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Les Etats-Unis envisagent-ils de faire la guerre contre la Russie en Syrie ?

par Strategic Culture Foundation 15 Novembre 2015, 14:30 USA Russie Syrie Israël Arabie Saoudite Turquie Guerre Confrontation Articles de Sam La Touch

Les Etats-Unis envisagent-ils de faire la guerre contre la Russie en Syrie ?

En tant que secrétaire d'Etat US John Kerry se réunit avec les diplomates en provenance de Russie et d'autres pays pour une deuxième série de pourparlers politiques sur le conflit syrien à Vienne ce week-end, il devient clair que Washington mène un enjeu stratégique avec la Russie en Syrie avec le risque d'aggraver la situation dans un conflit avec la Russie.

Le New York Times a rapporté cette semaine : «Pour la première fois dans la guerre civile syrienne évoluant depuis quatre ans, le président Obama est en train d'exécuter une approche diplomatique et militaire combinée pour forcer le président Bachar al-Assad à quitter le pouvoir et mettre fin au carnage».

Forcer Assad «à quitter le pouvoir» est l'objectif clé. Autrement dit, un changement de régime. Alors que «mettre fin au carnage» est seulement une stratégie de façade.

Le New York Times explique en outre ce que cette approche diplomatique et militaire combinée implique. «Alors que 50 soldats des forces spéciales [étatsuniens] arrivent en Syrie pour soutenir les groupes d'opposition les plus efficaces, l'administration [d'Obama] va faire en sorte que le secrétaire d'État John Kerry ait plus de poids pour pousser la Russie, l'Iran et d'autres acteurs vers deux objectifs : un cessez-le-feu ... et l'établissement d'un calendrier pour une transition du pouvoir ».

Lorsque Kerry a rencontré son homologue russe Sergueï Lavrov à Vienne il y a deux semaines, avec des diplomates de 18 autres états, ce sommet est survenu au moment de l'annonce surprise par Washington d'envoyer 50 soldats de ses forces spéciales en Syrie. Kerry a dit alors que le mouvement était simplement «une coïncidence». Nous savons maintenant, à partir de ce qui précède de l'article du New York Times cette semaine, que Kerry était soit dans l'ignorance soit dans la dissimulation, parce que la décision militaire est censée entrer dans le cadre d'une «approche combinée».

En outre, Ashton Carter, le secrétaire étatsunien de la Défense, a déclaré la semaine dernière qu'il était probable que les troupes US seraient envoyées en Syrie.

Qu'est-ce que l'effet de levier militaire pourrait engendrer ? Cette semaine, le président Recep Tayyip Erdogan a déclaré qu'une force terrestre commune était en cours de préparation pour mettre en place des «zones de sécurité» à l'intérieur de la Syrie. M. Erdogan a déclaré qu'il avait discuté de cette éventualité avec Obama dans un appel téléphonique. Bien sûr, Erdogan a formulé l'invasion planifiée de la Syrie comme une mesure pour contrer le groupe extrémiste de l'État islamique (aussi connu comme EI ou EIIL).

Encore une fois, il s'agit seulement d'un discours publique de façade alors que la Turquie d'Erdogan a été le commanditaire principal et animateur des groupes extrémistes infiltrant la Syrie à partir du territoire turc.

M. Erdogan a déclaré: «Nous insistons sur une zone d'exclusion aérienne en Syrie comme une zone de sécurité. Nos alliés se rapprochent de cette idée. Des progrès ont également été accomplis sur la réalisation d'une opération terrestre contre l'EI ... Hier [lundi], j'ai eu une conversation téléphonique avec le président étatsunien Barack Obama sur la question ».

L'idée d'annexer le territoire syrien a longtemps été soutenue par la Turquie depuis le début du conflit syrien il y a plus de quatre ans. Les experts bellicistes et les politiciens à Washington ont également préconisé des zones de sécurité ou des no-fly zones en Syrie. Mais jusqu'à présent, l'administration Obama a refusé une telle intervention en raison de risques perçus de l'engagement militaire US à grande échelle.

Selon Erdogan, la Maison Blanche semble être enfin prête à l'idée d'annexer une partie du territoire syrien. Ce qui concourt au virage à 180 degrés de l'administration Obama pour envoyer plus de soldats sur le terrain avec l'envoi de forces spéciales et la promesse d'envoyer plus de troupes, comme indiqué par Carter. L'objectif déclaré de ces troupes de soit-disant organiser la lutte contre l'EI avec les forces locales kurdes et arabe syrienne ne tient pas debout. Un récent article publié par le New York Times a admis que cette coalition kurde-arabe locale était une «invention» étatsunienne qui «n'a existé que par le nom».

