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Comment les «noirs» sont devenus «blancs» (Libération)

par Luc Peillon 3 Octobre 2015, 19:59 Racisme Nadine Morano Afrique "Races"

Nadine Morano, la député européenne Française qui affirme «française de race blanche», en mai 2014. Photo Stéphane de Sakutin. AFP

Nadine Morano, la député européenne Française qui affirme «française de race blanche», en mai 2014. Photo Stéphane de Sakutin. AFP

L’évolution de la couleur de peau au fil des générations en Europe n’a rien à voir avec la «race».

N’en déplaise à Nadine Morano, certains de ses aïeux, notamment transalpins, devaient sûrement avoir la peau un peu plus foncée que sa permanente. Nombre de ses plus lointains ancêtres ont même toutes les chances d’avoir été… noirs. Et pour cause : l’unique foyer d’émigration de l’homo sapiens, seul genre Homo aujourd’hui présent sur la planète, est l’Afrique. Quand, il y a 70 000 ans, celui-ci a quitté le continent africain, il s’est progressivement répandu sur l’ensemble de la Terre, dont l’Europe.

Mais comment donc ces «noirs» sont-ils devenus aussi «blancs» que cette petite-fille d’immigré italien ? Par le simple jeu de la sélection naturelle. «La peau noire empêche de recevoir les rayons du soleil. Or c’est indispensable pour activer la vitamine D, qui elle-même évite le rachitisme, rappelait, mercredi, le généticien Axel Kahn sur France Inter. Donc, peu à peu, l’évolution a sélectionné des gens dont la peau était moins noire, et d’autant moins noire qu’ils étaient plus au nord, de telle sorte qu’ils ne soient pas rachitiques.» Bref, l’ensoleillement étant moins fort en Europe qu’en Afrique, ce sont les individus aux peaux les plus claires qui, au fil du renouvellement des générations et pour une question de vitamine, ont fini par se reproduire davantage. «C’est uniquement cela, et ça n’a rien à voir avec une affaire de race», explique Kahn. Le contact de Sapiens avec Néandertal, qui nous a légué une petite partie de son code génétique, a également pu jouer, selon certains chercheurs, ce qui ne fut pas le cas pour ceux restés en Afrique.

D’autres traits — comme la blondeur des cheveux en Europe du Nord ou les yeux bridés en Asie — ont une explication différente, comme le rappelle le très pédagogique documentaire l’ADN, nos ancêtres et nous (Arte, 2011). Même s’il est toujours question de sélection «naturelle». Il s’agit, cette fois-ci, de «préférence sexuelle». Autrement dit, au sein de ces populations, être blond ou avoir les yeux en amande constituait un critère de beauté qui, chemin faisant, a permis à ceux qui en étaient dotés de se reproduire davantage que les autres. Au point, après des milliers d’années, de devenir quasi hégémoniques dans ces régions. Mais sans aucun rapport, là encore, avec le concept — par ailleurs infondé scientifiquement — de «race».

A noter, enfin, que malgré ces différences d’apparence, le code génétique de l’ensemble des individus est quasiment identique. L’ADN respectif de deux personnes prises au hasard sur la planète ne diffère que de 0,1%. Et pour cause: le groupe qui a quitté l’Afrique pour peupler la Terre était extrêmement restreint — quelque 10 000 personnes — avec une partie seulement de la diversité génétique qui existait alors sur le continent africain. Résultat: les différences génétiques au sein de la population terrestre hors d’Afrique sont plus faibles qu’en Afrique elle-même.

Luc Peillon

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