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Derrière les beaux discours des présidents Obama et Hollande se cache une stratégie frileuse (MEE)

par James Reinl 28 Novembre 2015, 17:27 USA France Syrie EI Obama François Hollande

Derrière les beaux discours des présidents Obama et Hollande se cache une stratégie frileuse (MEE)
Derrière les beaux discours des présidents Obama et Hollande se cache une stratégie frileuse
Par James Reinl
Middle East Eye

Traduction de l’anglais (original) par Julie Ghibaudo

Alors que le président américain Barack Obama exprime sa profonde sympathie aux victimes des attentats de Paris, il veut éviter de s’enfoncer plus durablement dans le conflit en Syrie

NEW YORK, États-Unis – Cette semaine, les entretiens entre le président français François Hollande et son homologue américain, Barack Obama, ont renvoyé au monde l’image, chargée de symboles, de deux alliés unis contre l’État islamique (EI), au lendemain de l’effusion de sang qui a eu lieu dans les rues de Paris au début du mois.

Mais les analystes soulignent que les nouveaux engagements dans la lutte contre l’EI tardent à venir. Le clivage actuel entre les puissances alliées sur le maintien au pouvoir du président syrien Bashar al-Assad et la destruction de l’avion militaire russe par la Turquie enveniment une situation déjà difficile.

« La France et les États-Unis sont des alliés suffisamment proches pour que leurs échanges fondés sur de solides relations soient toujours cordiaux. Cela ne signifie pas pour autant qu’Hollande est reparti avec des engagements ; il n’a reçu que des paroles apaisantes », a confié Jonathan Cristol, chercheur au sein du groupe de réflexion World Policy Institute, à Middle East Eye.

Après la rencontre des deux présidents à la Maison Blanche mardi dernier, Barack Obama a salué la France comme étant le plus « vieil allié » des États-Unis et a exprimé son plus profond désarroi face aux fusillades et aux attentats à la bombe perpétrés par l’EI à Paris qui ont fait 130 victimes le 13 novembre.

Il a décrit les deux nations comme étant liées d’amitié « quelles que soient les circonstances ». Les chefs religieux combattant pour la création d’un califat qui occupent des territoires en Irak et en Syrie « doivent être détruits et nous devons mener cette mission ensemble », a affirmé Barack Obama à des journalistes mardi dernier.

Et d’ajouter que la campagne de bombardement menée par les États-Unis avait déjà lancé plus de 8 000 frappes aériennes sur des cibles de l’EI en Irak et en Syrie. La France et les États-Unis s’étaient déjà attelés à « renforcer la coordination », ils doivent aujourd’hui « aller encore plus loin ».

Il a également fait part de son intention de renforcer le soutien des États-Unis à la France et à d’autres alliés en Afrique en matière « de transport aérien et de renseignements ».

François Hollande a confirmé que les deux chefs d’État s’engageaient à « intensifier nos frappes à la fois en Syrie et en Irak » et à « élargir notre champ d’intervention pour renforcer notre collaboration en matière d’échange de renseignements concernant les cibles à atteindre ». Aucun des dirigeants n’a évoqué le déploiement de troupes au sol.

« Beaucoup de bruit pour rien »

Les analystes ont souligné un discours de fermeté qui manquait de consistance.

Pour Alex Vatanka, chercheur au sein de l’Institut du proche Orient, un groupe de réflexion basé à Washington, François Hollande, qui souhaitait obtenir de Barack Obama des engagements plus fermes dans la lutte contre l’EI, pourrait bien « avoir perdu son temps » en entreprenant ce long voyage de 6 000 km.

« Barack Obama a beau témoigner sa solidarité aux Français concernant les attentats de Paris, il conserve la même ligne politique d’extrême prudence dans le dossier syrien depuis quatre ans et demi » a déclaré Alex Vatanka à Middle East Eye.

« L’approche frileuse de Barack Obama dans la lutte contre l’EI a poussé le reste de la communauté à se demander qui pourrait bien combler le vide laissé par les États-Unis. Les Français ne peuvent pas s’en charger sans soutien. Aujourd’hui, la question est de savoir si la Russie et les Européens peuvent s’unir pour assumer le rôle qui a toujours été celui des États-Unis. »

François Hollande a rencontré jeudi le président russe Vladimir Poutine à Moscou dans le cadre d’une mission diplomatique dont l’objectif est de rallier davantage de soutien pour intensifier la lutte contre l’EI, à la suite des attaques perpétrées dans des restaurants, une salle de concert et un stade de football de la capitale française.

