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Manuel Valls joue à Zorro au Venezuela (InvestigAction)

par Jean Araud 26 Novembre 2015, 09:31 Valls Venezuela France Maduro Impérialisme

Lilian Tintori, l´épouse de l'opposant vénézuélien Leopoldo Lopez, a effectué une tournée dans les pays influents pour gagner les diplomaties étrangères à sa cause, et faire libérer son mari. Suite à une entrevue avec Lilian Tintori, le premier ministre français Manuel Valls a jugé bon de s'ingérer dans les affaires internes vénézuéliennes et a apporté son soutien à Leopoldo Lopez en tweetant : “enfermer un démocrate, c'est trahir la démocratie.” Pour vous M. Valls, laisser en liberté un putschiste accusé d'incitation à la violence, d'homicide, de terrorisme et de participation à un coup d’État, c'est ça être démocrate ?

Depuis quelques années maintenant nous avions l´habitude de voir un peu de tout sur l´échiquier géostratégique du monde.

Nous avions vu un président pendu en direct à la télévision grâce à un faux dossier d´armes de destruction massive, nous avions assisté à la destruction systématique du pays le mieux développé du continent africain sur le faux prétexte de milliers de morts à Benghazi, nous avions pu observer comment un prix Nobel de la Paix déclarait guerres après guerres contre sept pays, etc.

Au Venezuela nous avons même connu une situation probablement unique dans l´histoire politique universelle : une députée vénézuélienne d´opposition (Corina Machado) se faisant nommer ambassadrice d´un pays tiers (Panama) pour intervenir au sein d´un organisme international (OEA Organisation des Etats Américains) pour intervenir contre son propre pays. Du jamais vu !

Bref, nous pensions en avoir assez vu pour ne plus être étonnés de rien.

Nous nous sommes trompés. Nous n´avions encore pas tout vu. Actuellement nous venons d´assister à un nouvel acte du théâtre mondial se déroulant en coulisses.

Mais ces acteurs semblent ignorer qu’ils ne sont pas seuls en coulisses et que des collectifs sont attentifs à leurs sournoises manipulations et que bien qu’ils se livrent à une guerre médiatique sans vergogne avec la complicité desgrands médias corporatifs, de nombreuses tranchées jonchent le champ de bataille.

Dans le cas qui nous occupe, c’est le Collectif Investig´Action de Bruxelles, animé par Michel Collon l´auteur des “ 7 péchés de Hugo Chavez”, qui nous ouvre les yeux sur ce qu’il se passe au Venezuela, renommé depuis plusieurs années République Bolivarienne du Venezuela sur une initiative d’Hugo Chavez approuvée démocratiquement par référendum et par une majorité absolue du peuple vénézuélien. Un jour, Tarik Bouafia, correspondant du Journal de Notre Amérique, nous envoya un message laconique “Pour que vous sachiez avec qui est Manuel Valls”. Ce message bref était accompagné d’une photo explicative...

Mme Tintori et Mr le premier ministre

La photo : le premier ministre français devant son cabinet avec Lilian Tintori, l´épouse de Leopoldo Lopez, membre de l´opposition vénézuélienne qui actuellement purge une peine d´emprisonnement. Pourquoi Mr Lopez est-il emprisonné ? Parce qu´un tribunal l´a condamné pour des accusations de délits de droit commun.

Mais actuellement le Venezuela se prépare pour les élections parlementaires de ses députés le prochain 6 décembre. L´opposition vénézuélienne, comme depuis déjà plus de 17 ans, ne semble pas en mesure de vaincre la révolution bolivarienne aux urnes comme l´ont démontré 19 élections dont 18 ont été perdues par l’opposition et une gagnée mais de façon douteuse.

Alors, l´opposition vénézuélienne parcourt le monde à la recherche d’alliés, à Washington, à Madrid, à Paris ou ailleurs. Partout où elle connait des ennemis de son pays. Mais peu importe car la fin justifie les moyens, la fin étant de s´emparer du pouvoir établi.

Dans ce cas précis de la vie politique du Venezuela en temps pré-électoral, l’acte théâtral se déroule à Paris. Le but, faire croire à l´opinion publique internationale que Leopoldo Lopez est une victime de la justice et du gouvernement vénézuélien, ce qui est un excellent moyen de présenter ce gouvernement comme “injuste, anti-démocratique et dictatorial”. Une recette pour un plat recuit. Il s´agit simplement de transformer un politique emprisonné en prisonnier politique. La nuance n´est bien sûr pas facile à discerner par un lecteur non avisé en lui présentant uniquement le politique et en décidant sciemment d’ignorer les délits du citoyen.

Le grand Zorro est arrivé sur la scène internationale

Déroulement résumé du scénario.

Mme Lopez fait un petit tour du monde pour clamer l´innocence de son époux condamné au Venezuela à 13 ans de prison en accusant la justice et le gouvernement de son pays de ce qu´elle présente comme une injustice.

