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De nouvelles armes nucléaires américaines en Allemagne – le réarmement secret (Horizons et Débats)

par Herbert Klar et Ulrich Stoll 9 Octobre 2015, 19:25 Allemagne USA Nucleaire Armement OTAN

Le 21 septembre 2015, le magazine politique de la deuxième chaîne de télévision allemande, ZDF, Frontal 21, a diffusé une émission sur le réarmement nucléaire de l’Allemagne. Nous documentons cette émission en publiant le manuscrit. Nous avons ajouté de courtes explications entre parenthèses.

Introduction: Il y a 25 ans, l’Allemagne a eu doublement de la chance. Les Etats-Unis et l’Union soviétique ouvrirent la voie à la réunification et mirent de ce fait un terme à la Guerre froide. Les habitants de l’ancienne RDA et de la République fédérale ne devaient plus avoir peur que leur pays devienne champ de bataille nucléaire des deux superpuissances. Jusqu’à nos jours, la menace de la guerre nucléaire paraît bien loin. Cependant, c’est dans cette Allemagne réunifiée, heureuse et pacifique qu’on procède à un réarmement nucléaire. Herbert Klar et Ulrich Stoll examinent ce qui en est de la nouvelle ancienne guerre froide.

[Présentateur:] Caché sous un vignoble dans la vallée de l’Ahr – voici l’ancien bunker abri anti-atomique du gouvernement fédéral. Il y a 26 ans Willy Wimmer a traversé le sas – il représentait le ministre allemand de la défense lors d’une manœuvre de l’OTAN simulant des conditions de guerre: «Ici, au printemps 1989, la dernière grande manœuvre Wintex-Cimex de la guerre froide eut lieu. Et cette manœuvre devint nucléaire, après une semaine. Lors de cette manœuvre nucléaire, on me demanda d’utiliser des armes nucléaires contre des villes allemandes, contre Dresde et Potsdam.»

On s’entraînait à la guerre nucléaire en Allemagne – avec la coopération de la Bundeswehr. Cibles des frappes: également des villes de l’ancienne RDA. Willy Wimmer, à l’époque secrétaire d’Etat auprès du ministère de la Défense, fut horrifié par le scénario de guerre: «C’était une absurdité qu’on m’a demandé. D’attendre d’un Allemand, compte-tenu notre propre histoire, de bombarder, avec des armes nucléaires, les villes de Dresde et de Potsdam, dépasse toute imagination.»

Wimmer interrompit la manœuvre au nom du gouvernement – avec l’accord du chancelier de l’époque, Helmut Kohl.

Jusqu’à nos jours, les pilotes allemands conduisant les chasseurs Tornado, s’entraînent régulièrement avec des bombes atomiques américaines mannequins. En cas de guerre, ils doivent guider ces bombes vers leurs cibles. Cela s’appelle «partage nucléaire» dans le langage de l’OTAN – et cela malgré l’interdiction, pour les soldats allemands, d’utiliser des armes nucléaires.

Le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires et cette instruction règlent de manière univoque: Il est interdit aux soldats allemands d’utiliser des armes nucléaires. Cela est contourné par le «partage nucléaire».

Oliver Meier, «Stiftung Wissenschaft und Politik», [explique]: «Le terme de partage nucléaire signifie pour les Etats membres de l’OTAN possédant des armes nucléaires et ayant signé le Traité de non-prolifération des armes nucléaires qu’ils participent à la politique nucléaire des Etats-Unis en offrant des capacités militaires ayant fonction d’apporter du support à la dissuasion nucléaire de l’OTAN.»

Hans M. Kristensen, «Nuclear Information Projects», Washington D.C., [ajoute]: «En cas de guerre, les armes stationnées en Allemagne seront utilisées sur ordre du président des Etats-Unis. Les Forces américaines transmettront donc les armes nucléaires aux pilotes allemands. Et ces pilotes allemands agresseront donc des cibles avec des armes nucléaires. C’est un scénario inhabituel pour un Etat s’étant engagé de ne pas disposer d’armes nucléaires, ni directement ni indirectement.»

[L’émission affiche une publicité sur la B61, bombe atomique stratégique américaine qui est également stationnée en Allemagne. Elle dispose d’une puissance explosive quatre fois plus grande que la bombe lancée sur Hiroshima.]

Sur l’emplacement de la Bundeswehr à Büchel: Ici, depuis des décennies, environ 20 bombes nucléaires américaines sont stockées. Le mouvement de la paix n’élève presque plus sa voix. Le curé Rainer Schmid maintient une veille à Büchel. Des citoyens engagés, comme Elke Koller, le soutiennent.

