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Que se passe-t-il en Syrie ? Le prélude à une troisième guerre mondiale ?

par Chems Eddine CHITOUR 19 Octobre 2015, 20:00 Syrie Russie USA Israël Occident Iran Guerre mondiale

La solution aux problèmes du Moyen-Orient passe par le Kremlin et Téhéran
« L’intervention extérieure agressive a entraîné, au lieu de réformes, la destruction pure et simple des institutions étatiques et du mode de vie lui-même. En lieu et place du triomphe de la démocratie et du progrès règnent la violence, la misère et les catastrophes sociales, tandis que les droits de l’homme, y compris le droit à la vie, ne sont appliqués nulle part (…) » Vladimir Poutine à la tribune des Nations Unies (28.09.2015)

Les événements se précipitent au Moyen-Orient et beaucoup de Cassandre annoncent une possible troisième guerre mondiale. On sait que l’unique objectif de Washington en Syrie est de destituer Bachar Al-Assad et de le remplacer par une marionnette étasunienne capable de mettre en oeuvre le plan de Qatar Petroleum (soutenu par l’Arabie saoudite, le Qatar, la Turquie et les Etats-Unis), pour remplacer le russe Gazprom sur le marché européen du gaz naturel et du pétrole brut. C’est l’opposition de Bachar Al-Assad à ce plan qui a déclenché l’utilisation de forces extérieures et la guerre civile de la Syrie.

La stratégie de Poutine

On dit que Poutine est un joueur d’échecs qui a une revanche à prendre sur ceux aux Etats-Unis et en Europe vassale, qui le prenaient pour quantité négligeable au point de faire des rodomontades et de sanctionner la Russie pour avoir refusé d’avoir une Otan à ses portes – en Ukraine ou en Ossétie. Par trois fois Poutine joue et met en échec l’Occident qui l’a exclu du G7. Souvenons-nous de l’Ossétie et de l’amateurisme du Géorgien Sakashvili ! Souvenons-nous de la façon élégante avec laquelle il a fait que la Crimée rejoigne le bercail russe ! Souvenons-nous enfin, de la façon avec laquelle il a pu imposer une zone tampon avec l’Ukraine ! Le dernier coup d’échecs est la stratégie-éclair avec laquelle il retape les bases de Lattaquié et de Tartous et y a amené rapidement une flotte impressionnante et opérationnelle. Le commentaire suivant est édifiant : « Dix-huit mois après la prise de contrôle de la Crimée, au terme d’une opération militaire éclair, le Kremlin a réussi un nouveau coup de maître : prendre de court toutes les puissances impliquées en déclenchant une intervention militaire dont il s’avère qu’elle a été préparée de longue date. Gravité et confusion : les deux mots peuvent aussi résumer la réunion de l’Otan qui s’est tenue jeudi 8 octobre à Bruxelles. « Nous assistons à une escalade inquiétante », a estimé le secrétaire général de l’Alliance atlantique.

Vladimir Poutine s’est réinstallé au centre d’un grand jeu diplomatique. L’intervention militaire de Moscou marque un basculement, (...) Pour la première fois depuis les guerres d’Indochine ou d’Afghanistan, deux coalitions militaires internationales se défient sur le territoire d’un même pays. D’un côté, celle menée par les États-Unis et qui revendique le soutien d’une soixantaine de pays, même si dans les faits, une demi-douzaine d’États participent aux opérations. De l’autre, cette nouvelle coalition annoncée par Vladimir Poutine à la tribune de l’Assemblée générale de l’ONU il y a trois semaines. » (1) « Tous les éléments sont ainsi en place pour une escalade militaire incontrôlée, qui pourrait conduire à une déflagration dans tout le Moyen-Orient. Appuyé par une diplomatie russe qui connaît parfaitement cette région et a su démontrer son efficacité, Vladimir Poutine a fait le choix d’accélérer en toute connaissance de cause, convaincu que le moment était venu d’enfermer dans un piège la coalition étasunienne pour imposer une solution politique intégrant ses conditions. Mais il ne s’agit là que d’une des nombreuses raisons de cette intervention militaire inédite. Une démonstration militaire au nez et à la barbe de l’Otan et des Etats-Unis.

