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Les tensions américano-russes flambent après que la Turquie a abattu l’avion russe (WSWS)

par Alex Lantier 28 Novembre 2015, 07:06 Turquie Russie USA Tensions

Mercredi, au lendemain de l’abattage d’un bombardier Su-24 Russe par des chasseurs turcs F-16, un acte d’agression caractérisé, la menace d’une guerre totale entre la Russie et l’alliance militaire de l’OTAN est montée d’un cran.

Cette action, soutenue par le président Barack Obama mardi, fut un signal très clair à Moscou du fait que Washington s’oppose à l’intervention russe en Syrie pour soutenir le président Bachar al-Assad, et que, pour l’arrêter, les États-Unis sont prêts à risquer la guerre avec la Russie.

La décision de détruire l’avion russe a été prise au plus haut niveau de l’État turc. Lors d’une réunion hier du Parti de la Justice et du Développement (AKP) turc au pouvoir, le premier ministre, Ahmet Davutoglu, s’est attribué le mérite d’avoir donné l’ordre qui a conduit à l’attaque contre le Su-24. Il a dit que, suite aux tensions avec la Russie sur des allégations de violations de l’espace aérien turc le mois dernier, il avait émis un ordre fixe d’abattre tout avion violant l’espace aérien turc. Le plus haut niveau du gouvernement a ainsi donné effectivement carte blanche à l’armée de tirer sur des avions russes opérant contre les milices islamistes d’opposition à la frontière syro-turque.

Il y a peu de doutes sur le fait que la décision de prendre un tel ordre permanent ait d’abord été soigneusement discuté avec Washington, et éventuellement avec d’autres membres importants de l’OTAN.

En donnant à l’armée turque le feu vert pour des actes de guerre non provoqués contre la Russie, l’AKP savait qu’il risquait un conflit dans lequel il aurait besoin du soutien de l’OTAN et, en particulier, du soutien des États-Unis. Une situation où la Turquie aurait commencé une guerre avec la Russie, tout en étant désavouée par ses alliés européens et nord-américains l’aurait exposée à l’anéantissement militaire.

En fait, Obama et le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, ont soutenu l’agression de la Turquie contre la Russie. Au nom de l’ensemble de l’alliance de l’OTAN, M. Stoltenberg a approuvé l’action de la Turquie, déclarant : « Comme nous l’avons indiqué à plusieurs reprises, nous sommes solidaires de la Turquie et soutenons l’intégrité territoriale de notre alliée de l’OTAN, la Turquie. Nous allons continuer à suivre de très près les développements sur les frontières du sud-est de l’OTAN. »

Le gouvernement Obama a soutenu l’action irresponsable du gouvernement turc conformément aux intérêts géopolitiques fondamentaux de l’impérialisme américain, ce qui le met en conflit avec la Russie et aussi de plus en plus avec les puissances européennes à propos de la Syrie. Washington s’oppose à l’intervention russe en Syrie parce que les États-Unis soutiennent les forces d’opposition islamistes soutenues par la Turquie, et vise à renverser le régime d’Assad, lequel est soutenu par Moscou. Obama a très clairement averti Moscou mardi que les États-Unis s’opposent aux frappes aériennes russes sur les milices islamistes dans l’ouest de la Syrie, là où le Su-24 a été abattu.

En outre, Washington s’oppose à la tentative du gouvernement français, après les attentats du 13 novembre de l’État islamique (EI) à Paris, de construire une coalition pour combattre les groupes terroristes islamistes en Syrie, comprenant à la fois Moscou et Washington. En fait, Washington s’appuie d’une façon critique sur les milices islamistes, comme il le fait depuis le début de la guerre syrienne en 2010, en tant que forces de procuration terrestres contre Assad.

Ces préoccupations ont été exprimées dans un commentaire préparé mardi par le Centre d’études stratégiques et internationales (CSIS), un groupe de réflexion de Washington qui a des liens étroits avec l’appareil militaire et de renseignement des États-Unis.

Heather Conley, vice-présidente du CSIS pour l’Europe, l’Eurasie et l’Arctique, a critiqué le projet du président français François Hollande de rassembler une alliance impliquant à la fois les États-Unis et la Russie contre EI après les attentats de Paris. « Le conflit syrien est devenu une guerre par procuration à plusieurs niveaux sous l’égide d’une coalition de fourbe s », écrit-elle.

Le CSIS a rejeté les tentatives du gouvernement Obama à des relations « d’apaiser le conflit » avec la Russie, en coordonnant l’action militaire en Syrie avec Moscou comme étant contraire aux intérêts américains. Il s’est plaint : « En pratique, cela revenait à accepter que le Kremlin ordonne aux États-Unis de stopper leurs opérations en Syrie le temps que la Russie mène ses propres frappes aériennes (ce que Washington a refusé de faire), suggérant ainsi les limites de ces communications et la capacité d’apaiser le conflit ».