Il y a 15 ans Elke Koller a appris le stationnement d’armes nucléaires devant sa porte. Depuis, elle lutte pour le départ de ces bombes nucléaires: «Je me suis sentie trompée, abandonnée par les politiciens. Pour moi, c’était incompréhensible, qu’il y ait encore des bombes nucléaires ici après la fin de la Guerre froide.»

En 2009 le gouvernement fédéral noir-jaune (CDU-FDP) promit le départ des bombes atomiques de Büchel, en l’inscrivant même dans le Traité de coalition – c’était une demande clée du FDP lors de la campagne électorale.

Guido Westerwelle, FDP, ancien ministre des Affaires étrangères [dit] le 20 septembre 2009: «Au gouvernement, nous voulons nous employer à ce que l’Allemagne, au bout des prochaines quatre années soit sans armes nucléaires.»

En 2010, le Bundestag, avec la majorité de l’ensemble des groupes politiques, demanda au gouvernement Merkel-Westerwelle de s’employer dans l’Alliance ainsi qu’auprès des alliés américains à ce que l’Allemagne soit dénucléarisée.»

Cependant la chancelière, Merkel, a apparemment contrecarré la décision de la coalition et du Bundestag.

Novembre 2009 – à l’ambassade américaine à Berlin: le conseiller de sécurité de Mme Merkel rencontre l’ambassadeur américain. L’Allemand calme l’Américain: Merkel ne voulait pas le départ des armes nucléaires.

Tout de suite, l’ambassadeur rapporte au gouvernement américain dans un télégramme confidentiel: «La chancellerie avait été forcée à l’accord sur le départ des armes nucléaires par le ministre des Affaires étrangères, M. Westerwelle.… Mais qu’il n’était pas sensé de retirer unilatéralement les 20 armes nucléaires stratégiques.» (Source: WikiLeaks)

Les armes nucléaires restaient stationnées à Büchel – jusqu’à présent. Nous voulons savoir pourquoi Mme Merkel n’a jamais mis en œuvre la décision de la coalition et du Bundestag.

Angela Merkel, CDU, chancelière, [répond]: «Dans le Traité de coalition de 2009, j’étais toujours de l’avis que nous devions faire attention aux conséquences. Nous devons faire attention lorsque des armes nucléaires sont stationnées ailleurs et qu’en Allemagne il n’y en aurait plus, il faut se demander: est-ce que l’équilibre et la sécurité seront encore garantis?»

C’est une infraction claire et nette au Traité de coalition de 2009.

Willy Wimmer [dit]: «Ce ne serait pas la première fois que la chancelière actuelle se montre servile vis à vis des réflexions américaines. Et qu’elle l’exprime d’une si spectaculaire manière.»

[Insertion] Test de l’explosion de la nouvelle bombe atomique B?61-12, il y a quelques semaines au Nevada, USA. L’arme dispose de toutes nouvelles qualités. Les experts en sont persuadés: c’est un réarmement nucléaire secret.

Hans M. Kristensen, «Nuclear Information Projects», Washington D.C., [explique]: «Cette arme se laisse cibler beaucoup plus facilement que les bombes nucléaires stationnées jusqu’alors en Allemagne. C’est une nouvelle arme, car les Etats-Unis, jusqu’alors n’ont pas de bombes nucléaires dirigeables.»

Büchel: C’est ici que les nouvelles bombes vont être stationnées. Elke Koller a déjà porté plainte devant le tribunal administratif fédéral contre les anciennes bombes atomiques à Büchel, en vain. Maintenant, elle craint, que les nouvelles soient encore plus dangereuses. «Au fond, on pouvait être sûr, qu’on n’allait pas utiliser les vieilles B?61, mais qu’elles étaient là uniquement pour la dissuasion. Mais les nouvelles armes, telles qu’elles sont conçues, sont susceptibles d’être utilisées. Et cela, à mon avis, rend beaucoup plus réaliste le danger d’une guerre nucléaire.»

Réarmement nucléaire en Allemagne? Nous reposons la question: «Est-ce que le gouvernement fédéral soutient le réarmement nucléaire, ici même en République fédérale?»

Angela Merkel, CDU, chancelière, [répond]: «Nous allons en parler avec les Etats-Unis. Peut-être que le ministère de la Défense vient d’entamer déjà des pourparlers, je ne sais pas. Je me renseignerai et puis nous allons vous informer à l’heure venue.»

La chancelière veut parler aux USA de quelque chose qui semble être décidé depuis longtemps – le stationnement de nouvelles bombes nucléaires en Allemagne. Car, le budget actuel de la défense états-unienne nous informe: les bombes modernes du type B?61 vont être intégrées dans les chasseurs Tornado allemands à Büchel, dès le troisième trimestre 2015, termes techniques PA-200. Au clair: de nouvelles bombes nucléaires, encore plus dangereuses vont être stationnées à Büchel et seront, en cas de guerre, guidées vers leur cible par des Tornados allemands.

