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Al Nosra, l’étrange allié de la diplomatie française (Mondafrique)

par Jacque Marie Bourget 19 Novembre 2015, 11:41 Al Nosra Al-Quaïda Fabius France Terrorisme EI Collaboration

Laurent Fabius est en ce moment très malheureux. Voilà que, pris d’un excès de lucidité, Hollande est en marche pour briser sa si jolie politique étrangère. Ne vient-il pas, comme on tire la poignée de secours, de demander au Conseil de Sécurité de fédérer la « Communauté internationale » contre Daech ?

La France, faisant semblant de ne pas perdre la face, pourrait alors faire un énorme pas de côté et rejoindre le camp du bon sens : les gens de Daech ne sont pas vraiment des types fréquentables. En revanche, pour Fabius, leurs collègues d’Al Nosra (petit nom d’Al Qaïda en Syrie) étaient jusqu’au aujourd’hui des gens admirables, des guerriers de la démocratie faisant du « bon boulot ». Patatras, voilà que ces admirables barbares, dans un communiqué, viennent d’approuver l’action exemplaire de leurs collègues de Daech engagés dans les attentats du vendredi 13. Laurent, il est temps de rendre ton tablier pour retourner faire du cheval. Pour le remplacer il semble que Guigou soit en selle… Ca ne peut pas être pire.

Pour les lecteurs curieux, voilà ce que Mondafrique a déjà publié sur Al-Nosra/Al-Qaïda et le ministre des Affaires étrangères de la France.

Fabius, un bombardier à géométrie variable.

Est-ce l’effet de son statut d’intermittent du sommeil -et par conséquence intermittent de l’éveil- que notre ami Fabius ne se souvient plus très bien de ce qu’il dit ? Qu’il a la mémoire qui flanche ? Un article du Monde, publié de 2 octobre nous en apprend une bien belle : Fabius Laurent approuve ce que Laurent Fabius réprouve, le bombardement des djihadistes d’Al-Nosra. Voilà comment Le Monde nous présente la chose. Aux Nations Unies, à New York, à l’occasion du sommet mondial des chefs d’Etats réunis pour l’Assemblée plénière, John Kerry discute avec son équivalent russe Sergeï Lavrov. Il s’agit de faire la police de l’air afin que les avions de chasse de la « coalition » ne se heurtent pas à ceux de Moscou, voire de Tel Aviv…

Mis au courant de la volonté de Poutine d’en finir avec les fous de Dieu, informé aussi de la conversation entre Kerry et Lavrov, Fabius ouvre un œil et lance « Si c’est Daech et Jabbat Al-Nosra qui sont visés, alors les frappes russes sont les bienvenues » ! Le réveil a-t-il sonné trop brutalement, faisant dérailler la langue diplomatique de « Fafa » ? Toujours est-il que nous voilà subitement loin de la ligne tenue pendant une longue période où il s’agissait à tout prix de faire passer Al-Nosra, autrement dit Al-Qaïda, pour des enfants du bon Dieu.

« Du bon boulot »

En guise de piqûre de rappel je vous suggère ce petit résumé de ce qu’était la position de la France jusqu’à ces bombardements russes. Nous sommes en décembre 2012 : « La décision des États-Unis de placer Jabhat Al-Nosra, un groupe djihadiste combattant aux côtés des rebelles, sur leur liste des organisations terroristes, a été vivement critiquée par des soutiens de l’opposition. M. Fabius a ainsi estimé, mercredi, que « tous les Arabes étaient vent debout » contre la position américaine, « parce que, sur le terrain, ils font un bon boulot ». « C’était très net, et le président de la Coalition était aussi sur cette ligne », a ajouté le ministre. »

La lecture de cet extrait du quotidien Le Monde –encore-là quotidien de référence, c’est le cas de la dire- indique que la France fait tout ce qu’elle peut pour empêcher qu’Al-Nosra, la branche d’Al-Qaïda en Syrie, soit inscrite sur la liste noire de l’ONU, celle qui désigne les organisations terroristes. Dès le « printemps » de Damas, Nicolas Sarkozy alors à l’Elysée, s’engage à fond pour que Bachar Al-Assad soit balayé. L’arrivée des socialistes au pouvoir, en mai 2012, augmente encore la haine de Paris pour le régime syrien : tout rebelle doit être considéré comme un saint. Peu importe s’il est le monstrueux enfant de Ben Laden. Ce qui est le cas de tous les combattants d’Al-Nosra.

