés comme responsables de tirer les salaires vers le bas.

Selon Fischer, l'immigration massive en cours est définie, au cours d’un « lavage de cerveau », comme une «bénédiction» qui n’admet aucune mise en cause. Quand les politiciens parlent de « pittoresque» et de «culture d'accueil», ils veulent seulement imposer les intérêts d’un capital qui a besoin «d’esclaves du travail », ou de main-d’œuvre bon marché, car ils proposent trop peu d'apprentissage. De plus, les travailleurs non qualifiés en provenance des Balkans apportent une concurrence à la « précarité propre» des Allemands a dit Fischer.

Fischer parle brièvement de flux de réfugiés déclenchés par la politique des « Seigneurs de l'Occident» qui regardaient à présent, étonnés, le « résultat de leur travail ». Mais dans l'ensemble, il dresse le tableau d’une immigration forcée dans le but de faire voler en éclat les systèmes sociaux allemands.

Par là, il ignore totalement la situation dans laquelle se trouvent les réfugiés. Aucune mention des images montrant la misère, aux frontières de l'Europe, des gens attaqués et maltraités par les gardes-frontières ou des dizaines de milliers qui trouvent la mort à cause des lois sur immigration de l'Union européenne, ou des demandeurs d'asile parqués dans des camps en Allemagne, sans soins médicaux ou installations sanitaires adéquates.

Pour Fischer, ces scènes ne sont apparemment que de la propagande pour justifier l'immigration. Pour lui, tout cela fait partie d'une campagne de « Gleichschaltung » (conformisme politique). « Les inquisiteurs de l'opinion veillent à ce qu’il y ait un traitement politiquement correct de la question ». Ce qu’il fallait c’est de l'analyse, « pas de la manipulation prescrite d’émotions », dit-il.

En ce qui concerne les réfugiés, on peut généralement trouver ce genre d’insultes contre de prétendus médias «politiquement corrects» dans les publications d'extrême-droite. Ce que dit Fischer d'une presse conformiste et aimable envers les immigrés est absurde compte tenu des campagnes xénophobes, comme le soutien des politiciens et des médias au mouvement d'extrême droite Pegida ou la récente chasse aux socières anti-réfugiés du professeur de sciences politiques influent Herfried Münkler .

Les attaques de Fischer contre les médias sont clairement destinées à attiser des sentiments anti-réfugiés. Sa thèse revient au fond au vieux slogan bien connu de l'extrême-droite : les étrangers nous prennent « nos » emplois.

Fischer n’est pas seul à avoir ce point de vue à Junge Welt. Mercredi dernier, le rédacteur en chef, Arnold Schölzel, a publié un commentaire à l’orientation très similaire.

Tout d'abord, Schölzel fabule à propos d’«augmentations de salaires et de retraites» en Allemagne que les employeurs ne peuvent pas supporter à long terme. Voilà pourquoi ils sont maintenant fortement en faveur de l'immigration, afin de redistribuer la richesse du bas vers le haut. Schölzel ne dit rien sur ​​la situation inhumaine des réfugiés, mais les présente exclusivement comme étant responsables de tirer les salaires vers le bas.

Cette position nationaliste est fortement ancrée chez les deux journalistes. Fischer et Schölzel étaient tous deux citoyens de la RDA (ex-Allemagne de l'Est), partisans enthousiastes du stalinisme et sympathisent encore avec son régime dictatorial. Né en 1951, Fischer était un membre de l’organisation de jeunesse stalinienne FDJ et plus tard, du SED au pouvoir. Schölzel, qui est de quatre ans plus âgé, a travaillé jusqu'en 1989 pour la Stasi, la police secrète stalinienne, pour qui il espionnait ​​les étudiants d’opposition à l'université Humboldt.

L'idéologie de la RDA se fondait sur le programme stalinien du «socialisme dans un seul pays» qui s’appuyait délibérément sur les traditions du nationalisme allemand. Les quelques migrants autorisés à séjourner en RDA étaient maintenus en grande partie séparés des travailleurs ordinaires, et subissaient la discrimination. L'appareil d'État lui-même menait des campagnes xénophobes.

Mais les insultes de Junge Welt ne peuvent pas simplement s’expliquer par la nostalgie de la dictature stalinienne. Elles servent des intérêts sociaux bien précis. Die Linke, le successeur du SED, s’est activement engagée dans la mise en œuvre de la politique de guerre qui a produit la misère des gens qui fuient maintenant vers l'Europe.

En Syrie, il a systématiquement défendu l’opposition pro-impérialiste afin de renverser le régime de Bachar al-Assad et le remplacer par un régime fantoche pro-occidental. Les groupes qu’il a soutenus ont travaillé en étroite collaboration avec les États-Unis et ont constamment appelé à une intervention militaire de l'OTAN.

Rien que lundi dernier, Elias Perabo de l'initiative pro-impérialiste «Adoptez une Révolution» a publié un article de discussion dans le journal de Die Linke Neues Deutschland, où il exigeait que l'Allemagne cesse enfin d'être un spectateur et intervienne activement en Syrie pour renverser le régime d’Assad. Il a traité la mission de destruction des armes chimiques syrienne de l’armée allemande, soutenue par des sections du Parti de gauche au parlement, d’«observation passive ».

Die Linke s’est avérée être non seulement un pilier important de l'impérialisme allemand, il est également très impliqué dans la promotion de coupes sociales en Allemagne. Au gouvernement régional de Berlin, il a mis en œuvre, avec le Parti social-démocrate (SPD), des mesures d’austérité sans précédent. En Thuringe, où pour la première fois un chef de gouvernement régional est de Die Linke, Bodo Ramelow a rapidement accepté le plafonnement de la dette et l’interdiction de nouveaux prêts.

Insulter les réfugiés et dire qu’ils sont responsables de faire baisser les salaires est dans la logique de ce programme. Ceux qui soutiennent l'impérialisme allemand et organisent les coupes dans les dépenses sociales ont intérêt à diviser les travailleurs et à rejeter la faute sur les autres.

Pour défendre leurs intérêts sociaux, les travailleurs qui ont vécu ici plus longtemps doivent au contraire s’unir avec les réfugiés. En réalité, les attaques sur les droits démocratiques et sociaux des demandeurs d'asile sont dirigées contre tous les travailleurs.

On exploite la misère engendrée par les interventions militaires en Afrique et au Moyen-Orient pour justifier de nouvelles guerres qui ne feront que l’augmenter. La source de cette résurgence du militarisme allemand, comme la cause des attaques sociales en Allemagne même, réside dans la crise profonde du capitalisme.

Pour les travailleurs, il n'y a pas de solution nationale à ce problème. Ils doivent s'unir internationalement dans une lutte politique commune contre le capitalisme. Ils doivent s'opposer résolument aux positions nationalistes comme celles formulées par Junge Welt.

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