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TTIP ou Europe des peuples, il faut choisir (InvestigAction)

par Elisabeth Beague 23 Octobre 2015, 14:14 TTIP UE Europe Peuples Nations

TTIP ou Europe des peuples, il faut choisir (InvestigAction)
TTIP ou Europe des peuples, il faut choisir

Par Elisabeth Beague
InvestigAction

Selon l'économiste Pierre Defraigne, Le TTIP n'est pas compatible avec le projet social européen, car le principe fondateur de l'Europe n’est pas le marché mais l’unité politique. Sur la route de l'Europe des peuples qui doit remplacer l'actuelle Union européenne des marchés, le TTIP est un obstacle qui doit être abattu.

Amis lecteurs,

« C’est la lutte finale » ? Que nenni ! Il semble que notre lutte ne soit pas près de finir car, comme l’a déclaré récemment Warren Buffet « la lutte des classes est actuellement menée par les riches et gagnée par les riches ».

Alors, plus que jamais mobilisons-nous et, dans l’immédiat, contre le TTIP !

Soupçonniez-vous l’importance qu’ont eue des groupes comme American Express ou Citicorp pour la création de l’OMC ?

Comprenez-vous que le but des entreprises transnationales est de fixer elles-mêmes toutes les normes (santé publique, alimentation, environnement, fiscalité, etc) ?

Vous doutiez-vous qu’en plus (!) ce sont les patrons des 50 plus grosses multinationales européennes qui veulent le TTIP et qu’il n’y a pas moyen de savoir qui fait partie du groupe de travail de la Commission ?

Savez-vous qu’actuellement les parlementaires européens n’ont pratiquement aucun droit de regard sur les négociations en cours ? Et que tout va être fait pour éviter un débat parlementaire ?

Êtes-vous conscients que votre seul pouvoir est le pouvoir d’achat ou ce qu’il en reste et que vous ne décidez même pas de ce que vous achetez ?

N’allons-nous pas réagir ? Nous avons voté pour des représentants politiques (qui ne nous représentent pas toujours, mais c’est un autre sujet), nous n’avons voté ni pour les banques ni pour les multinationales !

Qu’en dit Pierre Defraigne, économiste, chargé de cours à l’UCL, ex-fonctionnaire européen et qui ne peut en rien être soupçonné de gauchisme ? Il tire la sonnette d’alarme.

Il constate que "la société est en crise" mais, d’après lui, "au lieu d’être découragés, tétanisés, il faut y voir une opportunité de mutation et, pour lutter contre la décroissance, rester solidaires car le repli sur soi ne favorise jamais une action efficace". Seulement, ajoute-t-il, "il faut être conscient des enjeux du TTIP car OTAN + TTIP + dollar nous mène à l’aliénation de l’Europe et à la dépendance atlantique."

Néanmoins, il veut rester résolument optimiste et il détaille comme suit (1) :

"L’Europe est riche de sa diversité qui signifie émulation et échanges, elle est riche de son humanisme et a réalisé l’État de droit. Elle s’est créée après deux conflits majeurs : la première guerre mondiale qui était une guerre de capitalismes nationaux et la seconde un choc de deux systèmes économiques antinomiques, la démocratie de marché et le communisme."

"Maintenant, il y a conflit entre capitalisme et démocratie et seule l’Europe est capable de répondre aux défis qui se présentent : la persistance des inégalités, le poids des multinationales, la multi-polarité du monde avec la montée en puissance de la Chine, la contrainte environnementale et le partage des ressources. "

"Faute d’unité politique, l’Europe n’exploite pas ses ressources. L’Allemagne, exagérément mercantiliste, fait bande à part. Pourtant la question de la sécurité pourrait, et nous l’espérons, remettre en cause sa vision des choses. Car, pour le moment, l’Europe s’en remet aux États-Unis pour sa sécurité et, si le PIB des USA et de l’Europe sont comparables, bien des domaines les distinguent.

"Les États-Unis se caractérisent par une capacité militaire supérieure, une industrie plus innovante, mais aussi par une société plus inégalitaire, des systèmes sociaux défaillants, des lobbies plus puissants (qui ont réussi à privatiser certaines fonctions politiques), un rapport défavorable, donc, du politique vis-à-vis des marchés et une volonté de soumission de l’ordre multilatéral à leurs intérêts exclusifs."

"Les Européens qui ne réagissent pas contre le TTIP sont défaitistes, ils manquent de confiance en eux, ils négligent l’impact que pourrait avoir ce traité sur la cohésion sociale, la santé, la culture, les services publics, ils acceptent l’hypertrophie du secteur financier, ils négligent le danger de rentrer dans une spirale sécuritaire."

"Les Européens doivent choisir entre devenir sujets ou objets, donc choisir entre le TTIP et l’Europe car le TTIP est incompatible avec le projet européen."

"Pour éviter la dissolution", dit toujours Pierre Defraigne, "l’Europe a besoin d’un principe fédérateur qui n’est pas le marché mais l’unité politique, qui n’est pas la recherche de l’identité mais d’une communauté de destins, qui incarne ses valeurs dans un projet de société respectant la dignité, la liberté et la justice."

"L’Europe est pionnière en matière environnementale, elle peut donc réconcilier l’innovation, l’expérience et l’environnement et décider d’être responsable de sa sécurité (en imposant au moins une parité au sein de l’Otan si elle ne peut pas s’en débarrasser). Pour ce faire, il faut un budget fédéral qui soit géré de façon cohérente et qui puisse restructurer les dettes excédentaires (n’oublions pas la Grèce !)."

"Il faut des partis politiques transnationaux qui portent des projets et se mobilisent sur des idées positives, il faut par exemple qu’un « Vert » allemand se positionne comme « Vert » et pas exclusivement comme « Allemand ». Le Parlement européen doit par conséquent devenir un vrai parlement qui puisse prendre des initiatives en matière de législation et disposer d’un budget."

N’oublions en tout cas jamais que la grande imposture du TTIP est de faire miroiter une croissance de l’emploi. Il ne suffit pas de tirer la sonnette d’alarme, il faut sonner le tocsin !

Lecteurs, si un professeur d’économie tel que Pierre Defraigne qui fut fonctionnaire européen de 1970 à 2005 se montre aussi critique à l’égard du TTIP, ne doutons pas qu’il a de bonnes raisons.

Note :

1. Propos recueillis lors d’une conférence dans les facultés de sciences sociales à Louvain-la-Neuve, le 19 mars.

Source : Investig’Action

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