Courrier marocain

Au grand dam de Fabius, Washington, qui ne peut faire moins dans un pays marqué par les attentats du 11 septembre, décide unilatéralement de déclarer terroristes ces djihadistes pourtant si utiles. En coulisse le Quai d’Orsay mobilise afin d’épargner l’infamie à cette composante « rebelle ». La preuve ? Nous la détenons par un courrier envoyé par la délégation marocaine à l’ONU à son ministère de tutelle à Rabat. La lettre du 29 avril 2013 est classée « Confidentiel/Très urgent », elle est signée de Mohamed Loulichki, l’ambassadeur du Maroc auprès des Nations Unies.

Le courrier fait état d’une demande de la Syrie auprès de l’ONU, intervention qui met visiblement la France dans tous ses émois : Damas vient de sommer l’ONU de placer Al-Nosra sur la liste des organisations terroristes… Le courrier diplomatique marocain rapporte l’embarras de Paris qui « considère politiquement inconcevable de s’opposer à l’inscription d’Al-Nosra sur la liste des sanctions. Toutefois il est important pour la France qu’une telle inscription s’opère à travers des canaux autres que la Mission syrienne et de couper l’herbe sous les pieds de la Syrie qui a toujours assimilé l’opposition syrienne à des groupes terroristes ».

Que faire pour éviter l’opprobre à Al-Nosra-Al-Qaïda, organisation bien vue de Fabius ? Toujours selon le courrier marocain, Paris a imaginé une réplique qui est le « résultat de plusieurs semaines de négociations ». La ruse, qui a été approuvée par le Royaume Uni, consiste à ajouter discrètement le nom d’Al-Nosra à la liste des sanctions qui frappe Al-Qaïda en Irak. Ainsi l’initiative de Bachar serait contrée et les « rebelles » aimés de Paris moins stigmatisés…

Cette lettre de l’ambassadeur du Maroc continue d’être instructive quand on li sous la plume de l’excellence la position de Riyad face à une mise au pilori d’Al-Nosra : « L’Arabie Saoudite nous a déjà communiqué ses craintes quant à la perspective de l’inscription d’Al-Nosra et son instrumentalisation pour établir un lien entre le terrorisme et les pays qui soutiennent les groupes armés de l’opposition syrienne ». Cette phrase mérite une traduction un peu plus brutale, avec des circonvolutions Riyad dit la chose suivante : « Impossible de stigmatiser Al-Nosra alors que nous soutenons, armons et finançons ce groupe. Impossible qu’il soit dit et écrit que nous sommes des alliés du terrorisme ».

Petits arrangements

Finalement, le 31 mai 2013, La France de Fabius va perdre le match, l’ONU couche Al-Nosra sur sa liste noire. Avec des sursauts encouragés par Paris les « rebelles » tentent en permanence d’en être rayés. Ainsi, en septembre 2014, quand Al-Nosra libère 45 Casques bleus qu’il détient en otage, le Quai d’Orsay appuie discrètement la demande des élèves de Ben Laden qui exigent, en échange, d’être retirés de la « Liste des sanctions ».

Le « deal » n’a pas marché. Mais le même John Kerry, bien longtemps après Fabius et le ministre des Affaires étrangères du Qatar, va finir à son tour par approuver « le bon travail d’Al-Qaïda en Syrie. Oublions donc tous ces moments d’égarement, Fabius comme le Secrétaire US a une ligne politique en béton. Ce ne sont pas les girouettes qui tournent. C’est le vent.

En attendant, comme on ne change pas une équipe qui gagne, Hollande a reçu ce mardi 17 novembre l’excellent premier ministre du Qatar, un homme qui connait parfaitement le terrorisme. Puisque son pays le finance.

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