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Mistral gagnant pour l’Egypte ... une forte odeur de gaz ? (Blog Finance)

par Elisabeth Studer 12 Octobre 2015, 08:18 Egypte France Vente Mistral Gaz Italie

C’est fait ! L’entourage du Premier ministre Manuel Valls en visite au Caire a indiqué que l’Egypte venait de signer samedi avec le groupe français DCNS le contrat d’achat des deux navires de guerre Mistral. Après moult péripéties, la vente de ces derniers à la Russie avait été annulée par Paris, avec pour raison officielle invoquée : la crise ukrainienne.

Le 23 septembre dernier, le Président français, François Hollande avait annoncé qu’il s’était mis d’accord sur cette vente avec son homologue Abdel Fattah al-Sissi. L’entourage du ministre français de la Défense avait alors parlé d’un montant d’environ 950 millions d’euros pour l’achat de ces deux bâtiments de projection et de commandement (BPC).

Simple hasard ? Permettez moi d’en douter … alors que pétrole et gaz s’avèrent toujours être le nerf de la guerre dans ce bas monde … Il est en effet important de noter que cette acquisition égyptienne intervient alors que l’Egypte a récemment été mise sur le devant de la scène gazière.

Alors que les nouvelles ressources énergétiques off-shores de Méditerranée bouleversent depuis quelques mois la géopolitique et l’économie des régions concernées, Israël étant d’un poids non négligeable sur le nouvel échiquier énergétique – le géant pétrolier Eni a annoncé début septembre qu’il était prêt à céder une part de l’immense gisement de gaz naturel qu’il a découvert au large de l’Egypte. Volonté affichée : financer le développement de ce champ sans sacrifier ses dividendes. Une cession d’une part importante au géant pétrolier français Total serait-elle envisagée ? …. Allez savoir …

Pour rappel, Eni a ainsi récemment annoncé la découverte d’un champ d’hydrocarbures, baptisé Zohr, lequel s’étend sur environ 100 km2 et pourrait contenir jusqu’à 850 milliards de mètres cubes de gaz.

Dans une interview accordée au quotidien italien La Republicca, l’administrateur délégué Claudio Descalzi n’a pas exclu une éventuelle cession de certains lots, qui pourrait permettre de « donner de la valeur et de la solidité au bilan financier » du groupe. Le groupe italien a déjà eu recours à cette pratique pour un gisement découvert au large du Mozambique, mais elle ne sera pas forcément indispensable dans le cas de Zohr, avait toutefois ajouté Claudio Descalzi. Lequel a tenu à préciser que les investissements étaient bien moins lourds qu’au Mozambique et que le gaz qui sera extrait du gisement égyptien sera destiné au marché local, où les prix du gaz sont déconnectés de ceux du pétrole.

Le montant des investissements initiaux pour lancer l’extraction de gaz s’élève à environ 3,5 milliards de dollars (3,1 milliards d’euros), a estimé quant à lui lundi Khaled Abdel Badie, qui dirige la compagnie publique égyptienne de gaz Egas (Egyptian Natural Gas Holding). Ajoutant que « lorsque le développement du gisement sera achevé, le montant total des investissements atteindra 7 milliards de dollars ».

Selon Jason Kenney, analyste chez Santander, Eni pourrait chercher à monétiser une portion conséquente de ce gisement, peut-être jusqu’à 30% ou 40%, dans les trois ou quatre années à venir.

L’annonce de la découverte faite par ENI, relayée immédiatement par le ministère égyptien du pétrole, semble de prime abord une bonne nouvelle pour le régime al-Sissi, qui multiplie les appels du pied aux investisseurs internationaux. Claudio Descalzi, s’était rendu alors en personne au Caire pour présenter au président Sissi cette découverte, laquelle représente notamment à ses yeux “la possibilité de s’émanciper dans les décennies à venir d’une dépendance énergétique tellement contraignante qu’elle l’a obligé, à peine soixante-douze heures plus tôt , à signer à Moscou un accord difficile avec les Russes de Rosneft sur la fourniture de gaz liquide”. Où l’on retrouve la RussieSimple hasard …. ?

A noter que ces nouvelles ressources voient le jour au moment même où l’Egypte est le théâtre d’une vague d’attentats perpétrés par la branche locale de l’Etat islamique (EI ou Daesh). Lequel pourrait être enclin de toucher le gouvernement égyptien en effrayant les investisseurs internationaux, le chaos pouvant toutefois profiter à certains. La menace terroriste affaiblissant le pays économiquement en diminuant sa manne touristique, le transformant ainsi en une proie facile pour des multi-nationales désireuses d’acquérir des licences à moindres frais ….
Certains analystes estiment qu’une telle découverte pourrait suffire à combler une partie du fossé énergétique de l’Egypte. Cette dernière devrait en toute probabilité tenter de couvrir ses besoins domestiques avant de planifier des exportations. Quoi qu’il en soit, les perspectives d’Israël d’exporter du gaz vers l’Egypte devraient s’en trouver grandement diminuées.

Reste que si l’on tient compte de la période minimale de quatre ans nécessaire au développement du projet, il faudra attendre environ 2020 avant que la production ne démarre sur le site de Shorouk.

Rappelons que depuis plusieurs années, la Méditerranée orientale est devenue une zone d’exploration gazière très active, notamment après la découverte d’importants gisements gaziers au large d’Israël et de Chypre.

Le journal italien « La Stampa » estime que la nouvelle se trouve également être fort réjouissante pour l’Italie, elle dont “l’approvisionnement énergétique dépend des apports de la Russie et de l’Afrique du Nord, qui sont entravés par les guerres civiles en Ukraine et en Libye”.
Face à cette insécurité, “la découverte égyptienne incarne une alternative valide. Une sorte de ‘seconde Libye’” considère même la Stampa.

Avec notamment un impact non négligeable sur les livraisons de gaz russe …

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