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La rencontre Obama-Poutine souligne la crise de la politique américaine en Syrie (WSWS)

par Barry Grey 2 Octobre 2015, 07:17 Syrie Poutine Obama ONU Rencontre

La réunion de 90 minutes de lundi entre le président américain Barack Obama et le président russe Vladimir Poutine a mis en évidence la crise aiguë de la politique américaine en Syrie et au Moyen-Orient en général. Le fait même que la Maison Blanche a proposé de rencontrer le dirigeant russe en vue d'un règlement politique en Syrie, après deux ans de gel dans leurs relations, témoigne de la débâcle que Washington a soufferte en conséquence de sa guerre sanglante de quatre ans pour un changement de régime dans ce pays dévasté.

La réunion a suivi le duel des discours devant la 70e Assemblée générale annuelle des Nations Unies. Dans son discours, Obama a tenté de dépeindre les guerres agressives et les interventions militaires de Washington en Afghanistan, en Irak, en Libye, en Syrie et ailleurs comme des efforts visant à faire respecter le droit international et à promouvoir la diplomatie pacifique. Citant les actions de la Russie en Ukraine et son soutien pour le régime de Bachar al-Assad en Syrie, il a accusé le gouvernement Poutine d'être un hors-la-loi international et une menace à la paix mondiale.

De son côté, Poutine a souligné les conséquences catastrophiques des guerres de changement de régime menées par Washington, qui ont transformé un pays après l'autre en sanctuaire pour les organisations terroristes islamistes telles que l'État islamique en Iraq et au Levant (EI). Il a défendu le régime d'Assad comme un rempart contre l’EI et a proposé une nouvelle coalition pour lutter contre l’EI qui comprendrait l'Iran et la Syrie ainsi que les puissances occidentales et leurs alliés du Moyen-Orient.

Les contradictions et la confusion générale sapant la politique américaine se font ressentir dans le fait qu'après avoir fustigé la Russie, Obama a fait marche arrière plus loin dans son discours et a déclaré qu'il était prêt à négocier avec la Russie et l'Iran, les deux principaux alliés d'Assad, sur le sort de la Syrie. Articulant un changement tactique dans la politique de son administration, Obama a indiqué que, bien que tout règlement doive inclure le départ de Assad, le président syrien pourrait rester au pouvoir pendant une période transitoire indéterminée, et des éléments du régime baasiste actuel pourraient être inclus dans le gouvernement qui lui succéderait.

Ce n’est pas un secret que ce changement de politique reflète un affaiblissement général de la position américaine dans la région. Une série d'événements récents ont souligné l'échec de la guerre américaine contre l'Etat islamique, en cours depuis plus d'un an, à affaiblir considérablement l'organisation dans les deux pays. La semaine dernière, l’annonce a été faite que le haut officier américain dans la campagne anti-EI, le général John Allen, allait bientôt démissionner de son poste. Ceci faisait suite au témoignage livré devant le Congrès par le général Lloyd Austin, le chef du Commandement central américain, au cours duquel le général a admis qu’un an après son lancement à un coût de $500 millions, le programme du Pentagone pour recruter et entraîner une force non-islamiste de combattants pour mener sa guerre par procuration en Syrie avait été en mesure d'aligner un grand total de «quatre ou cinq» soldats à l'intérieur du pays.

Parmi les forces entraînées jusqu'ici par les Etats-Unis, certaines ont été anéanties par le Front al-Nosra lié à Al Qaeda dès leur entrée en Syrie, d'autres ont fait défection aux milices islamistes anti-Assad, et d'autres encore ont remis leurs armes en échange de sauf-conduits.

La Russie a renforcé sa position en Syrie en élargissant son soutien militaire à Assad, et aurait construit une nouvelle base aérienne dans le nord-ouest de la Syrie, le bastion traditionnel du régime chiite alaouite d’Assad, un développement que Washington a été incapable de bloquer. Et à la veille du discours d'Obama à l'ONU, le gouvernement irakien soutenu par les Etats-Unis a annoncé qu'il avait signé un accord de partage de renseignements avec la Syrie, l'Iran et la Russie, manifestement sans en avoir préalablement informé le gouvernement américain. Un responsable du gouvernement irakien a déclaré lundi que Bagdad accueillerait volontiers les vols russes de surveillance au-dessus du pays.

Bien qu'aucun accord n’ait été conclu dans les pourparlers entre Obama et Poutine sur la question clé de l'avenir d’Assad, et qu'aucun détail concret de la discussion n'a été publié par les deux parties, les deux gouvernements ont cherché à décrire la réunion comme une étape positive. Le secrétaire d'Etat américain, John Kerry a dit sur le programme de MSNBC «Morning Joe» mardi que la réunion a été «généralement fructueuse».

Qualifiant de «complètement fausses» les critiques de la politique syrienne d'Obama, Kerry a déclaré que les deux présidents avaient convenu de «principes fondamentaux», y compris la nécessité d'une Syrie unifiée et laïque, une «gestion de la transition» à la tête du gouvernement, et la défaite de l'EI. Il a indiqué que Washington était disposé à offrir des incitations à la Russie pour qu’elle fasse pression sur Assad pour arrêter le largage des «engins explosifs» sur les «rebelles» soutenus par les Etats-Unis. La presse a laissé entendre que les mesures d'incitation pourraient comprendre une révision à la baisse des sanctions lourdes imposées par les Etats-Unis sur la Russie en représailles pour son soutien aux séparatistes pro-russes en Ukraine orientale.