La puissance militaire russe est de retour. Moscou fait la démonstration qu’il est capable de projeter une force d’intervention importante à des milliers de kilomètres de son territoire. A en croire Moscou, mais aussi Damas, tout serait différent cette fois, l’aviation russe intervenant de manière coordonnée avec les forces au sol de l’armée syrienne et lui apportant ainsi une puissance décisive. Porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova ne disait pas autre chose le 6 octobre : « Ce qui est très important, c’est que nous coordonnons notre action avec l’armée syrienne. C’est un point fondamental. Vous ne pouvez pas combattre l’État islamique sans coordonner vos efforts avec ceux qui le combattent au sol. Et en Syrie, c’est l’armée syrienne qui le combat. C’est pour avoir refusé cette coordination que l’intervention de la coalition [américaine] est inefficace. » (1) « Les frappes russes s’étant concentrées ces premiers jours dans le nord-ouest de la Syrie, entre Alep et Homs, là où l’armée de Bachar al-Assad est la plus menacée, elles permettent au régime syrien de retrouver des marges de manoeuvre et d’éviter de nouvelles défaites et pertes de territoire. Moscou prend ainsi sa revanche contre l’hyperpuissance militaire américaine et met l’Otan face à ses contradictions et à son impuissance. Impuissance vérifiée, puisque l’Otan n’a su ni prévenir ni sanctionner l’incursion d’avions de chasse russes dans l’espace aérien turc en milieu de semaine, pas plus qu’elle ne sait comment répondre à l’intervention en Syrie. (...) Ce retour militaire de la Russie s’accompagne d’un projet politique plus vaste. Vladimir Poutine l’a exposé devant l’Assemblée générale des Nations unies le 28 septembre, dans un discours s’en prenant frontalement aux États-Unis mais aussi à ces Européens ayant déclenché, entre autres, la guerre en Libye et le renversement de Kadhafi, après le désastre afghan et irakien. » (1)

Répétant son soutien au régime syrien, « seul légitime », et à Bachar al-Assad, accusant l’« opposition dite modérée » syrienne de n’être qu’un faux nez de l’État islamique et des groupes terroristes, le président russe met depuis en scène une coalition alternative.

Trosième raison : le soutien à Assad mais, au-delà, le renforcement des intérêts russes dans la région avec, au passage, une alliance renouvelée avec l’Iran. « Il y a ce qu’on appelle la légitimité des autorités étatiques. Nous ne pouvons pas jouer sur les mots à des fins de manipulation. Nous sommes tous différents et nous devons le respecter. » C’est l’argumentaire résumé par Maria Zakharova, porte-parole du ministère des Affaires étrangères : « Nous avons vu ce qui s’est passé en Libye. Nous avons vu le colonel Kadhafi d’abord démonisé puis éliminé, et nous avons vu le résultat. Si je vous propose les deux scénarios suivants, lequel choisissez-vous ? Renverser un dirigeant qui n’était certainement pas un ange ou préserver un pays et un peuple, empêcher un État de devenir un trou noir du terrorisme ? Je suis sûre que vous choisirez la deuxième option. » (1)

Riyadh prêt à coopérer avec Moscou pour sauvegarder l’unité de la Syrie
Renversement d’alliance : le pire ennemi d’Al Assad veut le sauver. L’Arabie saoudite et la Russie ont confirmé qu’elles poursuivaient les mêmes buts en Syrie, a annoncé le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov. « Nous travaillons avec l’Arabie saoudite sur la question syrienne depuis plusieurs années. Aujourd’hui, le président a confirmé que les buts que l’Arabie saoudite et la Russie poursuivent en Syrie coïncident », a déclaré le chef de la diplomatie russe après une rencontre avec le ministre de la Défense de l’Arabie saoudite Mohammed ben Salmane Al Saoud.
Curieusement, Valentin Valescu nous apprend que les Américains veulent abattre les avions russes, ils s’appuient sur les Saoudiens : « Contre les avions russes Su-25 qui volent souvent sous l’altitude de 5000 mètres pour les missions d’appui rapproché, les missiles portatifs américains FIM-92 Stinger, produits sous licence par Roketsan (Turquie), sont très efficaces. Les officiels saoudiens ont déjà répondu à la demande américaine, affirmant avoir livré cette semaine aux rebelles islamistes, encore un lot de systèmes de missiles antichars américains BGM-71 TOW, pour stopper l’offensive de l’armée nationale syrienne.