Elégante, très “BCBG” comme le résument les Français (Bon Chic, Bon Genre), Mme Lopez se rend à Paris, capitale du pays auto-proclamé des « Droits de l’Homme ».

Seule bien sûr, car en parlant d´égalité le peuple bolivarien et révolutionnaire n´a pas les moyens de s´offrir un billet d´avion pour se permettre d´aller lui aussi s´exprimer auprès des autorités françaises.

Le premier ministre français, Manuel Valls, reçoit donc en privé Mme Lopez et Dieu seul sait ce qu´elle lui raconta.

Le fait est que sur son compte Twitter officiel, le premier ministre publia son point de vue.

Et au cas où les Vénézuéliens ne puissent lire la langue de Victor Hugo, il pense sûrement utile de leur présenter son point de vue dans leur langue, ce qui peut leur être utile de savoir lorsqu´ils s´exprimeront prochainement pour élire leurs députés.

Et Mme Lopez bien évidemment retwitte, en remerciant platement le ministre tout en le déclarant comme étant l’un des “leaders du monde” pour la liberté du Venezuela.

Zorro est arrivé et les vénézuéliens vont enfin être libres.

C´est quoi ça ?

Mais certains Vénézuéliens, à la lecture du tweet officiel du premier ministre français, se posent de nombreuses questions.

Bizarre, que le premier ministre d´un pays étranger se permette de juger le verdict d´un tribunal vénézuélien comme injuste ?

Drôle, qu´un premier ministre étranger transforme un condamné pour délits de droit commun en démocrate injustement emprisonné ?

Ce premier ministre, s´exprime-t-il au nom de son gouvernement, ou au nom de son président, ou au nom de son ministre de la justice ?

Ce premier ministre, s´exprime-t-il en connaissance de cause et du casier judiciaire de Leopoldo Lopez ou simplement aux dires de Mme Lopez ?

Ce premier ministre a-t-il, par voie diplomatique, consulté les autorités de leur pays ?

Politique emprisonné ou prisonnier politique ?

Nous avons trouvé qu’il serait bon que ce premier ministre connaisse quelques extraits des antécédents de Mr Lopez.

Pour les lecteurs, à chacun de juger, en son âme et conscience.

Le "démocrate" Leopoldo Lopez a été l´un des leaders du coup d´État en 2002, ayant entraîné l´arrestation et la déportation du président vénézuélien Hugo Chavez.

Manuel Valls joue à Zorro au Venezuela (InvestigAction)

De gauche à droite sur la photo : Julio Borges, Leopoldo López et Henrique Capriles lors de la lecture d’un manifeste pour le soutien au coup d’Etat contre Hugo Chavez en 2002.

A cette même occasion, Lopez fut complice de l´arrestation sans jugement préalable du ministre de l´intérieur vénézuélien, le soumettant de façon préméditée à des agressions physiques d´un groupe d´opposants. Maire de l´une des mairies de Caracas, Lopez encouragea et facilita durant des mois sur la place publique la présence d´officiers prônant un coup d’Etat.

Restitué à la présidence par son peuple, Chavez déclara une grâce collective dont bénéficia aussi Mr Lopez.

Les fonds ayant permis la création du parti politique de Mr Lopez provenaient d´une malversation de fonds de la compagnie étatique pétrolière vénézuélienne obtenus par sa mère.

Mr Lopez, pour divers motifs administratifs durant ses fonctions publiques a également été jugé inapte à exercer une fonction publique quelle qu’elle soit.

La complicité et participation de Mr Lopez à des actes de barrages de rues et actions de sabotages connus au Venezuela comme “guarimbas” qui se sont soldées par de nombreuses victimes innocentes.

Suite aux dernières élections présidentielles au Venezuela, l´opposition ayant perdu, Mr Lopez a été reconnu coupable d’incitation à la violence avec un bilan de 43 morts et plus de 800 blessés. Ceci étant le principal motif de son jugement et sa condamnation.

Il va sans dire que les diverses actions de Mr Lopez décrites ci-dessus sont l´objet de nombreux témoignages, preuves photographiques et vidéos.

Quelques informations complémentaires pour le « grand Zorro »

Avant de s´immiscer dans la politique et la justice vénézuéliennes, le premier ministre français devrait aussi se rappeler de quelques informations diffusées par divers médias.

Par exemple que dans son propre pays, pour des actes de manifestations dans le style des “guarimbas” vénézuéliennes dans la ville d´Amiens, en mai 2014 un tribunal français a jugé les manifestants mineurs à des peines d´emprisonnement. Pourtant, dans ce cas, et heureusement, aucune victime ne fut à déplorer mais le ministre ne diffusa aucun tweet d´injustice considérant probablement juste l´emprisonnement des délinquants…

Récemment la direction de la société aérienne française Air France a été confrontée à un conflit avec ses salariés suite à l´annonce de la suppression de 2.900 postes. Des employés mécontents ont manifesté leur colère allant jusqu´à arracher la chemise d´un des directeurs. Et dans ce cas le premier ministre s’est également exprimé.

