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Le patronat se prépare à utiliser l'état d'urgence en France contre la classe ouvrière (WSWS)

par Stéphane Hugues et Alex Lantier 21 Novembre 2015, 08:24 France Etat d'urgence Medef

Les déclarations publiques des représentants patronaux français, qui veulent utiliser les dispositions de l'état d'urgence imposé par le Parti socialiste (PS) suite aux attentats du 13 novembre à Paris pour surveiller et réprimer les travailleurs, sont un avertissement urgent à la classe ouvrière. Les pouvoirs draconiens dont l'État se dote, prétendument pour lutter contre le terrorisme islamiste, sont en fait braqués sur la classe ouvrière.

Le vice-président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, a proposé hier d'établir une collaboration étroite entre les chefs d'entreprise et les services de renseignement pour pointer du doigt tout salarié dont les idées ou le comportement seraient suspects.

Si « quelqu'un a un comportement radicaliste, le devoir du chef d'entreprise, comme tout citoyen, c'est de signaler à la police ce comportement. ... Nous avons recommandé à nos adhérents d'être vigilants sur des dérives radicalistes dans les entreprises », a-t-il dit.

Cette proposition souligne que les mesures de surveillance et les pouvoirs de répression extraordinaires permis par l'état d'urgence constituent une menace directe pour la classe ouvrière.

Les patrons sont terrifiés par la colère sociale qui monte contre les mesures d'austérité du PS. Ils ont réagi avec horreur face à la confrontation entre les travailleurs d'Air France et les patrons et chefs syndicaux qui préparaient des milliers de licenciements. Les travailleurs à travers le pays ont apporté leur soutien au geste des travailleurs qui ont dénoncé la politique patronale et déchiré les chemises de deux cadres de la société. Les patrons comptent utiliser l'État policier qui est en construction sous couvert de la lutte contre le terrorisme pour réprimer l'opposition ouvrière.

De Bézieux a indiqué que les patrons pourraient par exemple imposer sur les lieux de travail des mesures islamophobes telles que l'interdiction du port du voile. Selon de Bézieux, « Nous sommes encore sous le coup de l'émotion et donc pas en mesure d'affirmer quoi que ce soit sur le sujet, mais, en tout cas, c'est une question qui est posée ».

Une décision pareille, qui interdirait de fait la pratique de l'Islam aux salariés sous peine de perdre leurs emplois, serait une attaque draconienne et raciste contre la liberté de conscience des travailleurs. Le fait même qu'un représentant haut placé du patronat français propose une telle interdiction souligne que les tensions sociales en Europe atteignent un pic d'intensité qui n'est plus compatible avec des droits démocratiques fondamentaux.

Les dispositions de l'état d'urgence permettraient cependant à chaque patron qui avait interdit le port du voile de signaler à la police tout travailleur qui émettrait des critiques de cette décision.

Selon le projet de loi sur l'inscription de l'état d'urgence à la constitution préparé par le PS, la police pourrait ensuite détenir le travailleur, perquisitionner son domicile, et imposer son assignation à résidence – même s'il était hostile au terrorisme – si le policier estimait qu'il « existe des raisons sérieuses de penser que son comportement constitue un danger pour la sécurité et l'ordre publics ».

Il serait totalement faux de croire que seuls les travailleurs de confession musulmane sont ciblés par les mesures d'État policier que prépare le PS. C'est l'ensemble de la classe ouvrière qui est menacée par l'état d'urgence permanent que le PS veut imposer en France.

La modification de la constitution proposée par le PS ne fait aucune référence au terrorisme ou à l'Islam. Elle accorderait aux forces de l'ordre des pouvoirs énormes pour réprimer toute volonté potentielle de troubler l'ordre. N'importe quel propos qu'un policier pourrait interpréter comme indiquant une volonté de la part d'un travailleur de participer à une action qui troublerait l'ordre – une grève non-autorisée, une manifestation propalestinienne, la séquestration d'un patron – suffirait à justifier sa détention.

Le PS travaille étroitement avec les syndicats pour préparer des attaques contre les acquis sociaux des travailleurs, qui provoqueront inévitablement une colère profonde. En proposant de créer un état d'urgence de durée illimitée, Hollande veut permettre à la police de mobiliser ces pouvoirs draconiens pour réprimer l'opposition ouvrière.

Déjà, début novembre, le Premier ministre, Manuel Valls, avait annoncé que le Code de Travail sera subordonné dans un avenir proche aux accords d’entreprise signés par les syndicats et les directions des entreprises. Après trois ans de mesures d'austérité qui ont sapé le niveau de vie des travailleurs depuis 2012, le gouvernement permet aux entreprises de faire fi du droit de travail.

Un élément que Valls ne mettait pas en question à l'époque était le contrat de travail, le CDI (Contrat à durée indéterminée). Ce type de contrat, qui est toujours majoritaire en France et qui donne d'assez fortes protections contre les licenciements comparés aux contrats dans d'autres pays d'Europe et d'Amérique, est à présent dans le viseur du patronat. En attaquant le CDI, le patronat veut créer les conditions pour imposer des licenciements de masse, en fonction de l'évolution de la conjoncture mondiale.

« Le cadre du CDI n'est plus compatible avec les besoins de notre économie », a déclaré Gérald Karsenti, PDG de Hewlett-Packard France, cette semaine. « Quand on y embauche, on n'a pas la flexibilité qui existe ailleurs pour diminuer l'effectif en fonction de l'état de l'économie ».

« Aménager le contrat de travail est crucial pour inciter à l'embauche dans un environnement incertain où les difficultés à licencier font partie des freins à la création d'emplois », indiquait le Groupement des professions de services (GPS).

« Peut-on encore travailler toute sa vie dans la même entreprise ? Evidemment non », a déclaré Christian Nibourel de l'entreprise de conseil Accenture, président du GPS.

La défense des acquis sociaux des travailleurs passe par l'opposition à l'état d'urgence, qui interdit toute manifestation ou mobilisation ouvrière, alors que le patronat prépare cette offensive réactionnaire contre les travailleurs.

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