En fait ce n’est pas pour sauver l’unité de la Syrie que la monarchie saoudienne est prête à coopérer avec la Russie, mais pour sauver le trône menacé de l’intérieur (contestation des chiites du Sud pétrolier - région de Qatif) et de l’extérieur (résistance patriotique des Houtis yéménites contre l’invasion des Saoud).

Un nouvel acteur pour le Moyen-Orient

Il semble que l’influence américaine est sur le déclin. La Russie s’implique au Moyen-Orient. Grâce à l’opération en Syrie, l’influence russe dans le Proche-Orient est sans précédent. « L’influence américaine et son implication dans les affaires de la région traversent une période de déclin sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale », estime l’ancien ambassadeur américain en Afghanistan, en Syrie, en Irak, au Liban, au Koweït et au Pakistan Ryan Crocker. Les alliés des Etats-Unis dans le Proche-Orient sont inquiets et optent souvent pour un compromis avec la Russie, souligne le Wall Street Journal. C’est notamment le cas d’Israël, qui a refusé de soutenir la résolution proposée par les Etats-Unis à l’Assemblée générale de l’ONU, concernant la Crimée, et qui ne critique pas actuellement les frappes russes en Syrie. Bien que la Maison-Blanche essaye de contester le déclin de ses forces, les événements de ces dernières semaines, notamment le « gambit syrien » russe, font que la Russie est actuellement encore plus puissante dans le Proche-Orient que dans les années 1970-1980. « Monsieur Poutine aspire à une sorte de dominance conjointe avec les Etats-Unis dans le Proche-Orient et il a presque réussi », estime Camille Grand, directeur de la Fondation pour la recherche stratégique à Paris. Plusieurs forces dans la région, surtout l’Irak et les Kurdes, sont désenchantées par l’incapacité des Etats-Unis de contrer le groupe terroriste Etat islamique et saluent donc l’opération russe en Syrie. »(2)

Le basculement
Pour Paul Craig Roberts : « Le monde commence à se rendre compte qu’un bouleversement dans les affaires du monde était en train de se passer le 28 septembre, lorsque le président Poutine de la Russie a déclaré dans son discours à l’ONU que la Russie ne peut plus tolérer la politique vicieuse, stupide et vouée à l’échec de Washington qui a déclenché le chaos qui s’est déversé sur le Moyen- Orient et maintenant l’Europe. Deux jours plus tard, la Russie a pris la situation militaire en main en Syrie et a commencé la destruction des forces de l’Etat islamique. (...) L’afflux de populations indésirables est en train de sensibiliser les Européens sur le coût élevé de la mise en oeuvre de la politique étrangère des États-Unis. Les conseillers ont dit à Obama que l’idiotie de la politique des néoconservateurs menace l’Empire de Washington en Europe. En effet, les Russes ont déjà établi de facto une zone d’exclusion aérienne. Poutine, sans aucune menace verbale, ni aucune insulte, a résolument changé l’équilibre des puissances, et le monde le sait. Si Obama avait un peu de bon sens, il écarterait de son gouvernement les abrutis néoconservateurs qui ont dilapidé la puissance de Washington, et il se concentrerait plutôt à conserver l’Europe en travaillant avec la Russie pour détruire, au lieu de le parrainer, le terrorisme au Moyen-Orient qui envoie des vagues de réfugiés en Europe. » (3)

Justement on dit que l’Alliance occidentale s’effrite : l’Union européenne abandonne les Etats-Unis dans leur tentative de renversement d’Assad. L’Europe est envahie de réfugiés provenant des campagnes de bombardement en Libye et en Syrie, qui ont créé un état fantoche en Libye, et qui menacent de provoquer la même chose en Syrie. La pression exercée sur le régime syrien qui combat l’Etat islamique doit être éliminée. Le public européen est opposé aux bombardements étasuniens, qui ont provoqué l’exode de réfugiés vers l’Europe. Les dirigeants européens commencent à se désolidariser de leur alliance avec les Etats-Unis. »(4)