Dans l’interview avec Frontal 21, pour la première fois, une porte-parole du gouvernement russe s’exprime sur la modernisation des armes nucléaires américaines en Allemagne. Elle y voit une escalade dans les rapports Ouest-Est.

Maria Sacharowa, ministère des Affaires étrangères de la Russie [dit]: «Cela nous préoccupe que des Etats qui ne devraient pas posséder d’armes nucléaires s’entraînent à leur utilisation et cela dans le cadre de la pratique de l’OTAN, du soi-disant partage nucléaire. C’est une effraction des articles 1 et 2 du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires.

L’homme politique conservateur Willy Wimmer craint lui aussi que le stationnement de nouvelles bombes nucléaires aggrave les tensions entre l’OTAN et la Russie: «La question se pose de savoir à quoi bon ces armes nucléaires? Ou à quoi vont-elles servir? A la protection d’unités américaines ou plutôt dans le contexte d’options d’aggression envers la Fédération russe? – C’est une provocation volontaire face à nos voisins russes.»

Du réarmement nucléaire au lieu de détente. •

par Herbert Klar et Ulrich Stoll

Source: ZDF, Frontal 21 du 22.9.2015, http://www.zdf.de/ZDF/zdfportal/blob/40229212/1/data.pdf

Les nouvelles armes nucléaires stationnées à Büchel ne sont que la pointe de l’iceberg

2015 est l’année où la Charte des Nations Unies a célébré ses 70 ans, sans perdre d’actualité. Mais qui sait encore ce qu’elle contient? Dans le préambule est stipulé:
«Nous, peuples des Nations Unies sont résolus

  • à préserver les générations futures du fléau de la guerre qui deux fois en l‘espace d‘une vie humaine a inflige? a? l‘humanité d‘indicibles souffrances,
  • à proclamer a? nouveau notre foi dans les droits fondamentaux de l’homme, dans la dignité et la valeur de la personne humaine, dans l’égalité des droits des hommes et des femmes ainsi que des nations, grandes et petites,
  • à créer les conditions nécessaires au maintien de la justice et du respect des obligations nées des traités et autres sources du droit international,
  • à favoriser le progrès social et instaurer de meilleures conditions de vie dans une liberté plus grande,
    et à ses fins
  • à pratiquer la tolérance, a? vivre en paix l’un avec l’autre dans un esprit de bon voisinage,
  • à unir nos forces pour maintenir la paix et la sécurité internationales,
  • à accepter des principes et instituer des méthodes garantissant qu’il ne sera pas fait usage de la force des armes, sauf dans l’intérêt commun,
  • à recourir aux institutions internationales pour favoriser le progrès économique et social de tous les peuples»

De ces faits, le monde s’en est bien éloigné. La politique n’œuvre plus au sein du système de coordonnées du droit international et des droits humains. Et, là il faut dire: l’«Occident», commandé par les Etats-Unis, a une très grande liste de péchés.

Peu après la Seconde Guerre mondiale, le président américain sortant Dwight D. Eisenhower avait mis en garde. Eisenhower a parlé à la télévision le soir du 17 janvier 1961 et, après des observations générales sur l’état de la nation a conclu:
«Nous devons être sur nos gardes contre les influences injustifiées du complexe militaro-industriel, qu’elles soient intentionnelles ou pas. Le risque d’une augmentation catastrophique d’une puissance non autorisée existe et continuera à exister. Nous ne devons jamais tolérer que l’importance de cette combinaison menace nos libertés ou notre processus démocratique.»

La mise en garde contre les Forces armées et l’industrie de l’armement fut avant tout si authentique – et si surprenante pour de nombreux auditeurs – parce qu’elle venait d’un homme qui avait passé presque toute sa vie professionnelle en uniforme, depuis son entrée à l’Académie militaire de West Point en 1911 jusqu’à sa retraite de l’armée en 1952 avant sa candidature à la présidence.

Pareil aux têtes de l’hydre s’est rajouté au complexe militaro-industriel une seconde menace pour l’humanité: un radicalisme du marché qui a fait revivre l’idéologie social-darwiniste du XIXe siècle – la quête impitoyable de l’intérêt et de la supériorité et la lutte de tous contre tous de laquelle le plus fort sortira gagnant.

Aux deux s’oppose le droit, fondé sur le droit naturel qui correspond à la nature sociale et à la dignité de l’homme et qui se reflètent dans le droit international, les droits de l’homme et dans de nombreuses constitutions d’Etats nationaux. Ce n’est donc pas une coïncidence que la violation du droit soit devenue politique et se soit considérablement accélérée depuis 25 ans. La liste est longue et s’étend jusqu’à nos jours.