Interviewé par la revue aéronautique spécialisée “TourMag”, Jean Belotti, Expert, et ancien commandant de bord, a répondu tout en condamnant sans réserve les violences.

Voici un petit extrait textuel de cette interview.

TourMag : Le mal étant fait, ne convient-il pas de prendre des sanctions comme l’a déclaré le premier ministre ?

Jean Belotti : Tout d’abord, il convient de faire remarquer que ce n’est pas au premier ministre d’intervenir dès lors qu’une enquête judiciaire a été ouverte à la suite du dépôt de plainte et surtout de promettre des « sanctions lourdes » contre ceux qu’il a, de surcroît, qualifié de « voyous » ! J’ai également entendu dire que les mis en causes seraient licenciés. Or, étant dans un État de droit qui impose légalité de tous, personnes physiques ou morales, devant les règles de droit, une telle déclaration nous ramène au despotisme ou au régime de police où règne un arbitraire sans possibilité de recours. On accuse avant de juger ! C’est le fait du Prince !

En un mot, il y a une justice en France et ce n´est pas au premier ministre de s´en mêler et les citoyens français n´hésitent pas à le dire à leur ministre, haut et fort, en lui parlant de despotisme et de régime policier.

Les Vénézuéliens ont une expression populaire que devrait connaitre le premier ministre. Cette expression dit que “Ce qui est égal pour le dindon l´est aussi pour la dinde”.

Il y a quelques temps, le premier ministre français visita l´Arabie Saoudite. Dans ce pays, un jeune écrivain et blogueur saoudien, Raif Badawi, créa en 2008 le site Free Saudi Liberals pour militer pour une libéralisation morale et religieuse de l’Arabie saoudite. Accusé d’apostasie et d’insulte à l’islam, il a été condamné à 1 000 coups de fouet et 10 années d´emprisonnement en juin 2012. Etonnamment, le premier ministre français ne jugea pas opportun d´émettre le moindre tweet contre cette sentence d´emprisonnement et de flagellation pourtant condamnée par plusieurs gouvernements et par l’ONU. Le « grand Zorro » garda un prudent silence car visiblement ses intentions vis à vis de l´Arabie Saoudite sont autres que vis-à-vis du Venezuela.

Raif Badawi, blogueur

L´Ambassadeur vénézuélien à Paris, Michel Mujica, informé des tweets du premier ministre français, déclara aux médias que “Le Premier Ministre français ignore ou à été mal informé des réalités vénézuéliennes et les actions putschistes de Leopoldo Lopez pour le présenter comme un démocrate quand nous savons que depuis 1999 jusqu´à nos jours son action à été motivée pour détruire et délégitimer l´État de droit au Venezuela. En supposant que, dans le meilleur des cas, le premier ministre ne connaisse pas ou ait été mal informé, une réunion au cabinet Valls aurait pu être demandée par les voies diplomatiques ”.

Pour conclure, le premier ministre français doit savoir que bon nombre de citoyens vénézuéliens partagent sa déclaration au sujet de Leopoldo Lopez comme “injustement condamné”. Ces Vénézuéliens considèrent que démocratiquement la sanction de 13 ans de prison pour plusieurs dizaines de morts et plusieurs centaines de blessés n´est pas juste et devrait être de 30 ans, la peine maximum autorisée par la loi de leur pays. Bien sûr, la douleur des familles de ces victimes est différente que celle qu´a pu exprimer Mme Lopez dans le cabinet du ministre.

Durant son tour du monde, Mme Lopez, au Panama et à l´occasion du Sommet des Amériques, rencontra Mme Yendri Velasquez, une jeune vénézuélienne veuve d´un commandant de la Garde Nationale, abattu par balle dans le dos alors qu´il assistait l´un de ses hommes blessé en déblayant une barricade de rue. A Mme Lopez qui lui parla de lutte “égalitaire”, la veuve du commandant lui répondit “Ton époux (Leopoldo Lopez) appela à la violence et grâce à cela le mien est mort. Tu peux le lui raconter (à Lopez), moi au mien je dois lui apporter des fleurs sur sa tombe tous les dimanches”.

Epilogue en coulisses d´élections

Quoiqu´il en soit, bien des citoyens du peuple vénézuélien considèrent les tweets de ce premier ministre étranger comme une ingérence flagrante dans les affaires intérieures de leur pays. Réflexions faites, au moment de déposer leurs votes le prochain 6 décembre ils ne l´oublierons pas. Ils préféreront donner leurs votes à des députés défendant la souveraineté nationale plutôt qu’à des députés pouvant inciter l´intervention de nations étrangères pour agresser leur pays. Ces citoyens n´ont pas non plus oublié le rôle de la France en Afghanistan, son rôle pour installer le chaos en Irak, son rôle pour dévaliser la Libye ou pour s´infiltrer en Syrie, pour bombarder, pour assassiner leurs présidents et s´emparer des richesses de leurs peuples.

Merci monsieur le ministre pour ce tweet en coulisses électorales !

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par Jean Araud, Caracas, novembre 2015

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