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Chapeau bas, les Burkinabè ! (Le Reporter)

par Françoise Wasservogel 15 Octobre 2015, 19:22 Burkina Faso Putsch Democratie

Pour tirer des enseignements des derniers évènements au Burkina, la Fondation Gabriel Péri avait invité Germaine Pitroipa, Haut-commissaire de la province de Kouritenga (BF), de 1984 à 1986, et aujourd’hui représentante en France de l’Union pour la Renaissance, Didier Ouedraogo, membre du Collectif contre la Confiscation de la Démocratie au Burkina, Sette Diop, membre du Parti de l’Indépendance et du Travail (Sénégal), et Ephraïm Fadiga, représentant en France des Indignés de Côte d’Ivoire. Le 30 septembre 2015, dans la Salle des Conférences de l’Espace Oscar Niemeyer, à Paris 19ème, les échanges avec le public, majoritairement originaire d’Afrique, ont été riches, parfois même très vifs lorsque les influences géopolitiques sous-régionales ont été abordées.

C’est à l’unanimité que les Hommes intègres ont été salués pour leur détermination à refuser le coup d’Etat constitutionnel fomenté par le régime Compaoré en octobre 2014, et celui que les putschistes ont tenté de leur imposer par les armes en septembre dernier. Didier Ouedraogo a rappelé que son pays venait de connaître le 8ème coup d’Etat de son Histoire. Il est convaincu que les Burkinabè ont prouvé au monde entier qu’il n’est plus question qu’une autre tentative de hold-up démocratique ait lieu. Sette Diop a souligné qu’après le coup d’Etat par le Général Gilbert Diendéré et le RSP, les solutions de sortie de crise proposées par des chefs d’Etat du Continent ont permis aux Africains, et à plus d’un démocrate dans le monde, de constater sans équivoque la complicité de la Cédéao et des organisations internationales face aux mouvements populaires.

En 2015, comme en 2014, ce sont les très nombreuses organisations citoyennes et les syndicats qui ont su mobiliser et entretenir la pugnacité des Burkinabè jusqu’à la victoire. La solidarité des jeunes Africains en général, et plus particulièrement des Ouest-africains, exprimée via les réseaux sociaux, a galvanisé la résistance populaire au Burkina. Les Hommes intègres n’ont rien lâché. Germaine Pitroipa a longuement insisté sur la jeunesse de ces soulèvements. En effet, au Burkina comme ailleurs en Afrique, plus de 50% de la population ont moins de 30 ans. L’immense majorité d’entre eux n’a rien à perdre face à un régime qui ne leur assure aucune perspective d’avenir, ni la santé, ni l’instruction, ni l’emploi.

Elle a reconnu que c’est le langage utilisé par les mouvements de jeunes, tels que le Balai citoyen, qui a convaincu les populations, beaucoup mieux que tous les discours que, eux, intellectuels progressistes, auraient été capables de leur tenir. Dans un pays où près de 50% de la population n’a pas pu aller à l’école, ce sont les jeunes qui peuvent faire comprendre à la jeunesse que c’est tout le système qu’il faut remettre en cause. Et c’est ce langage-là qui maintiendra la motivation des jeunes pour que la société soit entièrement et profondément transformée.

Ephraïm Fadiga estime nécessaire que tous les mouvements et organisations populaires qui existent en Afrique tissent des liens pour résister aux forces réactionnaires qui, elles, s’entendent discrètement depuis longtemps, pour tirer un maximum de profits, quitte à injecter le venin de la haine entre les populations, car nul n’ignore qu’un peuple divisé est plus facile à dominer. Dans la salle, un de ses compatriotes a exprimé son admiration pour les Burkinabè qui n’ont jamais cédé aux tentatives d’ethnicisation, contrairement à bien d’autres peuples africains, victimes d’instrumentalisation politique et médiatique. Au Burkina, le peuple met la nation au-dessus de l’ethnie. Comme les Maliens, les Burkinabè ont une tradition de relations sociétales appelée « la parenté à plaisanterie » qui lie les ethnies entre elles.

Germaine Pitroipa a expliqué que, dans son pays, les ethnies se sont toujours mêlées, et que la société actuelle est issue de ce métissage ancestral. Les tentatives de présenter la question burkinabè comme un problème ethnique n’ont jamais eu aucun impact sur l’analyse que les Burkinabè font de leur propre réalité quotidienne. Ils n’ont jamais cédé à cette instrumentalisation exogène qui n’a comme objectif que la politique, et bien sûr, les intérêts économiques qui vont avec. Germaine Pitroipa est convaincue que, là où les populations africaines se sont déchirées, et s’entredéchirent encore, car on a su les monter artificiellement les unes contre les autres, les jeunes sauront, un jour, réinstaurer l’harmonie de vie de leurs anciens, pour vivre ensemble dans la paix des cœurs.

Les invités de la Fondation Gabriel Péri estiment évident que ce qui a eu lieu au Burkina a été un détonateur pour tous les peuples africains qui ont constaté qu’il est possible de résister. Ils espèrent tous qu’on s’achemine vers la fin des coups d’Etat armés en Afrique. Cependant, actuellement, des nations africaines sont aux prises avec des velléités de coups de force constitutionnels. Ils encouragent les Africains à ne pas se laisser berner par le seul horizon de la « démocratie » par les urnes. Les jeunesses du Continent doivent exercer une vigilance absolue, et exiger que les pouvoirs élus, construisent un avenir pour tous les citoyens, sur les bases d’un réel changement.

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