Le pape François et ses prédécesseurs sont parmi les rares «célébrités» qui se sont prononcés à plusieurs reprises contre cette politique. Le 22 septembre 2011, le pape Benoît XVI a demandé, devant le Bundestag allemand, le respect de l’éthique politique: «La politique doit être un engagement pour la justice et créer ainsi les conditions de fond pour la paix. […] Servir le droit et combattre la domination de l’injustice est et demeure la tâche fondamentale du politicien.» Le pape François a déclaré de nouveau dans une interview à la radio portugaise «Renascença» du 14 septembre les causes de la migration de masse: «Nous voyons ces réfugiés, ces pauvres gens qui fuient la guerre et la faim. Mais à la racine il y a une cause: un système socio-économique méchant et injuste.» Selon le pape, le système économique dominant actuel a marginalisé les êtres humains et fait de «Mammon, l’idole de notre temps». D’après le pape il faut envisager les causes du phénomène de migration de masse: «Là où la faim règne, il faut créer des emplois et investir. Là où la guerre ravage, il faut œuvrer pour la paix. Aujourd’hui, le monde est en guerre contre lui-même.»

Le pape s’est adressé en particulier à l’Europe: «Je crois que le grand défi de l’Europe est d’être réellement mère et non pas grand-mère de l’Europe. Elle possède une culture exceptionnelle, des siècles de culture et doit retrouver sa place dans le concert des nations.»

Mais, que fait l’Europe à la place? S’arme-t-elle pour une prochaine guerre – parce que le système économique et financier de l’«Occident» et surtout des Etats-Unis se trouve une fois de plus sur le point de s’effondrer et que la guerre doit apporter une fois de plus le «sauvetage» – coûte que coûte? De nouvelles armes nucléaires stationnées à Büchel ne sont que la pointe de l’iceberg menaçant toute l’Europe. La folie est calculée. L’Allemagne, conduite par sa chancelière, suit les directives de Washington comme des lemmings.

Karl Müller

Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires

(Etat le 7 octobre 2009)
Les Etats qui concluent le présent Traité, ci-après dénommés les «Parties au Traité»,
– Considérant les dévastations qu’une guerre nucléaire ferait subir à l’humanité entière et la nécessité qui en résulte de ne ménager aucun effort pour écarter le risque d’une telle guerre et de prendre des mesures en vue de sauvegarder la sécurité des peuples,
– Persuadés que la prolifération des armes nucléaires augmenterait considérablement le risque de guerre nucléaire,
– En conformité avec les résolutions de l‘Assemblée générale de l‘Organisation des Nations Unies demandant la conclusion d‘un accord sur la prévention d‘une plus grande dissémination des armes nucléaires, […]
– Convaincus qu’en application de ce principe, toutes les Parties au Traité ont le droit de participer à un échange aussi large que possible de renseignements scientifiques en vue du développement plus poussé des utilisations de l‘énergie atomique à des fins pacifiques, et de contribuer à ce développement à titre individuel ou en coopération avec d‘autres Etats,
– Déclarant leur intention de parvenir au plus tôt à la cessation de la course aux armements nucléaires et de prendre des mesures efficaces dans la voie du désarmement nucléaire, […]
– Rappelant que, conformément à la Charte des Nations-Unies, les Etats doivent s‘abstenir, dans leurs relations internationales, de recourir à la menace ou à l‘emploi de la force, soit contre l‘intégrité territoriale ou l‘indépendance politique de tout Etat, soit de toute autre manière incompatible avec les buts des Nations Unies, et qu‘il faut favoriser l‘instauration et le maintien de la paix et de la sécurité internationales en ne détournant vers les armements que le minimum des ressources humaines et économiques du monde,
sont convenus de ce qui suit:
Art. I
Tout Etat doté d’armes nucléaires qui est partie au Traité s’engage à ne transférer à qui que ce soit, ni directement ni indirectement, des armes nucléaires ou autres dispositifs nucléaires explosifs, ou le contrôle de telles armes ou de tels dispositifs explosifs; et à n’aider, n’encourager ni inciter d’aucune façon un Etat non doté d’armes nucléaires, quel qu’il soit, à fabriquer ou acquérir de quelque autre manière des armes nucléaires ou autres dispositifs nucléaires explosifs, ou le contrôle de telles armes ou de tels dispositifs explosifs.
Art. II
Tout Etat non doté d’armes nucléaires qui est partie au Traité s’engage à n’accepter de qui que ce soit, ni directement ni indirectement, le transfert d’armes nucléaires ou autres dispositifs explosifs nucléaires ou du contrôle de telles armes ou de tels dispositifs explosifs; à ne fabriquer ni acquérir de quelque autre manière des armes nucléaires ou autres dispositifs nucléaires explosifs; et à ne rechercher ni recevoir une aide quelconque pour la fabrication d’armes nucléaires ou d’autres dispositifs nucléaires explosifs. […]

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