Les différends qui opposent les principales puissances militairement impliquées en Syrie ne cessent de pénaliser la coopération internationale sur la question syrienne. La Russie et l’Iran soutiennent Bashar al-Assad, alors que les États-Unis et certains États européens et arabes souhaitent son départ dans la cadre d’une transition politique.

La Maison-Blanche a exprimé le plus grand scepticisme quant aux motivations de Vladimir Poutine, étant donné que ce dernier soutient Bashar al-Assad depuis longtemps. Elle a également accusé la Russie de défendre le chef d’État syrien et de bombarder des groupes rebelles « modérés » plutôt que les combattants de l’EI.

La planification militaire s’inscrit dans un effort diplomatique parallèle qui vise à écarter Bashar al-Assad du pouvoir. Malgré l’accord de principe qu’a donné Moscou sur la tenue d’élections supervisées par les Nations unies dans un délai de 2 ans, ce dernier ne fait preuve d’aucune bonne volonté pour participer aux efforts visant à évincer explicitement Bashar al-Assad.

Selon John Quigley, professeur de droit à l’université d’État de l’Ohio, M. Hollande souhaite renforcer la lutte à l’encontre de l’EI en développant la coopération entre l’Occident, la Russie et l’Iran, en dépit de leurs intérêts divergents.

« Au lendemain des attaques à Paris, la France souhaite s’en prendre directement à l’EI, même s’ils doivent laisser le gouvernement syrien au pouvoir », fait remarquer John Quigley à Middle East Eye.

« À cela s’ajoute l’argument de poids de Poutine qui cherche à convaincre que la Syrie a tout intérêt à conserver Bashar al-Assad au pouvoir, plutôt qu’à l’évincer. Car s’il quitte ses fonctions, personne ne sait exactement ce qu’il adviendra, nous pourrions très bien nous retrouver avec une situation identique à la Libye ou à l’Irak. »

Selon la France, si nous voulons établir une coordination plus étroite avec la Russie, Moscou doit empêcher Bashar al-Assad de bombarder des civils, concentrer ses frappes exclusivement sur l’EI et autres extrémistes et aider à trouver une solution politique sans Bashar al-Assad.

Une coopération plus étroite entre la France et la Russie

Un haut fonctionnaire français a rapporté à l’agence de presse Reuters que, selon Paris, qu’il serait assez facile d’obtenir une collaboration plus étroite avec Vladimir Poutin. À l’instar des attentats parisiens, l’EI a revendiqué avoir bombardé un avion russe dans la péninsule du Sinaï en Égypte le mois dernier, faisant 224 victimes.

« Les attaques récentes de l’EI ont rapproché Paris et Moscou qui considèrent la lutte contre l’EI comme la priorité numéro un en Syrie sur le long terme, indépendamment du sort de Bashar al-Assad. Les États-Unis finiront bien par s’engager dans cette voie, il leur faut juste un peu de temps », indique Jonathan Cristol à Middle East Eye.

« François Hollande a tenté de rapprocher la Russie et les États-Unis dans leur lutte contre l’EI. Mais même après les attentats de Paris, les États-Unis n’ont pas la volonté politique d’aller beaucoup plus loin dans leur engagement et n’ont certainement pas l’intention de déployer des troupes massives au sol. »

Les rencontres de François Hollande sont intervenues cette semaine dans un contexte marqué par la destruction mardi dernier d’un avion militaire russe, près de la frontière syrienne, par un membre de l’OTAN, la Turquie, mettant en lumière la complexité du paysage militaire en Syrie.

La tension entre Moscou et Ankara a monté d’un cran, alors que Poutine parle de « coup de poignard dans le dos » pour évoquer la destruction de l’avion et prévient que l’incident risque d’être lourd de conséquences. Les États-Unis, les Nations unies et l’Union européenne ont lancé un appel au calme.

Selon Jonathan Cristol, cet incident va rendre la tâche encore plus ardue à François Hollande qui devra redoubler d’efforts diplomatiques.

Et d’ajouter : « Depuis que son avion a été abattu par la Turquie, membre de l’OTAN, la motivation de la Russie à collaborer pleinement avec les alliés occidentaux s’est affaiblie. Mais la nouvelle donne ne fait que repousser le calendrier, elle ne change en rien la menace que l’EI fait peser sur chacun des acteurs, ni la complexité de la dynamique de cette guerre. »

Photo : Le président François Hollande et son homologue américain Barack Obama se sont rencontrés à New York pour discuter de la Syrie (AFP).

Traduction de l’anglais (original) par Julie Ghibaudo .

commentaires

dcembre 30/11/2015 00:20

Ils veulent sauver le plan appelé EI qui cache le plan du Gand Israël ... Les russes sont de sacrés farceurs!

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