Suggérant que des négociations sérieuses sont en cours pour un règlement politique qui impliquerait l'éviction en douceur d’Assad, le New York Times a rapporté mardi: «Il y a d'intenses discussions en cours sur la durée de cette période de transition et combien de personnalités dans l’entourage de M. Assad devraient s’en aller, ont dit plusieurs diplomates du Conseil de sécurité des Nations Unies».

Les revirements de la politique américaine au Moyen-Orient reflètent les contradictions qui caractérisent les actions de Washington alors qu'il prend un pays après l'autre pour cible. Ces revirements reflètent également les divisions qui font rage dans les cercles dirigeants de la politique étrangère américaine et au sein de l'appareil militaire et de renseignements quant au cours général à suivre. Personne n'a une explication à offrir au peuple américain sur ces contradictions, sur les catastrophes infligées aux peuples de la région ni sur l'échec manifeste de la politique américaine à atteindre ses objectifs déclarés.

La classe dirigeante américaine passe plutôt d'une guerre à l'autre, tout repli temporaire étant simplement une courte pause avant la prochaine éruption de violence militaire. On peut dire la même chose de tout accord qui pourrait être conclu entre les Etats-Unis, la Russie et l'Iran sur la Syrie.

La guerre civile sectaire incitée par les Etats-Unis, conçue dans le cadre d'un plan plus vaste visant à priver l'Iran de son seul allié arabe en préparation pour une éventuelle guerre de changement de régime à Téhéran, a abouti à ce jour à quelque 300.000 morts et transformé en réfugiés 11 millions de Syriens, près de la moitié de la population en 2011. Le flot de réfugiés des opérations militaires américaines en Syrie, en Irak, en Libye, en Afghanistan et d'autres pays a créé une grave crise en Europe, exacerbant les tensions internes et révélant le visage brutal du capitalisme européen. La crise des réfugiés est un facteur majeur dans la dissidence ouverte du gouvernement allemand envers la politique américaine en Syrie et son soutien à la proposition russe pour un règlement politique. La semaine dernière, la chancelière allemande Angela Merkel a réclamé qu'Assad fasse lui-même partie de telles négociations.

La logique des guerres américaines au Moyen-Orient – le contrôle des ressources énergétiques de la région, l'obtention d'un avantage géostratégique sur ses rivaux internationaux et la quête de l’hégémonie mondiale – conduit inévitablement à la guerre contre la Russie et la Chine, deux puissances nucléaires.

Il existe des contradictions au sein des contradictions. Poutine, le démon d’hier, est soudainement un partenaire potentiel d'aujourd'hui pour la paix. Essentiellement, les mêmes forces terroristes djihadistes qui constituent l’EI ont été financées et armées par la CIA, la Turquie et les alliés sunnites de Washington dans le Golfe persique (Arabie Saoudite, Qatar), afin de servir de forces interposées dans le renversement et l'assassinat du dirigeant laïc Mouammar Kadhafi en Libye, et dans la guerre pour un changement de régime contre le régime laïc en Syrie. L'Iran, l'empire du mal d'hier, est aujourd'hui un atout potentiel de l'impérialisme américain dans la région. Les Etats-Unis soutiennent un régime sectaire chiite en Irak qui est proche de l'Iran, même s’ils collaborent avec l'Arabie saoudite sunnite dans la guerre au Yémen et l'effort pour renverser le régime chiite d’Assad en Syrie.

Ni le gouvernement Obama ni les médias ne soulèvent aucune de ces question devant une population américaine majoritairement opposée à toutes ces sales guerres. La seule constante de la politique américaine c'est la méthode meurtrière utilisée contre des populations sans défense et l'esprit de conquête et de pillage qui anime ses buts de guerre.

La semaine dernière, l'ancien commandant en Irak et ex-directeur de la CIA, David Petraeus, a comparu devant le Congrès pour dénoncer la politique du gouvernement en Syrie. Il a appelé à la création de «sanctuaires» en Syrie contrôlés par des avions et des soldats américains et a exhorté l'armée américaine à empêcher le régime d'Assad de larguer des engins explosifs en détruisant son armée de l'air et ses pistes d'atterrissage, proposition qui impliquerait presque inévitablement le bombardement des forces et des installations russes dans le pays.

Les éléments proches des républicains ne sont pas les seuls à réclamer un tel changement de cap. Dans une chronique intitulée «L'Occident marche vers l'abîme en Syrie», Charles Lister de l'Institut Brookings, lié au Parti démocrate, a écrit lundi: «Malheureusement, l'intervention de la Russie prend place dans un contexte où la politique américaine en Syrie est tombée à son plus bas niveau… Ce serait généreux de qualifier la mission d'échec catastrophique».

Le danger grandissant d'une confrontation militaire avec la Russie a été évoqué dans un discours prononcé lundi à l'institut German Marshall Fund par le commandant suprême de l'OTAN, le général Phillip Breedlove. Avertissant que la Russie était en train de créer une «zone aérienne interdite» dans le nord-ouest la Syrie, le commandant de l'OTAN a déclaré: «Ces capacités très sophistiquées de défense aérienne n'ont rien à voir avec l'EI». L'OTAN, a-t-il déclaré, devait «camper sur sa position que [ces zones] ne sont pas des espaces interdits», ce qui signifie investir dans les forces qui pourraient «franchir la zone».

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