Le spectaculaire jeu d’échecs syrien

Jusqu’à l’intervention de Poutine à l’ONU le 28 septembre et l’intervention russe en Syrie, deux équipes de jeu se faisaient face : d’un côté, Assad et la faction chiite comprenant l’Iran et le Hezbollah, de l’autre, la coalition internationale qui, côté syrien, se contentait de donner quelques claques aux islamistes du fait qu’elle est essentiellement concentrée sur Daesh.

La stratégie de Washington en Syrie était d’armer les « terroristes modérés » qui se battent à la fois contre Daesh et contre Assad sans succès, Dans le même temps, l’Iran a poussé ses pions dans le petit jeu d’échecs personnel (...) l’Iran profite de la faiblesse de Assad pour s’introduire profondément dans les couloirs du pouvoir syrien. (...) Poutine est assis à sa propre table de jeu, face à l’Otan qui veut l’obliger à rejoindre la coalition anti-Daesh en Irak et à laisser tomber la Syrie (...) Pour Poutine comme pour Assad, si une intervention militaire russe en Syrie doit avoir lieu, c’est maintenant ou jamais. Dont acte. (...) Selon Justin Bronk, analyste de recherche au Royal United Services Institute : « Les forces russes maintenant en place rendent parfaitement évident que tout type de zone d’exclusion aérienne sur le modèle libyen imposé par les États-Unis et leurs alliés est désormais impossible, à moins que la coalition ne soit en fait prête à abattre des avions russes. » (5)

L’énigme Erdogan

La Turquie semble être sans boussole, elle combat les Kurdes, la Syrie mais soutient Daesh qui la ravitaille en pétrole. Elle se plaint de la Russie et attend l’aide de l’Otan en vain. « Erdogan n’a toujours pas compris, lit-on sur le site Réseau Voltaire, que l’Otan n’a jamais été au service de ses membres. L’Organisation a une raison d’être, c’est l’hégémonie anglo-saxonne dirigée militairement par les Etats-Unis. Si la cause turque peut servir l’impérialisme atlantique, il les verra débarquer sans qu’il ait à les solliciter, sinon, il n’aura que de belles paroles et des sourires avenants. Dès le premier jour de bombardement, l’aviation russe a tué des officiers turcs illégalement déployés sur le sol syrien. En réalité, la Russie mène la guerre contre l’Armée turque qui continue à encadrer des groupes terroristes sur le sol syrien et fournit un refuge et une assistance aux jihadistes qui fuient les bombardements russes. » (6) Il semble heureusement, qu’aucun des camps ne veut l’escalade. Le Pentagone a annoncé dans la soirée que la Russie et les Etats-Unis étaient prêts à reprendre des discussions sur la sûreté de l’espace aérien en Syrie, où les deux pays sont engagés dans des opérations militaires distinctes. Au lendemain des premières frappes russes, de hauts responsables civils et militaires étasuniens s’étaient déjà entretenus par vidéoconférence avec leurs homologues russes sur les moyens d’éviter des incidents entre les aviations des deux pays. Peut-être qu’après tout il n’y aura pas de troisième guerre. Ce qui est sûr c’est que la solution aux problèmes du Moyen-Orient passe par le Kremlin et Téhéran. Les rodomontades des valets européens seront des scories de l’histoire.

1.Site Médiapart, http://forumdesdemocrates.over -blog.com/2015/10/moyen-orient-analyse-syrie-les-quatre-raisons-de-l-escalade-russe-09-octobre-2015-par-francois-bonnet-dix-huit-mois-apres-la-crimee
2.http://fr.sputniknews.com/international/20151010/1018748586/proche-ori...
3. http://reseauinternational.net/nous-sommes-a-un-tournant-decisif-dans-...
4.http://reseauinternational.net/lalliance-occidentale-seffrite-lunion-e...
5.http://reseauinternational.net/le-spectaculaire-jeu-dechecs-syrien/
6.http://www.voltairenet.org/article188985.html

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