Conley a ajouté que l’effet de l’abattage de l’avion russe serait de bloquer les efforts de la France et d’autres puissances européennes pour parvenir à un accord politique avec la Russie en Syrie. « Les événements d’aujourd’hui suggèrent qu’il est désormais impossible de cacher le fait que les membres supposés de cette coalition en puissance ne sont pas sur la même longueur d’ondes sur le plan militaire et politique avec des conséquences mortelles ».

Conley a conclu en mettant la réalité à l’envers, menaçant la Russie en insistant qu’elle « revienne à son respect des normes juridiques internationales et respecte pleinement le principe de l’intégrité territoriale. » En réalité, ce sont les États-Unis qui ont envahi un pays après l’autre dans le but d’affirmer leur contrôle du Moyen-Orient, dont l’agitation de la guerre civile en Syrie.

Les politiques agressives de Washington et Ankara menacent de provoquer une escalade vers une guerre nucléaire. Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a fait une déclaration qui, tout en refusant de partir en guerre contre la Turquie, accuse les États-Unis de complicité dans cette attaque.

Lavrov a déclaré que l’incident « ressemble beaucoup à une provocation planifiée à l’avance » et a pointé indirectement la responsabilité américaine, notant que Washington demande à ses alliés employant des avions militaires de fabrication américaine en Syrie de coordonner leurs mouvements avec les forces américaines. Il a dit : « Je me demande si cette requête des Américains comprend […] la Turquie. Si c’est le cas, je me demande si la Turquie avait demandé l’autorisation des États-Unis d’engager ses avions de fabrication américaine et d’abattre – disons un avion « non-identifié » – au-dessus du territoire syrien ».

Lavrov a également cité les remarques mardi du chef de l’OTAN Stoltenberg, en disant : « des déclarations très étranges ont été exprimées après une réunion de l’OTAN convoquée à la demande des Turcs, qui n’ont exprimé aucun regret ni de condoléances et qui visaient en effet à couvrir ce que l’armée de l’air turque a fait hier. Une réaction similaire a émané de l’Union européenne ».

Lavrov a de nouveau nié que l’avion russe ait violé l’espace aérien turc, mais a ajouté que, s’il l’avait fait brièvement, cela ne justifierait pas de l’abattre. Il a cité les remarques en 2012 du Premier ministre turc d’alors Recep Tayyip Erdogan (aujourd’hui président), qui dénonça une décision syrienne d’abattre un chasseur turc dans l’espace aérien syrien, disant qu’une brève incursion ne pouvait pas justifier une attaque.

Le capitaine Konstantin Murakhtin, le membre survivant de l’équipage de deux hommes du Su-24 abattu, a également réfuté les allégations turques selon lesquelles le Su-24 violait l’espace aérien turc et aurait ignoré les avertissements lui demandant de retourner en Syrie.

« En réalité, il n’y a pas eu d’avertissement du tout. Ni par la radio, ni visuellement, donc on n’a à aucun instant ajusté notre trajet. Vous devez comprendre la différence de vitesse entre un bombardier tactique comme un Su-24, et celle des F-16. S’ils voulaient nous mettre en garde, ils auraient pu s’accoler à notre aile », a dit Murakhtin. « Finalement, le missile est venu de nulle part pour frapper l’arrière de notre avion. On n’a même pas eu le temps de faire une manœuvre d’évitement.

En même temps, Moscou a lancé un renforcement militaire important en Syrie et dans la Méditerranée orientale et a coupé toute communication militaire avec la Turquie. Cela souligne le caractère réactionnaire et l’impasse de la politique étrangère russe, qui oscille entre capitulation devant les exigences des puissances de l’OTAN et mesures dangereuses qui posent le risque d’une guerre mondiale.

La Russie augmente rapidement ses forces de défense aérienne en Syrie et dans la Méditerranée orientale. Elle a annoncé qu’elle allait déployer un système de défense aérienne S-400 dans sa base aérienne près de la ville syrienne de Lattaquié. C’est un système de missiles de haute technologie capable de détecter et d’abattre les avions dans un large périmètre qui, depuis sa base près de Lattaquié, comprend la plus grande partie de la Turquie du sud. Un tel système aurait pu riposter à la destruction du SU-24 jet en abattant les F-16 turcs qui l’ont attaqué.

Ce déploiement a suivi l’annonce mardi que le croiseur de défense anti-aérienne russe Moskva était arrivé en Méditerranée orientale. La télévision d’état Russia Today a annoncé que le navire est « prêt à abattre toutes cibles aériennes […] avec des missiles sol-air à longue portée ».

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