En outre, une telle coalition terrestre pris en charge par les États-Unis renforcerait la milice kurde et ses aspirations à constituer un Etat séparatiste à la frontière du sud de la Turquie ce qui serait un anathème pour le régime Erdogan à Ankara.

Washington est en train d'envisager de jeter tout son poids derrière le plan turc pour balkaniser le territoire syrien ce qui pourrait expliquer l'arrivée d'avions de chasse F-15 dans la base de l'OTAN d'Incirlik en Turquie. Comme d'autres observateurs l'ont noté, les F-15 sont avions de combat air-air. Ils ne jouent aucun rôle dans le lancement des attaques au sol contre les soi-disant miliciens de l'État islamique. Mais les avions de chasse auraient un rôle pour patrouiller dans le ciel au-dessus des zones de sécurité qui seraient annexées par les forces terrestres turques et étatsuniennes. Ce serait inévitablement opposer les avions de guerre étatsuniens contre des avions syriens et russes...

Pendant ce temps, dans le sud de la Syrie, les Israéliens semblent en consultation avec l'administration Obama sur leurs propres plans d'annexion. The Times of Israel a rapporté que lors de sa rencontre avec Obama à la Maison Blanche cette semaine, le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, a soulevé la question d'annexer officiellement le Golan. Le territoire a été occupé par Israël depuis la guerre de 1967. Obama n'aurait pas mentionné la question publiquement, mais Netanyahu a précisé qu'il est à la recherche d'une reconnaissance officielle des États-Unis de l'annexion du Golan par Israël, selon The Times of Israel.


... Les plans de Washington pour augmenter l'effet de levier militaire en Syrie ne se termine pas là. Il y a des rapports crédibles que les États-Unis renforcent leur soutien pour une plus grande puissance de feu aux divers réseaux miliciens. En plus de missiles antichar TOW, Washington semble envisager de donner son feu vert pour la fourniture de missiles sol-air (SAM). Cela a longtemps été une demande de l'Arabie saoudite et de la Turquie... Les Saoudiens ont menacé, selon la BBC, de délivrer leurs stocks d'armes US aux mercenaires en Syrie depuis que la Russie a entamé sa campagne militaire aérienne pour soutenir le gouvernement Assad.

Le Wall Street Journal, citant des responsables étatsuniens, rapporte que durant le dernier mois de l'intensification des frappes aériennes russes, la CIA et ses partenaires ont augmenté le flux des fournitures militaires aux rebelles dans le nord de la Syrie, y compris des missiles anti-chars TOW fabriqués aux Etats-unis ... En plus des armes que les États-Unis ont accepté de fournir, les responsables saoudiens et turcs ont renouvelé les pourparlers avec leurs homologues étatsuniens afin de permettre un approvisionnement limité des systèmes de défense aérienne portatifs, ou MANPADS, à des rebelles sélectionnés sur le terrain. Ces armes pourraient aider à cibler des avions du régime, en particulier ceux responsables du largage des barils, et pourrait également aider à maintenir la force aérienne russe à sa base.

En outre selon une source officielle étatsunienne du WSJ: «Assad ne fera aucune concession si il n'y a pas d'opposition viable qui a la capacité, grâce à l'appui de ses partenaires, de faire pression sur son régime».

...(La stratégie d'Obama semble évoluer vers l'annexion d'une partie du territoire syrien comme la Turquie et Israël le réclament notamment dans les zones nord et sud de la Syrie)...

La stratégie US en deux volets de combiner leviers diplomatiques et militaires pour réaliser son objectif de changement de régime en Syrie n'envisage peut-être pas une guerre par procuration avec la Russie - au moins tant qu'Obama et Kerry seront concernés. Mais les faucons du Pentagone et de la CIA, ainsi que les régimes clients saoudiens (et israéliens, NdT) et turques, semblent être prêts à pousser le risque d'une guerre avec la Russie en Syrie.

Source :
- Strategic Culture Foundation* US Gambling on War with Russia in Syria
Traduction libre et partielle de SLT

* Site d'information alternatif russe

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