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Centrafrique. Si tu veux la paix, prépare des élections (BdA)

par Yanis Thomas 2 Octobre 2015, 09:10 Centrafrique Elections Sangaris Françafrique France

Alors qu’on ne voit toujours pas l’issue de la crise, la France mise naïvement sur l’élection présidentielle, prévue le 18 octobre.

Centrafrique. Si tu veux la paix, prépare des élections (BdA)

Alors qu’on ne voit toujours pas l’issue de la crise, la France mise naïvement sur l’élection présidentielle, prévue le 18 octobre.

Tout arrive ! Après bien des reports, l’Autorité nationale des élections (ANE) centrafricaine a arrêté une date pour la tenue des élections législatives et présidentielle. Celles-ci doivent mettre fin à la période de transition ouverte par Michel Djotodia, le chef de la rébellion qui avait pris le pouvoir fin mars 2013. Pour l’instant, le scrutin est annoncé pour le 18 octobre, avec un deuxième tour le 22 novembre. Mais le chemin reste pavé d’embûches. Il faudra d’abord qu’une nouvelle Constitution soit validée par un referendum, qui doit se tenir le 4 octobre. Par ailleurs, les autorités centrafricaines font face à de lourdes difficultés financières pour organiser ces scrutins. A la mi-juin, il manquait encore 18 millions de dollars (soit presque 50% du budget prévisionnel) dans les caisses pour que l’ANE puisse mener sa mission à bien (RFI, 19/06). Mais la plus grande difficulté vient du recensement électoral. En effet, à l’heure actuelle, plus de 450 000 Centrafricains sont réfugiés dans les pays limitrophes (Cameroun, Tchad, République Démocratique du Congo). Le sujet de leur participation ou non aux votes a d’ailleurs été l’occasion d’une énième passe d’armes entre Catherine Samba Panza, la présidente centrafricaine de la transition, et Alexandre Ferdinand N’Guendet, le président du Conseil National de Transition (CNT, qui fait office de représentation nationale). Le 30 juin, « le CNT [décidait] de s’opposer à la participation des réfugiés aux scrutins présidentiel et législatif » (Jeuneafrique.com, 16/07), au prétexte d’un risque de fraudes massives ; donc, d’exclure de facto du scrutin la majeure partie de la communauté musulmane, chassée du pays début 2014. Une annonce qui déplut profondément à la présidence. Pour trancher le différend, le Conseil constitutionnel fut saisi de l’affaire. Cette agitation préélectorale n’est pas vraiment du goût de la France. Fort opportunément, Jean Yves Le Drian, le ministre français de la Défense et véritable « Monsieur Afrique » de François Hollande, a débarqué à Bangui fin juillet pour discuter avec Catherine Samba Panza de l’avancée du processus électoral. Puis il a fait de même avec Denis Sassou N’Guesso, l’indétrônable dictateur du Congo Brazzaville, censé jouer le rôle de "médiateur" dans la crise centrafricaine [1]. Coïncidence ? Le Conseil constitutionnel centrafricain annonçait au même moment que les réfugiés pourront finalement voter… L’enjeu de ces scrutins est de taille pour l’ancienne puissance coloniale : il s’agit de pouvoir annoncer avant la fin de l’année le retour à « l’ordre constitutionnel » en Centrafrique. Ce qui permettrait par là même d’annoncer la réussite de l’opération Sangaris, déployée en décembre 2013 pour enrayer les violences inter communautaires. Lesquelles continuent pourtant par endroits : fin août, des combats ont encore fait une quinzaine de morts à Bambari, au centre du pays (lefigaro.fr, 24/08). Il y a encore loin du bulletin à l’urne… Selon Jeune Afrique (27/07) « les questions de politique intérieure congolaise (en particulier le projet de réforme de la Constitution) n’ont en revanche pas été abordées », alors même que Sassou s’apprête à tripatouiller la Constitution congolaise pour se maintenir au pouvoir…

[1] Selon Jeune Afrique (27/07) « les questions de politique intérieure congolaise (en particulier le projet de réforme de la Constitution) n’ont en revanche pas été abordées », alors même que Sassou s’apprête à tripatouiller la Constitution congolaise pour se maintenir au pouvoir…

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